Toronto met la hache dans sa saison symphonique 2020-2021

L'Orchestre symphonique de Toronto, sous la direction de Gustavo Gimeno
Photo: Orchestre symphonique de Toronto L'Orchestre symphonique de Toronto, sous la direction de Gustavo Gimeno

L’Orchestre symphonique de Toronto (TSO) a fait part lundi de l’annulation de tous les concerts prévus lors de la saison 2020-2021, la première du nouveau directeur musical, Gustavo Gimeno. La décision est attribuée à « l’incertitude et à la situation sans cesse changeante de la pandémie ». De ce fait, la saison est remplacée par « des projets d’événements plus réduits dans la grande région de Toronto », dont la teneur sera dévoilée à l’automne.

Le communiqué de presse diffusé par le TSO indique que les concerts seront reconfigurés avec des programmes et pour des auditoires compatibles avec les régulations en vigueur. Pour le p.-d.g. de l’orchestre, Matthew Loden, la situation permettra aussi au TSO de sortir de la salle de concert et de se rapprocher des communautés.

Mais pourquoi condamner l’ensemble de la saison ? Comment décréter le 6 juillet que ce qui est planifié en mars 2021 sera intenable ? Pour Claudine Domingue, directrice des communications et relations avec les médias, « le fait d’avoir potentiellement à annuler des concerts au fur et à mesure de la saison est déstabilisant et risqué financièrement pour l’organisation ».

Habile préméditation

Les orchestres ont perdu un tiers des revenus de billetterie cette saison. Le TSO dit faire ici une croix sur 11 millions de dollars de ventes de billets dans sa salle en 2020-2021 et prévoit étudier des « scénarios financiers incluant une réduction significative des dépenses et des initiatives de campagnes de financement ».

La nouvelle est une commotion à première vue, mais faire table rase d’une saison conçue avant la pandémie permet pragmatiquement à l’institution de n’être liée à rien ni à personne. C’est extrêmement regrettable pour les artistes engagés initialement, mais le TSO gagne une flexibilité inédite qui peut s’avérer utile dans tous les scénarios. Si les concerts et salles peuvent se réduire et se décentraliser, advenant une embellie sur le front sanitaire, le potentiel de réactivité permettra facilement de revenir à l’état similaire à celui initialement prévu, si le Roy Thomson Hall n’a pas trouvé de locataire entre-temps (et comment le ferait-il ?). En pratique, le TSO s’accorde de la souplesse tout en labourant d’autres platebandes dans l’intervalle. Dans la communication adressée aux médias et à la clientèle, l’accent est mis sur la préparation de la 100e saison en 2021-2022. Car l’annulation intégrale permet au TSO de garder l’argent des abonnements en trésorerie en proposant aux clients de transférer leurs abonnements avec garantie tarifaire pour la saison du centenaire, qu’il annonce grandiose.

Pareillement, les très gros projets (Star Wars, Yo Yo Ma, Joe Hisaishi) ne sont pas annulés, mais reportés à 2021-2022, ce qui permet de ne pas avoir forcément à rembourser. Le fait que ces événements soient très courus tend à amener le public à garder ses billets.

Nous avons refait une programmation. Nous sommes prêts à la lancer, mais pas avec 50 personnes dans la salle. Nous attendons la prochaine étape. Dès que la directive avec 250 personnes sera annoncée, ce sera fait !

 

Alors que l’on craignait simplement pour l’automne musical, ce coup de massue inattendu va-t-il servir d’exemple et entraîner dans les prochaines semaines en Amérique du Nord une vague de « stratégisations » de planification artistique par optimisation comptable ?

Pas question à l’Orchestre symphonique de Montréal de suivre l’exemple torontois, nous dit Pascale Ouimet, cheffe des relations publiques et des relations médias : « Nous avons refait une programmation. Nous sommes prêts à la lancer, mais pas avec 50 personnes dans la salle. Nous attendons la prochaine étape. Dès que la directive avec 250 personnes sera annoncée, ce sera fait ! »

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