Busty and the Bass en transition

Busty and the Bass, formé de huit anciens étudiants de l’Université McGill, veut s’affranchir de son image de «jam band» pur.
Photo: Maya Fuhr Busty and the Bass, formé de huit anciens étudiants de l’Université McGill, veut s’affranchir de son image de «jam band» pur.

Les huit membres de Busty and the Bass proviennent des quatre coins du Canada et des États-Unis, mais depuis la formation du groupe sur les bancs de l’Université McGill il y a une dizaine d’années, ils sont parvenus à incarner la saison estivale québécoise. Abonné aux grandes scènes extérieures du Festival international de jazz de Montréal, l’orchestre funk-soul-R & B tente sur son nouvel album, Eddie, de prouver qu’il n’est pas qu’un jam band bon à faire danser les foules festivalières, qu’il a aussi le potentiel d’écrire de bonnes chansons originales.

Ça s’entend dans sa voix, Eric Haynes est aujourd’hui un brin désemparé. « J’ai beau chercher, je ne me souviens pas d’une aussi longue période de ma vie durant laquelle je ne suis pas monté sur une scène… » Ni d’avoir passé autant de temps loin de ses amis de Busty, qu’il a rencontrés au programme de composition jazz à McGill : originaire de Calgary, Montréalais d’adoption retourné vivre un moment à Toronto, il était en tournée en Californie lorsque la pandémie a frappé. « Nous avions des dates de prévues jusqu’à l’automne », toutes annulées, forcément. Certains membres sont demeurés près de leur famille, à New York, d’autres comme Eric à Toronto, les autres ont regagné notre métropole.

C’était le plan : lancer Eddie au mois d’avril ou mai, juste à temps pour prendre la route des grands festivals d’ici ou d’ailleurs et présenter les nouvelles compositions : « On a joué à Osheaga il y a trois ans, ce fut l’une de nos plus belles foules », se souvient Haynes, claviériste, désigné pour cette entrevue en raison de la qualité de son français, effectivement fort bon.

La pandémie a jeté un pavé dans la basse de Busty : « Nous avons tous terminé l’université en même temps, il y a quatre ans, donc ces dernières années ont été une période où on a beaucoup tourné et enregistré », ensemble ou pour des projets parallèles — Eric a notamment tourné avec Meryem Saci de Nomadic Massive, entre autres collaborations. « Avant la COVID-19 — dans l’ancien temps ! —, on tournait au moins le tiers de l’année. »

« Les concerts sont vraiment importants pour nous ; c’est ainsi qu’on a commencé, à jouer dans des house parties ». Jam band un jour, jam band toujours : boosté aux cuivres, aux synthés, propulsé par une enviable section rythmique, Busty and the Bass maîtrise le funk des années 1970, le boogie des années 1980, le rap jazzé et le R & B des années 1990 — « l’histoire de la musique noire américaine, qui a commencé par le jazz, puis le funk, la soul, le rap, c’est ce qui nous passionne et nous inspire », résume-t-il.

Ça s’entend sur Eddie, album imaginé comme « un mixtape destiné à une version plus jeune de nous », une manière de mettre les fans sur la bonne voie musicale, celle de Earth, Wind & Fire — son bassiste Verdine White agit à titre de « producteur exécutif » sur l’album —, de Parliament et Funkadelic (l’extrait Baggy Eyed Dope Man est une collaboration avec nul autre que George Clinton !), du son rap coulant de Slum Village (le MC Illa J prête sa voix à la chanson Go So Far) et du R & B de Macy Gray, qui chante sur l’entraînant premier extrait Out of Love.

« Cette chanson est née simplement par un beat que notre tromboniste Chris Vincent a bricolé à l’ordinateur, puis qu’il a envoyé à Nick [Ferraro], qui chante et joue du saxophone, raconte Eric. Nick a composé un texte, chanté la mélodie pour en faire un démo qu’on a envoyé ensuite à Macy Gray. » La collaboration avec la musicienne fut facilitée par d’abord par les nombreux contacts dans le milieu du réalisateur de Eddie (et du premier disque du groupe, Uncommon Good, paru en 2017), Neil Pogue, qui a travaillé au fil des ans avec des pointures telles que Outkast et Earth, Wind & Fire.

L’histoire de la musique noire américaine, qui a commencé par le jazz, puis le funk, la soul, le rap, c’est ce qui nous passionne et nous inspire

 

Et d’ailleurs, Macy Gray connaissait déjà le travail de Busty and the Bass : leur version de son succès I Try, publiée sur YouTube en 2016, s’était rendue jusqu’à ses oreilles. « Elle avait retweeté notre version ! » souligne Eric Haynes, ajoutant que depuis, c’est avec cette version qu’ils terminent chacun de leurs concerts.

Eddie est un drôle d’album qui échappe aux modes et aux époques ; avec son mélange fluide de références de la pop afro-américaine, il aurait pu paraître il y a quinze, vingt, vingt-cinq ans sans faire sourciller. Le groove de Busty and the Bass est à l’épreuve du temps, indémodable. Reste maintenant à prouver que le groupe est aussi capable de faire de bonnes chansons.

« Après nos études, on avait effectivement l’impression d’être ralentis par notre image de jam band, concède Haynes. Lorsqu’on a commencé à jouer ensemble, on n’avait pas de matériel original, on n’avait même pas de chanteur — tout ça est parti de l’envie de jouer des reprises avec une bonne section de cuivres. Assurément, on a évolué en tant que musiciens », comprenant que durer dans ce métier nécessitait du matériel original, ressentant surtout « l’envie d’exprimer quelque chose de personnel. C’est important pour nous d’être sensibles dans nos textes, d’explorer d’autres émotions, et la meilleure manière d’y arriver était de composer nos propres textes et nos propres musiques ».

Eddie, de Busty and the Bass, paraît vendredi sur étiquette Arts & Craft.