Les douteuses professions de foi d'Andrea Bocelli

Le chanteur italien Andrea Bocelli en prestation à New York en décembre dernier
Photo: Nicholas Hunt Getty Images Agence France-Presse Le chanteur italien Andrea Bocelli en prestation à New York en décembre dernier

Le chanteur Andrea Bocelli s’est dit « humilié et offensé » par le confinement et les réglementations en vigueur en Italie pour juguler la pandémie de COVID-19. Il avoue les avoir bafouées et, selon la BBC est allé jusqu’à suggérer aux citoyens de « refuser de suivre les règles ».

Si Andrea Bocelli, qui a été atteint de la COVID-19 en mars, n’a pas respecté le confinement, c’est parce qu’il pensait qu’il n’était pas « juste ou sain de rester à la maison », ajoutant « j’ai un certain âge et j’ai besoin de soleil et de vitamine D. » Même si ce n’est pas précisé, il semble en écoutant ses propos que ces faits ont eu lieu après sa période de contagiosité.

Chose troublante, ces phrases ont été prononcées dans le cadre de la conférence « COVID-19 tra informazione, scienza e diritto » (COVID-19 entre information, science et droit), où Bocelli avait accepté l’invitation de Matteo Salvini, le leader populiste eurosceptique de la Ligue du Nord.

Cette réunion, tenue lundi au Sénat à Rome, qui affichait clairement ses couleurs, puisque décrite par les médias italiens (Corriere della Sera, La Repubblica) comme « la Convention des négationnistes de la COVID », avait été organisée par le très coloré critique d’art et sénateur Vittorio Sgarbi qui s’était illustré, entre autres, en2017, lors de l’affaire Weinstein en déclarant au Huffington Post que le magnat du cinéma hollywoodien ne saurait avoir agressé l’actrice Asia Argento. Sgarbi avait plutôt « le sentiment qu’il a [vait] été violé par elle ».

C’est donc devant cet aréopage réuni pour, rapporte La Repubblica, « conduire à l’élaboration d’un manifeste de la vérité » et en appeler à la nécessité « de créer un comité scientifique alternatif », qu’Andrea Bocelli a admis avoir désobéi aux règles et s’est déclaré « convaincu que la gravité de la pandémie avait été exagérée ».

Dans les propos rapportés par Russia Today Bocelli aurait même utilisé devant des reporters le terme « prétendue pandémie », se référant à un argument édifiant, déjà entendu ailleurs : « Je connais beaucoup de monde, mais je n’ai jamais rencontré personne qui soit entré aux soins intensifs ». Pourtant, plus de 35 000 Italiens sont morts du coronavirus.

Repentir inutile ?

Bocelli, qui avait abordé la journée en précisant : « J’ai accepté cette invitation, mais je suis loin de la politique » s’en est pourtant pris directement au gouvernement, notamment sur la stratégie de réouverture des écoles. « Je voudrais lancer un appel pour dire que les écoles doivent être rouvertes avec des livres à la main, pas des masques. Je ne peux pas penser que nos garçons, j’ai une fille de 8 ans, devraient être en classe avec le masque. »

Il a aussi jugé « impensable que les écoles aient été fermées si rapidement, et avec la même vitesse que des boîtes de nuit aient été rouvertes, où les jeunes ne vont pas pour apprendre mais pour se brûler le cerveau. »

Dans les faits, l’Italie, qui a débuté son déconfinement le 4 mai, a autorisé la réouverture des discothèques le 14 juillet. D’autre part, à la rentrée de septembre, en Italie, les élèves ne devront aucunement porter le masque en cours : uniquement à l’entrée dans l’établissement, en allant aux toilettes et pendant les récréations.

Matteo Salvini en a fait du capital politique et a attaqué le gouvernement de Giuseppe Conte pour la gestion de la crise sanitaire en Italie.

Devant le tollé suscité par ses propos, Bocelli a tenté de faire machine arrière ou du moins de relativiser, déclarant que ses paroles avaient été « mal comprises ». Il a refusé qu’on lui accole le qualificatif de « négationniste » : « je ne suis pas un négationniste, je suis un optimiste », a-t-il déclaré. Il a aussi rappelé que sa Fondation avait aidé des malades. Mais le contexte accablant des déclarations ne permettra assurément pas de plaider l’erreur de bonne foi.

Il s’agit d’un virage à 180 degrés pour le chanteur. Pendant la crise de la COVID-19, il avait peaufiné son image et parfaitement géré sa présence médiatique avec un don de plasma à la suite de son infection, avec l’événement Internet de Pâques « Music for Hope », vu 40 millions de fois sur YouTube, où il chantait seul, devant la cathédrale de Milan, puis avec sa participation au concert virtuel « One World Together at Home », où, celui qu’on ne savait pas alors « humilié et offensé », chantait The Prayer avec Céline Dion.

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