Le western artisanal, mais sérieux de Julien Corriveau

Julien Corriveau a «essayé d’innover en respectant le genre». Il y a mis beaucoup de Wurlitzer, du synthétiseur, du mélodion. Mais la guitare prend quand même une grande place, le musicien en ayant utilisé une douzaine de différents modèles issus de sa collection, qui en compte le double.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Julien Corriveau a «essayé d’innover en respectant le genre». Il y a mis beaucoup de Wurlitzer, du synthétiseur, du mélodion. Mais la guitare prend quand même une grande place, le musicien en ayant utilisé une douzaine de différents modèles issus de sa collection, qui en compte le double.

Habitué des pastiches musicaux en tout genre, l’ancien membre des Appendices Julien Corriveau vient de faire un pas de côté en créant le court disque instrumental The Final Score, en quelque sorte la bande originale artisanale, mais non moins sérieuse, d’un film western qui n’existe pas.

Si on connaît beaucoup Julien Corriveau pour son humour souvent absurde — Monsieur Mousteille, c’est lui —, la musique fait partie de sa vie depuis longtemps, bien avant que le rire ne devienne un métier. « J’étais dans des bands au secondaire et au cégep, raconte-t-il. Mais c’est devenu professionnel avec Les Appendices, vu que je faisais toute la musique originale, celle des sketches, le générique, la musique d’ambiance. »

Corriveau a par la suite travaillé beaucoup en composition de musique à l’image et pour la publicité, notamment. Mais le voilà à la barre d’un projet que l’on pourrait qualifier de sérieux, The Final Score étant créé sans ambivalence dans le ton. Le projet, un court disque de huit titres, ne se veut toutefois pas prétentieux, comme le montre sa pochette signée Joël Vaudreuil (Avec pas d’casque), où des cactus traversent les yeux d’un crâne que l’on imagine joncher sur le sable chaud du désert.

« J’ai toujours beaucoup aimé les soundtracks de films, en particulier les westerns, raconte Julien Corriveau dans une entrevue menée vendredi. Il y a quelque chose de lyrique, d’épique, d’évocateur, et en même temps, j’aime aussi comment ça va dans tous les sens. Prend le travail d’Ennio Morricone sur Il était une fois dans l’Ouest, il y a des trucs orchestraux ici, une toune de percussions là, ailleurs c’est presque de l’opéra… Ça ne fit pas ensemble et en même temps ça fit avec ce côté éclectique. »

The Final Score prend racine dans ce terreau sablonneux, évoquant justement Morricone, mais pigeant aussi dans un monde folk, country. Corriveau cite notamment Neil Young. Celui qui fait partie des projets musicaux Jolly Jumper, Corps gras (avec Louis-Philippe Gingras) et Châteaubriand (avec Nicola Morel) reconnaît que ses nombreuses créations musicales humoristiques l’ont formé à mieux comprendre les différents types de création. « Tu analyses des phrases musicales, tu comprends où ils sont allés, quels genres d’accords ou d’arpèges ils vont utiliser. [Avec The Final Score], il y a quelque chose de commun avec ça, mais mon but n’était pas de copier Ennio Morricone, je le situe plus dans les influences. »

J’ai toujours beaucoup aimé les "soundtracks" de films, en particulier les westerns. Il y a quelque chose de lyrique, d’épique, d’évocateur, et en même temps, j’aime aussi comment ça va dans tous les sens.

 

D’autant, explique-t-il, qu’il a « essayé d’innover en respectant le genre ». Il y a mis beaucoup de Wurlitzer, un instrument qu’il aime particulièrement, du synthétiseur, du mélodion — dont le son ressemble à celui de l’harmonica — « et toutes sortes de bidules qui sont moins associés au genre ». La guitare prend quand même une grande place, le musicien en ayant utilisé une douzaine de différents modèles issus de sa collection, qui en compte le double.

Ce projet, enregistré dans son propre petit studio, « c’est un défi personnel pour savoir si je suis capable de faire tout ça seul, et en n’utilisant pas des raccourcis comme des loops, des instruments virtuels, pour aller plus vite, explique Corriveau. Le temps, je l’ai pris. La pandémie, ça m’a fait réaliser que c’est possible de ralentir le rythme. Et personne ne m’attendait, il n’y avait pas de salaire lié à ça, il y avait une grande liberté. »

Assumer d’être touche à tout

Pour éviter que les gens perçoivent ce disque comme une autre étape de son travail comique, Julien Corriveau a songé à utiliser un nom d’artiste, mais a finalement décidé de tout assumer de front. « Peut-être que les gens vont être confus, peut-être que d’autres vont aimer le fait que je fais plein de choses différentes. Je ne sais pas. »

Il constate que l’époque est contradictoire en ce sens. D’un côté, on aime les étiquettes bien claires, et de l’autre, on valorise l’authenticité. « J’ai toujours cette ambition-là d’être capable de faire plein d’affaires et ma carrière ressemble à ça. Si c’est ce que je veux être, alors pourquoi ne pas l’assumer ? Ça va faire partie de moi. »


À voir en vidéo

The Final Score

Julien Corriveau, Sainte Cécile (Dare to Care Records)