Échos d’un monde révolu

L’événement (les tarifs variaient de 100 à 500 dollars par voiture pour une capacité de 550 véhicules) a rapporté 165 000 dollars à l’OSM.
Photo: Antoine Saito L’événement (les tarifs variaient de 100 à 500 dollars par voiture pour une capacité de 550 véhicules) a rapporté 165 000 dollars à l’OSM.

« Une première canadienne », un concert unique… Les qualificatifs ne manquaient pas lorsque fut lancé cet étrange projet de « Musi-parc classique », dans lequel on pouvait faire passer pour le fin du fin l’idée de convier des gens à écouter un orchestre symphonique sur leur autoradio dans un stationnement d’aéroport.

C’était dans un monde révolu. C’était il y a un mois, le 8 juillet précisément ! Depuis lundi, les concerts, les vrais, sont autorisés devant 250 personnes. Six heures avant la manifestation, le ministère du Tourisme acceptait finalement la tenue de festivals en extérieur pour ce même nombre de spectateurs.

L’événement (les tarifs variaient de 100 à 500 dollars par voiture pour une capacité de 550 véhicules) a rapporté 165 000 dollars à l’OSM, soit plus que tout autre concert l’aurait permis, et le nombre de passagers étant libre, les spectateurs excédaient, le plus légalement du monde, le millier. Mais se confiner à un monde révolu et se résoudre à de la musique en boite saluée par des klaxons alors qu’un monde « normal » est à nouveau ouvert et que personne, en classique, ne semble même proche de s’en servir pose à nouveau la question du nouveau rapport au temps et des réflexes repensés liés à la COVID-19.

Photo: Antoine Saito

Comme nous l’écrivions dans le 13 juin dans notre article « La planète musicale coupée en deux » : « L’expérience européenne […] nous enseigne aussi une chose étrange et nouvelle à laquelle personne n’est vraiment préparé dans un métier qui a toujours reposé sur de solides planifications établies de longue date : le court terme, et peut-être le moyen, va sourire à ceux qui ont la capacité de monter avec réactivité des projets créatifs en fonction des règles de l’heure, des attentes et du vivier artistique disponible. »

Dans la planification du futur immédiat, il semble donc bien y avoir un facteur d’opportunisme et un rapport au temps totalement inédit dans ce métier. Il fallait certes un mois pour prévoir et organiser un « Musi-parc » aéroportuaire dont chacun, selon ses critères et exigences, jugera de la légitimité en musique classique. Devra-t-il exclure le retour acoustique (qui est l’essence de la musique classique) de l’OSM avant un mois devant public, alors qu’à l’annonce de l’autorisation du retour sur scène et des captations début juin il semblait ne pas y avoir une minute à perdre pour envoyer une vingtaine de musiciens enregistrer un concert virtuel esthétiquement et artistiquement stérile avec masques ? Réagir vite semble périlleux : il faudra peut-être réinventer la relation avec le client « cœur de cible » pour réussir à remplir des salles à court terme.

Et la musique qui s’est fait klaxonner : elle était comment ? Un programme simple et accessible. Une sonorisation honorable. Quelques centièmes de retard dans l’image projetée sur les écrans par rapport au son entendu dans la voiture. Des avions relativement peu dérangeants (un pendant le Menuet de Ravel et un au début du mouvement lent de la Cinquième). Un Mozart sans histoire, nourri par d’excellentes prestations vocales d’Hélène Guilmette et de Jean-François Lapointe, Ravel interprété sans affect ni gourmandise par Jacques Lacombe, une 5e de Beethoven très présentable (tout de même, les phrasés du 2e mouvement…), mais où l’on aurait aimé tellement sentir que cela faisait cinq mois que cela démangeait tout le monde de se retrouver pour jouer ça.

Bref, un concert dans un parc. Le parc P5 de Montréal-Trudeau.

 

L’envolée classique

Mozart : La flûte enchantée : Ouverture, air de Pamina « Ach ich fühl’s », Duo « « Pa-pa-pa ». Don Giovanni : Air de Don Giovanni « Deh, vieni alla finestra » et Duo « La ci darem la mano ». Ravel : Le tombeau de Couperin. Beethoven : Symphonie n° 5. Hélène Guilmette (soprano), Jean-François Lapointe (baryton), Orchestre symphonique de Montréal, Jacques Lacombe. Aéroport Montréal-Trudeau, Stationnement P5. Mercredi 5 août 2020.