Les fructueux mélanges de Sonido Pesao

Sonido Pesao est parvenu sur son second disque à garder la fébrilité de ses concerts en privilégiant les orchestrations «naturelles», le son des cuivres et des percussions.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sonido Pesao est parvenu sur son second disque à garder la fébrilité de ses concerts en privilégiant les orchestrations «naturelles», le son des cuivres et des percussions.

En français, Todo Revuelto, titre du second album du collectif montréalais Sonido Pesao, signifie « tout mélangé », car c’est ce que sont ces musiciens, affirme Chele : « Lorsqu’on parle, on parle en français, en anglais, en espagnol. Mes racines sont salvadoriennes, mais je suis tout mélangé aussi, j’ai du sang autochtone de mes grands-parents, j’ai du sang espagnol… La bouffe qu’on mange est toute mélangée, nos pensées sont toutes mélangées, et la musique qu’on fait est toute mélangée. C’est assez difficile de mettre une étiquette sur ce qu’on fait. »

Risquons-nous tout de même : depuis presque 15 ans déjà, Sonido Pesao malaxe un groove latino-rap proprement montréalais. Il y a de la nueva cumbia, de la salsa, des rythmes afro-brésiliens, même des influences musicales d’Europe de l’Est sur Todo Revuelto, le tout apprêté à la sauce hip-hop contemporaine. Avec Boogàt, ils sont aujourd’hui les parrains de cette dynamique scène nueva cumbia / latino-rap québécoise gravitant autour des soirées MTL Pachangòn qui, jusqu’à la pandémie, emplissaient le Groove Nation tous les premiers vendredis du mois.

« C’est drôle que tu dises qu’on est les parrains, car, avant nous, il y a eu d’autres musiciens qui ont développé cette scène à Montréal, comme Cuervo Loomi. Ce sont eux qui m’ont inspiré à faire du rap », insiste Romuald « Chele » Lemus, arrivé ici avec sa famille au début des années 1990 — son collègue Lunatico, lui aussi MC, est né à Montréal de parents d’origine guatémaltèque. « Lorsque [notre collectif] Heavy Soundz a commencé à attirer l’attention sur la scène, je suis allé rechercher ces gars-là pour faire des chansons avec eux et permettre à nos fans de découvrir le travail de ceux qui, au Québec, nous ont inspirés », ces Loomi, Tony Dez et le duo Agua Negra (El Cotola et Paranoize, leur dernier album, Aguacero, est paru en novembre dernier).

Une scène bien montréalaise

À leur tour d’inspirer une nouvelle génération, celle d’Alquimia Verbal (rap latino), du collectif de rappeurs, compositeurs et artistes visuels Sueños y Raíces et du jeune chanteur Cruzito, qui vient tout juste de lancer chez Joy Ride Records (Loud, Rymz, Shash’U) la chanson Sauvage, une authentique bombe reggaeton en français, en anglais et en espagnol en duo avec le rappeur Randy.

« Il y a une vraie belle scène de musique latino moderne ici à Montréal », confirme Chele qui, de surcroît, estime qu’elle porte une signature distincte de ce qui se fait ailleurs dans le monde : « C’est dû à la langue, ce mélange de français et d’espagnol, mais c’est surtout à cause de la réalité montréalaise : ici, à Montréal, il y a une telle variété de cultures latinos, des musiciens qui possèdent des racines dans plein de pays différents, réunis ici, ensemble. Il existe des petites cliques d’artistes rassemblant des Mexicains, des Péruviens, des Chiliens, des Salvadoriens. Les accents, les expressions diffèrent d’une culture à l’autre, or, en mettant tout ça ensemble, ça donne quelque chose qui ne peut pas exister ailleurs » qu’à Montréal.

Il y a une vraie belle scène de musique latino moderne ici à Montréal […] C’est dû à la langue, ce mélange de français et d’espagnol, mais c’est surtout à cause de la réalité montréalaise : ici, il y a une telle variété de cultures latinos, des musiciens qui possèdent des racines dans plein de pays différents, réunis ici, ensemble.

Et que symbolise à merveille Todo Revuelto, ce nouvel album à cheval entre la nueva cumbia et le hip-hop auquel collaborent entre autres le vieux complice Boogàt (sur l’extrait Dime Que Si, aussi mentionné comme coréalisateur avec Ian Lettre, autre membre de Sonido Pesao) et KNLO d’Alaclair Ensemble, sur l’absurde Cumbia del Barbu. « Un vieil ami, KNLO. Le premier projet qu’on a fait ensemble, c’était en 2007, à l’occasion d’un symposium hip-hop à Cuba. »

Sonido Pesao est parvenu sur son second disque à garder la fébrilité de ses concerts en privilégiant les orchestrations « naturelles », le son des cuivres et des percussions : « On commence toujours par un démo fait avec des instruments électroniques, puis Ian [Lettre] joue dedans, en lui ajoutant des cuivres, de la batterie, et c’est ainsi que notre musique trouve son côté organique », explique Chele, qui se réjouit aussi de la présence de l’excellente rappeuse guatémaltèque Rebeca Lane sur la cumbia No Todo Loe Que Brilla Es Oro. « Elle commence à avoir de plus en plus d’influence sur le rap latino aux États-Unis et en Europe ; j’étais allé l’entendre lors d’un concert au Divan orange, la place était bondée ! Sa voix est parfaite et son message voyage bien. »

Sonido Pesao lancera son nouvel album lors d’un concert le 19 août prochain au Ministère — attention, les places seront limitées, distanciation sociale oblige. Chele : « On a même fait faire des masques, comme ça, tout le monde pourra ramener un petit souvenir ! »

Todo Revuelto

de Sonido Pesao sera disponible sur toutes les plateformes numériques et en format CD dès le 14 août, sur étiquette Pasa Musik.