Un peu plus de quantité pour passer l’été sans tournée

Le mini-album «C’est la quantité qui compte» de Qualité Motel fait suite au disque «Ce n’est pas la qualité qui compte» que le groupe a fait paraître fin 2018.
Photo: Dominic Lachance Le mini-album «C’est la quantité qui compte» de Qualité Motel fait suite au disque «Ce n’est pas la qualité qui compte» que le groupe a fait paraître fin 2018.

La bande de Qualité Motel, le projet parallèle et plus ludique de Valaire, avait prévu d’enrichir et de dynamiser son spectacle estival avec de nouvelles chansons. Mais l’été pandémique qui s’est abattu sur nous a fait en sorte que le groupe n’a pratiquement pas foulé les planches. Qualité Motel n’a toutefois pas abandonné l’idée de créer du nouveau matériel, qui voit d’ailleurs le jour ce vendredi, sous le titre ironique — on ne les changera pas — C’est la quantité qui compte.

Ce mini-album de cinq chansons dansantes et toujours portées par des collaborateurs invités fait suite au disque Ce n’est pas la qualité qui compte, que Qualité Motel a fait paraître fin 2018. Sur les nouveaux titres créés à distance, les cinq membres Luis Clavis, France, KiloJules, Roboto et DRouin, ont fait appel aux textes et aux voix de LaF, de Mike Clay, de Claudia Bouvette et de Kirouac.

« Une fois qu’on a pensé au nom du disque [complet], c’était sûr qu’on ferait un EP juste pour étendre un petit peu l’album », rigole Luis Clavis, dont la bande rejette rarement une idée louche, mais amusante — un peu à l’image de la première pièce du mini-album où Steeve Diamond imite un Émile Bilodeau qui décrit ses chansons.

Le projet de cet EP était prévu bien avant que le coronavirus ne mette un holà sur toutes les activités scéniques habituelles. « L’an passé on l’a quand même beaucoup fait le show de Qualité Motel dans différents festivals, alors on voulait le faire évoluer, explique Luis Clavis au bout du fil. C’était ça la dynamique du projet. On voulait plus de compositions, plus de collaborations pour qu’on puisse monter un set un peu différent pour l’été. Puis finalement, c’est pas ça qui s’est passé, mais on a quand même ressenti le besoin de composer ces pièces-là chacun de notre bord et de mettre ça en commun. »

C’est la quantité qui compte n’arrive donc pas comme une bouffée d’air frais pour la scène, mais comme une dose de bonheur dans les oreilles des fans du groupe. « On dirait que c’était tout indiqué d’offrir ça aux gens pour leur montrer qu’on fait encore quelque chose et qu’il y a moyen d’être léger à travers tout ça », dit Clavis au sujet de la pandémie.

Donc tant qu’à ne pas pouvoir sauter sur place dans un bar ou une salle, dansons chacun chez soi à deux mètres de distance ? « Il y a moyen de danser, assure Luis Clavis. Pour vrai, moi, je danse toujours tout seul chez nous ! Mais oui, je comprends que la situation est super dull. J’ai envie d’aller dans des bars, de vivre… Mais reste que ça crée aussi des choses, d’autres façons d’aborder la musique, d’autres façons d’aborder la vie, des remises en question. Et aussi de se surprendre à danser tout seul chez vous sur Vivo Per Lei, dans le tapis ! »

Il y a moyen de danser. Pour vrai, moi, je danse toujours tout seul chez nous!

 

Introspection et fête

Il n’y a quand même pas d’opéra sur cet EP qui, selon Clavis, s’inscrit en continuité avec le disque précédent. Le ton est une espèce d’hybride entre l’introspection et la fête, croit-il. « Ç’a été fait dans un contexte où on était chacun dans notre salon, je pense que ç’a une influence, explique le musicien. Si on l’avait fait dans une pause de deux jours en tournée, en sachant que le lendemain on les jouerait sur scène, ç’aurait été autre chose. Là on tenait à ce que ça bouge, que ce soit le fun, éclatant, mais reste qu’on était quand même chacun dans son salon, avec des écouteurs. »

Les invités de ce disque sont davantage en démarrage de carrière que la majorité des collaborateurs du passé, et sont moins destinés à servir de clins d’œil comiques ou nostalgiques, explique Luis Clavis. « On est allé avec des gens qu’on regardait aller, qu’on respectait et avec qui on avait envie de travailler. »

Pour Qualité Motel, cet EP a des allures de compilation : « C’est une cohérence musicale avec des thèmes qui n’ont peut-être rien à voir les uns avec les autres. » Clavis réfléchit une seconde. Claudia Bouvette aborde un sujet plus personnel, amoureux, explique-t-il, mais LaF et Mike Clay présentent « leur vie personnelle à travers la fête, dit Clavis. C’est quand même spécial ; on pourrait penser qu’on fait vite le tour de ce sujet-là, mais je me souviens qu’on parlait déjà de ça dans nos tounes en 2007. On dirait que de parler de fête dans une chanson, ça ne passe pas vraiment date. »

Pas de shows, pas de bateau

Pour les cinq musiciens, cet été pas ordinaire est le premier depuis leurs débuts qui ne se déroulera pas sous le signe de la run de lait des festivals. Plus encore, ils ont décidé de ne pas faire de spectacles, sauf deux contrats acceptés en tout début de pandémie.

« On s’est demandé si on y allait un peu à moitié, à faire des espèces de spectacles concepts ? Avec Qualité Motel, on dirait que ça se prête mal, on dépend beaucoup des foules, c’est une communication avec le public. Et on dirait que chaque chose qu’on nous présentait, c’était un peu décevant. On s’est dit non. Pour la première fois en 15 ans, on ne fera pas de tournée, ça va être un petit deuil, mais au moins on va vivre notre été au complet. »

La décision reste quand même déstabilisante pour les cinq amis. Ils ont par ailleurs décidé d’annuler la deuxième édition de leur mini-tournée en voilier, une aventure entamée l’année dernière et qui devait se refaire cet été sur la Côte-Nord.

« C’est un coin qui est trop méconnu selon nous. Et on avait un projet dans les îles de Mingan, on avait des super dates, on devait faire du nettoyage de plage, plein de projets, toujours dans l’optique de le faire le plus possible sans déchet. » L’incertitude de la situation les a forcés à « tirer la plogue et à remettre ça à l’an prochain. »

Faire la fête avec Qualité Motel, c’est bien, mais Luis Clavis assure que les cinq amis ont aussi le désir de se retrouver dès que possible pour créer un nouvel album de Valaire. Il y a déjà des pistes qui ont été lancées, mais l’élan a aussi été freiné par le confinement. « Il y a des limites à composer à distance. Mais on a vraiment hâte, on commence à savoir où on veut aller avec ça. Et se lancer dans du Valaire, c’est une autre affaire, c’est notre projet principal par défaut depuis toujours. Il y a quelque chose de vraiment enlevant dans le fait de prendre nos instruments et de faire de la musique ensemble. »  

C’est la quantité qui compte

Qualité Motel, Costume Records. En vente dès aujourd’hui.