«Un message fort» demandé pour le maintien des cours de musique

Quatre associations de musiciens demandent l’uniformisation des consignes entre la Direction de santé publique, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail et le ministère de l’Éducation «pour permettre une reprise harmonieuse, réaliste et égalitaire de l’enseignement musical».
Photo: Yan Zhao Agence France-Presse Quatre associations de musiciens demandent l’uniformisation des consignes entre la Direction de santé publique, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail et le ministère de l’Éducation «pour permettre une reprise harmonieuse, réaliste et égalitaire de l’enseignement musical».

Inquiètes de voir que certaines directions d’écoles réduisent ou retirent les cours de musique pour la prochaine rentrée post-pandémie, quatre associations ont interpellé lundi le ministère de l’Éducation et les centres de services scolaires afin qu’« un message fort » soit lancé pour le maintien de cette matière jugée importante à la fois pour le développement des jeunes, mais aussi pour les nombreux musiciens pour qui l’enseignement est un travail d’appoint.

Le cri d’alarme vient de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ), qui joint sa voix dans ce dossier à celle de la Fédération des harmonies et orchestres symphoniques du Québec (FHOSQ), de l’Alliance chorale du Québec et de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ).

Selon ses sondages internes et les discussions qu’elle a avec ses quelque 475 membres, la FAMEQ estime que plusieurs directions d’établissements — dont dans les centres de services scolaires de Beauce-Etchemin, de Sept-Îles et de Rivière-du-Nord dans les Laurentides — ont décidé sans la consulter de supprimer les cours de musique, « par peur, par opportunité, les raisons sont diverses », explique son président, Stéphane Proulx. L’ampleur du phénomène est difficile à cerner, car les décisions sont décentralisées, précise-t-il.

Luc Fortin, le président de la Guilde des musiciens, reçoit aussi le même son de cloche de la part de ses membres. La Guilde ne représente pas syndicalement les professeurs, mais plusieurs professeurs de musique sont par ailleurs des artistes professionnels.

« On ne veut pas arriver le 15 août devant des faits accomplis, il va être trop tard pour réagir » si la situation continue d’empirer, explique M. Proulx, qui estime que plusieurs directions d’écoles ont déjà décidé de fermer leur programme de musique pour éviter de jongler avec des consignes et des contraintes souvent contradictoires, notamment sur le plan sanitaire. Les trois associations inquiètes demandent d’ailleurs l’uniformisation des consignes entre la Direction de santé publique, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail et le ministère de l’Éducation « pour permettre une reprise harmonieuse, réaliste et égalitaire de l’enseignement musical ».

Dans ce dossier, la FAMEQ s’inquiète aussi de voir des considérations économiques l’emporter sur des considérations pédagogiques. La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, quant à elle, n’était pas en mesure de faire de commentaires lundi.

Le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a affirmé au Devoir qu’« il est clair que nous souhaitons qu’un maximum de cours de musique puissent être offerts à nos élèves, partout au Québec, en vue de la prochaine rentrée », en plus de se dire sensible à la situation. « Nous poursuivons notre travail avec nos partenaires du réseau scolaire afin de donner le maximum à nos élèves en vue de la rentrée de septembre. »

Stéphane Proulx reconnaît que le ministre Roberge a déjà affirmé que l’offre de cours habituelle serait maintenue, mais déplore le manque de balises « pour s’assurer que [ce soit] fait ». Une école pourrait par exemple conserver son nombre d’heures minimales en art, mais opter pour la danse, l’art dramatique ou les arts plastiques au lieu de la musique.

Groupes fermés

En ce sens, « la COVID est venue exacerber ce problème qu’on vit depuis des années, note le président de la FAMEQ. On ne veut pas une chicane, mettez-nous un statu quo sur l’enseignement des arts actuellement et réfléchissons après à long terme sur comment on règle ça ».

Ce qui complique le sort des cours de musique, c’est que, pour la grande majorité des élèves du primaire et du secondaire, la rentrée scolaire devra se faire « en groupes fermés formés d’élèves qui demeurent dans leur local de classe respectif », dit Québec. Cette exigence provenant de la Santé publique « peut parfois poser des défis pour le maintien d’une offre de cours à option régulière dans de plus petits milieux, par exemple, explique le cabinet du ministre de l’Éducation. C’est d’ailleurs pour cette raison que deux options ont été annoncées par le ministre, afin que les centres de services scolaires soient en mesure de faire le choix le plus adapté à leur réalité ».

Stéphane Proulx souligne que sa fédération et la FHOSQ ont mis sur pied un guide sanitaire qui permettrait la tenue de cours de musique en toute sécurité. Il y aurait aussi moyen de réinventer le cours habituel.

« Dans les écoles, ils ont choisi de faire l’achat d’iPad ou de matériel informatique. Comme ça, on peut manier des claviers sur des logiciels, jouer des instruments de musique de style console, illustre le président de la FAMEQ. On peut faire des créations musicales, faire des pièces de groupe, aller jouer avec les sonorités. Ces détours-là peuvent permettre aux élèves de mieux maîtriser certains aspects de la musique et les profs vont pouvoir aller plus loin avec les élèves avec de vrais instruments ensuite. »

Selon les recherches d’experts, note-t-il, la musique aide notamment au développement de l’empathie, et permet d’abaisser le niveau d’anxiété. « Et on s’entend que, dans la situation actuelle, ça peut être utile ! »

Du côté de la Guilde des musiciens, le président Luc Fortin s’inquiète pour les nombreux musiciens dont le travail d’appoint est l’enseignement. Il estime que jusqu’à 1000 de ses 3200 membres ont une tâche d’enseignement, tous types de cours et de contextes confondus. « Avec la crise, ils ont déjà perdu tous leurs revenus de l’été et peut-être ceux d’une partie de l’automne, et là ils perdent leur autre source de revenus. C’est une catastrophe par-dessus une autre pour les musiciens au Québec. »

M. Fortin, un guitariste qui a lui-même enseigné la musique, s’inquiète de voir son art écoper à l’école, parce que les jeunes sont les artistes de demain, « mais aussi le futur public » dans les salles.

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