Navet Confit ouvre les vannes de la nostalgie

Au départ, Navet Confit voulait profiter du confinement pour enregistrer du nouveau matériel. Il en a bien enregistré un peu, mais le contexte n’était pas favorable à faire de la nouvelle musique.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Au départ, Navet Confit voulait profiter du confinement pour enregistrer du nouveau matériel. Il en a bien enregistré un peu, mais le contexte n’était pas favorable à faire de la nouvelle musique.

Juste au moment où on pensait avoir pas mal été surpris de toutes les façons possibles par la musique et la démarche de Navet Confit, le prolifique auteur-compositeur-interprète en rajoute une couche. Le musicien qui s’est toujours tenu loin du consensus a passé une partie du confinement à fouiller dans ses archives poussiéreuses et vient de faire paraître avec ce matériel pas moins de dix disques différents d’un coup. Répétons : dix disques d’un coup.

Navet Confit, de son vrai nom Jean-Philippe Fréchette, éclate de son habituel rire généreux au bout du fil, pendant qu’il se cherche un petit coin de parc tranquille pour discuter. « Ça faisait longtemps que j’avais ce projet-là, explique celui qui a déjà dans son répertoire une vingtaine d’albums en tout genre, longs ou courts, officiels ou ironiques. J’avais commencé petit à petit, je rescapais quelques sons de temps en temps quand je passais sur un vieux disque dur. Et je compilais ça quelque part dans un dossier sans trop savoir à quoi ça allait servir. »

En tout, ce sont 103 nouvelles chansons qui sont parues, séparées en différentes catégories, si l’on peut dire. Il y a d’abord trois volumes de musique composée pour la scène, sous le titre Monsieur Confit au théâtre. Il y a trois autres volumes où sont assemblées des pièces qui ne cadraient pas tout à fait avec le fil conducteur de ses différents disques, et qu’on retrouve sous le thème Nostalgie Incubateur.

La raison pour laquelle j’ai autant d’archives, c’est que, comme je n’écris pas la musique, je maquette absolument tout, tout est enregistré. Donc ça me donnait un grand parc dans lequel m’amuser.

 

Et il y a quatre disques concepts, qui sont faits d’une même approche musicaleou dont les pièces sont issues d’une même séance : Bruit de fond, Aquaforme, l’EP dance Skydancer, et Covers de rêves, où Navet reprend notamment Daniel, d’Elton John, et Je ne sais plus comment je m’appelle, de Martine St-Clair. « La raison pour laquelle j’ai autant d’archives, c’est que, comme je n’écris pas la musique, je maquette absolument tout, tout est enregistré. Donc ça me donnait un grand parc dans lequel m’amuser. »

Au départ, Navet Confit voulait profiter du confinement pour enregistrer du nouveau matériel. Il avait transféré des instruments de son studio, fermé pendant deux mois, dans son petit appartement. Il a bien enregistré un peu de matériel, « mais on dirait que le contexte n’était pas favorable à faire de la nouvelle musique. Je n’étais pas très inspiré par ce qui se passait, je pense ». Il s’est plutôt tourné vers ce travail dans les archives, « qui est moins émotif, moins demandant dans la création, qui est plus une analyse. Ça m’a permis de passer à travers le confinement d’une façon plus occupée, donc moins obsédée par ce qui se passait autour aussi ».

Peaufiner encore et encore

Le musicien s’est donc retrouvé observateur de son propre matériel, dont la création remonte parfois jusqu’en 2000. Ces dix disques représentent ainsi les étranges retailles de 20 ans de carrière. « Et j’ai probablement encore le double de ce que j’ai sorti en tout, affirme Navet Confit. Il y a des affaires que j’ai réécoutées et c’est vraiment gênant ! Bon, peut-être que des gens vont penser qu’il y a des affaires gênantes dans ce qui vient de sortir [il éclate de rire], mais disons que certaines ont mal vieilli. »

Bien souvent, explique-t-il, c’est la pose de la voix ou bien l’utilisation de la langue qui n’étaient « pas encore maîtrisées » sur les pièces qui ne verront pas le jour. Son travail peut souvent avoir l’air relâché, mais « c’est très compliqué de faire de la musique comme ça en français sur de la musique électro ou grunge. Je suis toujours en train de peaufiner ».

Ce qui lui a demandé le plus de travail, ce sont les trois disques Nostalgie Incubateur, parce qu’il a fallu y assembler des titres issus de différentesépoques. « Il fallait les écouter “s’entreparler”, dit-il. Il y a un peu un travail de commissaire de musée, de choisir quelle oeuvre va suivre quelle oeuvre, avec un peu plus de recul. »

Si au fil de tout ce travail d’introspection Navet Confit s’est lui-même fait rire à plusieurs reprises, il note dans cette masse certains filons clairs. Il y a son envie permanente de surprendre, par exemple, « de toujours être décalé par rapport à ce qu’on s’attend d’entendre ». Il y a le minimalisme dans les textes, aussi. « Et j’ai aussi vu des liens entre des tounes, des phrases qui revenaient, des suites d’accord que je réutilisais, mais à cinq ans d’intervalles. Il y a des liens à faire, si les gens ont beaucoup de temps à perdre ! »

Lundi dernier, Navet Confit a lancé officiellement ses dix nouveaux albums avec une performance en ligne préenregistrée, intitulée « Spectacle d’e l’Internet spéci@l de Navet Confit », et dont la touche visuelle exploratoire signée Von Pleid et Martin Lachapelle est du même acabit que le titre de la présentation.

Navet Confit dit d’ailleurs adhérer « complètement » à l’idée que la culture doit se réinventer et se numériser. « Tu ne peux pas juste dire : “j’ai mis une caméra fixe dans la salle, et regardez le spectacle que j’ai fait”. Je ne sais pas si t’as déjà vu une captation de théâtre. C’est d’une platitude mortelle et on a tous l’air d’être en secondaire 4 et de faire un show amateur, même si ça fait 15 ans qu’on fait ça. Ça ne passe pas bien. C’est pour ça que j’ai essayé de trouver une autre façon de filmer ma perfo, pour que ça soit plus raccord avec ma démarche artistique. Et que ce soit plus artistique tout court. »

Les dix disques

Monsieur Confit au théâtre, vol. 1 / Nyotaimori
Monsieur Confit au théâtre, vol. 2 / Yukonstyle
Monsieur Confit au théâtre, vol. 3 / La femme la plus dangereuse du Québec
Nostalgie Incubateur, vol. 1
Nostalgie Incubateur, vol. 2
Nostalgie Incubateur, vol. 3 / Engagement, lutte, clan et rejets
Aquaforme
Covers de rêves
Skydancer EP
Bruit de fond

Navet Confit, Navet Confit sous licence exclusive Lazy at work