De nouveaux gestes déplacés de musiciens dénoncés

La déferlante de dénonciations dans le monde culturel ne s’est pas tarie vendredi, de nouveaux musiciens ayant vu leurs comportements problématiques mis à l’avant-plan, dont le chanteur Yann Perreau, mais aussi le bassiste de Simple Plan, David Desrosiers, ainsi qu’Alex Nevsky, dans son cas, de son propre aveu. L’ADISQ a quant à elle décidé d’exclure l’étiquette de Bernard Adamus, Dare To Care, de son association.

Visé sur les réseaux sociaux par des allégations d’inconduite, Yann Perreau a vu vendredi matin sa maison de disques Bonsound se dissocier de lui, tout comme son équipe de gérance, Hôtel particulier. En fin d’après-midi, le chanteur a publié quelques lignes sur le Web. « Je lis, je vois, j’écoute, j’entends, je comprends le message. Je présente humblement mes excuses pour l’inconfort, la colère et la peine que j’ai pu créer autour de moi par certains comportements déplacés. »

Perreau a dit qu’il prendra « du recul et du repos » et demandera de l’aide. « Je sais que plusieurs sont déçus, je ne peux pas réparer les erreurs du passé, mais soyez certains que je vais prendre les mesures nécessaires pour ne pas les répéter. »

Son étiquette de disque avait fait paraître une note en avant-midi dans laquelle elle affirmait que « suite aux allégations d’agressions et d’inconduites sexuelles à l’égard de Yann Perreau, Bonsound annonce sa dissociation immédiate avec lui ». L’entreprise s’est engagée « à procéder de la même façon auprès de tout autre artiste ou collaborateur qui serait visé par de telles allégations ».

« Pour ce qui est de Yann et de ce qu’il va faire, ce n’est plus entre nos mains », a affirmé par message texte au Devoir le responsable des relations de presse de Bonsound, Jérémie Pelletier.

Vendredi, la chanteuse La Bronze a raconté que Perreau lui avait envoyé « sa dick pic » en réponse à une story qu’elle avait publiée sur Instagram. « C’était hors contexte, et clairement non consentant, écrit-elle. Une dick pic peut sembler banale, mais je me suis sentie si agressée que j’ai fait une crise d’anxiété d’environ deux heures. » La Bronze ajoute que le chanteur s’est excusé et qu’il a dit qu’il ne referait plus ce genre de geste. « And he did », ajoute la chanteuse en référence aux différents témoignages du même acabit qui circulent.

Une autre femme, Nora Villeneuve, a affirmé sur Instagram et confirmé au Devoir que le chanteur avait « touché les fesses de ma sœur et moi lorsqu’on prenait une photo avec lui » après un concert qui avait lieu à la salle Les Pas perdus, aux Îles de la Madeleine. « Et quand je me suis fâchée il a dit : “Ohhh, c’est quoi, t’es féministe ? Je vais te manger la chatte comme aucune féministe se l’est fait manger.” »

Mis au courant de ces témoignages, Yann Perreau n’a fait aucun commentaire quand il a été sollicité par le Devoir.

En matinée, Yann Perreau avait retiré de ses réseaux sociaux sa plus récente publication au sujet de La virée rose, de la Fondation du cancer du sein du Québec.

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Simple Plan

De même, vendredi, le bassiste du populaire groupe punk-rock Simple Plan, David Desrosiers, a pris la parole sur les réseaux sociaux après « des déclarations publiques récentes », et a annoncé qu’il se retirait du groupe dont il était membre depuis 20 ans. Des dénonciations qui le visaient lui « ont fait reconnaître que certaines interactions que j’ai eues avec des femmes leur ont causé du tort. » Le musicien montréalais a affirmé qu’il irait « chercher de l’aide professionnelle afin de m’éduquer et d’agir de façon appropriée à l’avenir ».

Simple Plan, sur sa page Instagram, a aussi pris la parole, présentant ses excuses « les plus profondes aux femmes qui ont été blessées par ses actions ». « En tant que groupe, nous prendrons le temps de faire une pause, réfléchir, et mettre en place des lignes directrices afin d’éviter que de telles situations se reproduisent.

