Haïti en Folie… en ligne

Dans le cadre d’Haïti en Folie, BélO, qui ne s’est produit qu’une seule  fois chez lui,  en Haïti,  ira plutôt à  la rencontre  de tous ses fans, en Europe,  en Floride,  à New York  et chez nous  au Québec.
Francofolies Dans le cadre d’Haïti en Folie, BélO, qui ne s’est produit qu’une seule fois chez lui, en Haïti, ira plutôt à la rencontre de tous ses fans, en Europe, en Floride, à New York et chez nous au Québec.

On s’y habitue, mais à contrecœur : comme tant d’autres rendez-vous estivaux pénalisés par la pandémie, le festival Haïti en Folie s’est aussi réfugié sur le web. Dès demain et jusqu’au grand concert de clôture dimanche, l’organisation a mis sur pied une édition numérique de son événement-vitrine de la culture créole. Une programmation musicale réunira les réputés Beethova Obas, TiCorn et BélO et, pour innover, l’événement proposera un volet de conférences et de causeries abordant des sujets aussi variés que cruciaux comme le racisme systémique et la COVID-19 vus par les médias haïtiens.

Croyez-le ou non, il y aura bel et bien un défilé rara au Festival Haïti en Folie — ou plutôt, une diffusion de la captation du défilé carnavalesque de l’édition dernière. Maudite COVID ! « De mon côté, je n’ai pas cessé de travailler à cause du coronavirus », assure BélO, joint hier dans sa « deuxième maison » à Liège, en Belgique, d’où est originaire son épouse. « Depuis mars, je compose beaucoup, j’ai donné plusieurs concerts virtuels, j’ai aussi accordé beaucoup d’entrevues, alors je suis resté actif. »

Certes, le célèbre auteur-compositeur-interprète a vu sa vie professionnelle bouleversée par la crise sanitaire. Il souhaitait faire une tournée de spectacles dans son pays natal pour appuyer la parution de son dernier album Motivasyon, pour commencer : « J’aime dire que lorsque je sors un disque, ce n’est pas pour la “République de Port-au-Prince”, mais pour la République de Haïti ; j’aime aller à la rencontre des gens, en région, dans les petits villages de tous les coins de l’île. »

Paru en juillet 2019, Motivasyon, son sixième album, est un collier de resplendissantes chansons créoles et françaises métissées de reggae, de hip-hop et de soul, chansons dont les textes ont été écrits ou coécrits avec le parolier Jean Winer Pascal, qui a signé plusieurs chansons d’Émeline Michel et du regretté Manno Charlemagne, entre autres figures majeures de la chanson créole. La participation de jeunes réalisateurs haïtiens tels que le DJ et musicien électronique Michael Brun (avec son collègue DJ Gardy Girault, il performera live pour le festival le 26 juillet à 16 h) confère à ces chansons engagées « une touche de jeunesse », explique BélO.

« À chaque nouvel album, je cherche toujours de nouveaux sons, de nouveaux collaborateurs, de nouvelles directions. Parce que, selon moi, la musique doit toujours évoluer. […] Et puis, c’est l’album qui paraissait juste avant mes 40 ans ; je me suis dit : tant qu’à faire, aussi bien faire un album de “motivations”, autant dans le choix des sujets, dans le texte que dans le son. »

Or, BélO n’a eu le temps de se produire chez lui qu’une seule fois, en janvier dernier, pendant le Festival de jazz de Port-au-Prince. « Deux semaines plus tard, les troubles sociopolitiques sont revenus », dit-il en faisant référence, sans le nommer, au pouvoir du président Jovenel Moïse, contesté dans la rue. Chanteur engagé, il a lui-même manifesté pour que la lumière soit faite sur les sommes disparues du fond Petrocaribe, « mais je me considère apolitique — je ne prends pas position pour ou contre les hommes politiques. Je suis un acteur social, j’essaie de garder une certaine neutralité. Je suis un citoyen qui vote et appelle les autres citoyens à voter, mais jamais je n’appuierai un quelconque politicien. »

« Puis est arrivée la pandémie… » Dans le cadre d’Haïti en Folie, il ira plutôt à la rencontre de tous ses fans, en Europe, en Floride, à New York et chez nous au Québec. C’est la conteuse et musicienne TiCorn (avec qui BélO s’était produit l’an dernier à Montréal) qui a lancé le projet de ce concert exclusif au festival, réunissant autour d’elle Obas et notre interlocuteur : « Pour le concert de Montréal, ce sera très spécial. J’ai choisi en priorité mes nouvelles chansons » composées pendant le confinement des derniers mois « ainsi que des chansons que je joue presque jamais sur scène ».

Il commence à avoir l’habitude des prestations à distance : dès les premières semaines de la pandémie, BélO a fait équipe avec Carel Pedre, animateur télé, radio et producteur bien en vue dans les médias d’Haïti, pour mettre sur pied une série de concerts en ligne, les sessions live Quarantaine Haïti, pour tous les mélomanes en sevrage de grooves créoles. « Je travaille à la coordination avec les artistes ainsi qu’au choix des invités — j’ai été le premier à donner un concert dans cette série. J’ai aussi enregistré beaucoup de vidéos pour informer la population [à propos du coronavirus] : au début, beaucoup de gens croyaient que ce n’était pas vrai, ou que c’était une manœuvre politique. Il fallait, dans un premier temps, monter une campagne de sensibilisation et d’éducation sur la pandémie. »

Pour le concert de Montréal, ce sera très spécial. J’ai choisi en priorité mes nouvelles chansons.

 

Le concert de TiCorn, Beethova Obas et BélO sera présenté le 26 juillet à 18 h sur le site Web du festival, haitienfolie.com, ainsi que sur sa page Facebook.