Deutsche Grammophon diffusera en ligne le Beethoven du Métropolitain

L’Orchestre Métropolitain a vidé la salle Bourgie de ses sièges afin de pouvoir jouer Beethoven en captation vidéo tout en respectant la distanciation physique.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir L’Orchestre Métropolitain a vidé la salle Bourgie de ses sièges afin de pouvoir jouer Beethoven en captation vidéo tout en respectant la distanciation physique.

Le Devoir a appris que le cycle des symphonies nos 1 à 8 de Beethoven enregistré en vidéo par Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain à la salle Bourgie a éveillé l’intérêt de l’étiquette Deutsche Grammophon, qui en assurera la diffusion internationale payante sur sa plateforme Internet « DG Stage ».

C’est un très grand coup pour Yannick Nézet-Séguin, l’Orchestre Métropolitain, la salle Bourgie et, par ricochet, Montréal qui vont avoir une visibilité sur la nouvelle plateforme de streaming de Deutsche Grammophon (DG), lancée le 24 juin dernier.

Avec « DG Stage », Deutsche Grammophon a été prompt à concrétiser la volonté de nombreux acteurs du métier de passer à une phase de monétisation des prestations musicales dans l’univers virtuel. « DG Stage » ne diffuse que des événements triés sur le volet, par exemple demain vendredi 10 juillet, le concert lors duquel John Williams avait été invité en janvier dernier à diriger le Philharmonique de Vienne. Suivront par exemple, le 24 juillet, le concert de Ludovico Einaudi à Berlin ou le 30 juillet une représentation semi-scénique de Tosca à Naples avec Anna Netrebko, Yusif Eyvasov et Ludovic Tezier. « DG Stage » proposera aussi pendant 5 semaines, les samedis, à partir du 25 juillet, un Festival de Bayreuth 2020 virtuel.

La haute marche

Le cycle Beethoven de Yannick Nézet-Séguin et du Métropolitain à Montréal s’inscrira également dans la programmation de « DG Stage » comme un feuilleton musical, la veille des rendez-vous de Bayreuth, les vendredis à compter du 31 juillet selon l’entente conclue ces derniers jours et dont l’annonce sera faite ce jeudi.

Comme le décrivait mercredi dans ces colonnes le baryton Marc Boucher, l’ampleur de la carrière de Yannick Nézet-Séguin et son aura désormais rejaillissent sur Montréal et le Québec et créent un véritable momentum. Aussi, dans ses premières impressions recueillies par Le Devoir, le chef n’a pas été étonné par l’intérêt suscité par le projet dans de telles sphères, qui, en matière beethovénienne, se cantonnent en général à Vienne et Berlin : « Ce projet est unique et très attaché à l’époque dans laquelle on se trouve. Je voyais à la fois ce qui se développait chez DG pour “DG Stage” et que notre projet à l’OM prenait des allures musicalement très intéressantes. Je ne suis donc pas surpris du rapprochement entre DG et l’OM amorcé par deux albums CD avec Rolando Villazón et Ildar Abdrazakov. C’est sûr qu’on parle d’une marche beaucoup plus haute en se joignant à toutes les légendes qui ont enregistré Beethoven pour DG, mais je vois cela dans la continuité de notre relation et un hommage à l’unicité de l’OM. »

Yannick Nézet-Séguin n’a pas peur que l’enjeu se mette à figer la musique : « Pour nous, c’est une reconnaissance du talent québécois par l’une des plus grandes maisons de disque de l’histoire et sur la planète, mais la valeur chère à mon cœur, c’est de toujours se donner corps et âme, que ce soit dans un concert en arrondissement ou à Carnegie Hall. Donc ici, que l’enregistrement soit destiné à notre site Web ou à une plateforme internationale, au fond cela ne change rien. »

En pratique, dans la nouvelle configuration, les sites de l’Orchestre Métropolitain et de la salle Bourgie devraient rediriger les internautes vers le site de Deutsche Grammophon équipé des outils de paiement sécurisé pour le « pay per view », chaque concert virtuel, disponible pendant 48 heures seulement, étant vendu au prix de 9,99 euros, soit 15 dollars.

Comme nous l’avions rapporté dans Le Devoir le 18 juin, le cycle Beethoven avait été lancé par l’Orchestre Métropolitain et la salle Bourgie comme une résidence d’été. La salle a été vidée de ses sièges, l’orchestre y prenant place, peut, tout en respectant la distanciation, être en nombre suffisant pour jouer Beethoven. Le projet avait été décidé au départ pour remettre les musiciens au travail, sans aucun autre débouché que des vidéos qui devaient être mises en ligne sur le site de l’orchestre. Après trois jours, le directeur de production Luc Chaput disait au Devoir : « Yannick avait raison de dire : il faut le faire, on verra après. » La tournure les événements le démontre.

Désormais, la question se repose pour la Symphonie n° 9 que le chef voulait se préserver pour les réjouissances du retour à une vie normale. Peut-on imaginer, avec un assouplissement des règles sanitaires ou un changement de lieu, l’intégrer au cycle ? Et, là, surprise le discours a effectivement changé. « On discute présentement de la Neuvième. Avec la tournure que vient de prendre le projet et étant donné que le milieu du chant est encore plus affecté que celui des instruments, avec beaucoup plus de fausses informations qui circulent sur les dangers du chant, ce serait important pour moi de montrer qu’il y a moyen dans un contexte de distanciation de réaliser des projets vocaux. On étudie donc la question. »

Yannick avait raison de dire: il faut le faire, on verra après

 

Côté DG, Clemens Trautmann, le président-directeur général, qui nous a fait la révélation de cette association dans le cadre d’une entrevue à paraître dans notre DMag ce samedi souligne que cette diffusion n’a pas d’incidence sur le futur projet d’intégrale CD des symphonies de Beethoven avec l’Orchestre de chambre d’Europe et Yannick Nézet-Séguin qui devait être enregistré en avril : « Si le projet de concerts et de tournées des symphonies de Beethoven avec Yannick et l’orchestre de chambre d’Europe peut avoir lieu l’année prochaine nous serons là pour l’enregistrer. Nous y tenons. »

Quant au partenariat de l’OM avec DG, Yannick Nézet-Séguin note bien qu’il n’est pas exclusif : « Nous souhaitons garder une flexibilité. “DG Stage” représente le plus grand rayonnement possible, une opportunité en or et un exemple à donner, avec contenu exclusif et un principe de billetterie. La musique interprétée par L’OM n’est donc pas confinée. Mais il y a plein d’autres idées sur lesquelles nous travaillons avec d’autres diffuseurs potentiels d’ici et d’ailleurs. Il y aura une constellation de diffuseurs, comme il y aura une constellation de projets. »

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