Les festivals régionaux crient à l’injustice

Le communiqué de presse du gouvernement annonçant la hausse des personnes pouvant être présentes à un événement public a été reçu, jeudi, comme une insulte par le Festif ! de Baie-St-Paul (sur la photo).
Photo: Caroline Perron Le communiqué de presse du gouvernement annonçant la hausse des personnes pouvant être présentes à un événement public a été reçu, jeudi, comme une insulte par le Festif ! de Baie-St-Paul (sur la photo).

Les festivals régionaux ne s’expliquent pas l’interdit de présenter des spectacles qui les frappe toujours après l’annonce du gouvernement de faire passer de 50 à 250 le nombre maximal de personnes admises à des événements publics à compter du lundi 3 août prochain.

Le porte-parole de REFRAIN, Patrick Kearney, jette le doute sur l’assertion de la Santé publique selon laquelle les festivals présentent « des risques importants de contagion et de transmission du virus ». « Que ce soit la Ville de Montréal ou les Productions Patrick Kearney qui organisent des spectacles, le risque est le même. Il n’y a pas plus de risque que ce soit fait sous l’administration d’un festival, d’une municipalité, d’un producteur privé ou d’un diffuseur », soutient-il dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. « C’est un peu niaiseux. Quoi, on va ouvrir un OBNL à part pour le faire sous un autre nom ? », demande-t-il à haute voix, avant d’ajouter : « On ne va pas prendre des prête-noms pour faire des spectacles ! »

REFRAIN, un regroupement d’une cinquantaine de festivals régionaux, demande à l’équipe du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, de lui passer un coup de fil afin de trouver, avec elle, des pistes de solution. « Il faut qu’on se parle », lance M. Kearney à l’autre bout du fil.

Plutôt que de s’enliser dans un débat sémantique, il veut s’assurer que « [ses] membres puissent offrir des spectacles aux mêmes conditions que les autres ». « C’est tout ! »

Le communiqué de presse annonçant la hausse des personnes pouvant être présentes à un événement public — de 50 à 250 — a été reçu comme une insulte par le Festif ! de Baie-Saint-Paul jeudi après-midi. Rappelons que la Santé publique lui a récemment ordonné de renoncer à sa série La petite affaire. « C’est un peu fou. Le Festif ! n’est vraiment, vraiment, pas content. Après qu’on lui a demandé d’annuler ses 8 petits événements de 50 personnes — 4 événements de 50 personnes par jour — là, on permet les rassemblements de 250 personnes », déplore M. Kearney, pressant la Santé publique de faire preuve de « jugeote » et de « souplesse » à l’avenir.

Le gouvernement québécois compte réévaluer la possibilité de tenir des festivals d’ici le 31 août, « en fonction de l’évolution de la pandémie au Québec et des recommandations [de] la Santé publique », indique un membre de l’entourage du premier ministre François Legault.

Prévu du 3 au 6 septembre, le Festival de musique émergente (FME) se trouve aujourd’hui dans la « pire des situations », selon M. Kearney. Sa directrice générale, Magali Monderie Larouche, « booke-t-elle des bands ou non » ? s’interroge-t-il.

Nonobstant les difficultés éprouvées par les festivals, il se réjouit de l’assouplissement des règles encadrant les événements publics. « Je ne veux pas qu’on boude notre plaisir. Je ne lance pas juste des tomates. C’est super ! »

Pertes

Les différentes salles de diffusion musicale indépendante québécoise continuaient vendredi de mesurer les répercussions de la révision à la hausse de la limite de participants à un événement public.

« Je soupçonne que la plupart des salles qui sont fermées ne vont pas rouvrir après le changement de règlement », dit le directeur général des Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ), Jon Weisz, tout en soulignant être dans « le business des rassemblements ». Dans celle-ci, « l’enjeu principal, c’est la distanciation physique » : le maintien d’une distance de deux mètres entre des personnes debout ou d’un mètre et demi entre des personnes assises, à moins qu’elles ne fassent partie du même ménage. « Une salle de 300 places ne va pas accueillir 250 personnes. Avec la distanciation, nos salles peuvent généralement accueillir entre 30 % et 35 % de leur capacité normale », précise-t-il. Le hic : il doit y avoir deux fois plus de spectateurs pour « rentabiliser un show ».

La directrice artistique et générale du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, invite le gouvernement québécois à reconnaître et à compenser en partie la perte de revenus de billetterie des lieux de diffusion culturelle due aux mesures de distanciation sociale. « Ces pertes de revenus vont certainement créer pour beaucoup d’institutions ou de compagnies des déficits qui vont être extrêmement difficiles à résorber au cours des prochaines saisons », signale-t-elle.

En ces temps incertains, le TNM inaugurera L’automne du Nouveau Monde. « On va, nous, se rendre jusqu’à Noël. Par la suite, il y a un danger que des compagnies referment leurs portes carrément parce qu’elles ne peuvent régler leurs dépenses avec leurs revenus anticipés », met en garde Mme Pintal.

Affronter le risque

Grâce à l’aide du Conseil des arts et des lettres du Québec, le Théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme, offrira une programmation gratuite de trois semaines à compter du 29 août prochain, après quoi il proposera des spectacles pluridisciplinaires payants — et adaptés aux mesures dictées par la Santé publique. « On veut bâtir une relation de confiance avec les membres, les clients. Le 250 [personnes maximum permises] me dit : on peut y aller ! À 50, je ne serais pas allé de l’avant. On va répartir le risque sur les prochains mois », souligne le directeur général, David Laferrière. Pour y arriver, l’État devra donner un coup de main aux diffuseurs de spectacles, est-il persuadé.

« Les arts vivants, on ne se laisse pas abattre », poursuit M. Laferrière, qui est également le président de RIDEAU — l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles.

La première personne à avoir foulé les planches du théâtre Gilles-Vigneault depuis le début de la pandémie a été nul autre que le chef du gouvernement, François Legault, le 7 juillet dernier. Il y a tenu un point de presse, après avoir rencontré des élus des Laurentides.

Hôtels et congrès

Le président-directeur général du Palais des congrès de Montréal, Robert Mercure, se dit prêt à « tenir des rassemblements de 250 personnes tout en respectant les normes en vigueur pour assurer un environnement sécuritaire ».

Son équipe est aussi partante, ajoute-t-il au passage, pour « accompagn[er ses] clients dans la tenue d’événements hybrides, donc qui se tiennent en personne et virtuellement ».

Le président-directeur général de l’Association Hôtellerie Québec, Xavier Gret, se réjouit de voir prochainement les hôtels être en mesure d’accueillir « de plus gros groupes ».

Mais, les clients seront-ils au rendez-vous ? Il en doute. D’une part, « le tourisme d’affaires n’est pas là », dit M. Gret, pointant les frontières fermées. D’autre part, les entreprises, qui se sont lancées tête baissée dans le télétravail au lendemain de l’arrivée de la COVID-19 au Québec, demeurent « frileuses » à l’idée d’inscrire leurs employés à des conférences ou des réunions en personne, fait-il remarquer.

Enfin, M. Gret n’anticipe pas non plus un afflux de jeunes mariés dans les salles de bal des hôtels du Québec, « sachant qu’on ne peut pas faire de danses ». « Ça limite quand même les réceptions », mentionne-t-il.

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