Alex Nevsky

Le populaire auteur-compositeur-interprète Alex Nevsky n’a pour sa part pas attendu que les rumeurs se propagent et est passé en quelque sorte aux aveux dans une longue série de messages publiés là encore sur son compte Instagram. Nevsky y raconte avoir reçu un courriel d’une ancienne amoureuse où celle-ci décrit leur relation de deux ans comme étant « abusive ».

« Je découvre comment, par ce que je croyais être de l’amour, j’ai fait et je fais encore parfois du chantage émotionnel, comment j’ai des attentes irréalistes face à la sexualité dans un couple, dit Nevsky. Je découvre à 34 ans comment certains de mes comportements sont abusifs. Je découvre ce qu’est la coercition sexuelle. […] Je prends aujourd’hui l’entière responsabilité pour toutes les fois où une femme s’est sentie insuffisante ou obligée d’avoir des rapports intimes avec moi. Je ne serai plus insistant, ou déplacé […] Je m’avoue enfin que j’ai un comportement toxique. »

Le chanteur a spécifié qu’il avait rompu son lien d’affaire avec « un agresseur », il y a deux mois, et qu’il ferait tout en son pouvoir « pour ne plus jamais défendre par [son] silence ou [son] inaction des agresseurs ou des violeurs. ». Il ajoute avoir aussi dans son entourage une autre personne visée par des allégations. « Ami de longue date, j’ai fermé les yeux sur certaines histoires, favorisant l’humain que je connaissais et appréciais au détriment des victimes. »

Marie-Émilie Gauthier, qui s’occupe en ce moment du management de Nevsky précise qu’« Alex tenait à dire ce qu’il a dit ce matin, il n’a rien à ajouter. » À la question : est-ce que cette sortie a eu des conséquences sur ses contrats, la réponse est : « Non. Pour le moment, son monde est derrière lui. » Interrogée dans la foulée, son étiquette de disque Musicor était toujours en train de préparer une déclaration vendredi soir.

Obia le Chef

Et vendredi en début de soirée, c’était le rappeur québécois Obia le Chef qui voyait sa maison de disque le lâcher en raison d’une dénonciation.

« Nous ne prenons pas la situation à la légère et lui avons annoncé hier que notre bannière cesserait toute représentation et collaboration avec lui. Notre équipe ne tolère aucun comportement de cette nature envers qui que ce soit », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux des Disques 7ième Ciel.

L’ADISQ exclut DTC

Ces récents cas font notamment suite à celui de Bernard Adamus, au cœur d’allégations d’inconduite sexuelle pour lesquelles il s’est excusé, et du président de son étiquette de disque, Dare To Care, Éli Bissonnette, qui a notamment affirmé s’être servi du privilège de sa notoriété et de son autorité pour avoir des « agissements, remarques, relations [qui] n’étaient pas forcément d’égal à égal ».

Prudente jeudi, l’ADISQ a publié un communiqué vendredi où elle annonce que son conseil d’administration « a pris de façon unanime la décision d’exclure l’entreprise Dare To Care Records de son association en raison de faits reprochés à son président et unique actionnaire, Éli Bissonnette, notamment par plusieurs employé(e)s et ancien(ne)s employé(e)s. »

L’ADISQ a aussi décidé d’exclure DTC des catégories dites industrielles de son gala annuel et de bloquer les possibles candidatures de Bernard Adamus dans l’ensemble des catégories artistiques.

« Le conseil d’administration tient à affirmer qu’il n’hésitera pas à intervenir de façon similaire pour toute situation le commandant dans le futur. »

Lors du Gala de l’ADISQ 2019, le chanteur Éric Lapointe, alors accusé de voies de fait sur une femme, n’avait pas été banni de la soirée, où il était en nomination pour Interprète masculin de l’année. Lapointe n’avait toutefois pas présenté un prix, tel que prévu.

Avec Louise-Maude Rioux-Soucy et Alexis Riopel