Un Festival de jazz virtuel, condensé et hyperlocal

Le trompettiste montréalais Jacques Kuba Séguin, ici vu avec le contrebassiste Dave Watts lors d’une prestation à l’Upstairs pendant le Festival de Jazz en 2017, se produira avec son quartet le 30 juin prochain. Le concert sera retransmis en direct, gratuitement, sur le web.
Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Le trompettiste montréalais Jacques Kuba Séguin, ici vu avec le contrebassiste Dave Watts lors d’une prestation à l’Upstairs pendant le Festival de Jazz en 2017, se produira avec son quartet le 30 juin prochain. Le concert sera retransmis en direct, gratuitement, sur le web.

Il y a une affiche, avec des noms dessus : Dominique Fils-Aimé, les Barr Brothers, Rafael Zaldivar, Malika Tirolien, Pierre Kwenders, Jean-Michel Blais, Naya Ali et une vingtaine d’autres. Il y aura une salle de spectacles, une seule, l’Astral. Il y aura même pour ces musiciens un public, quoique restreint par les normes édictées par la santé publique : l’équipe de captation vidéo, les sonorisateurs et quelques vrais festivaliers ayant remporté une place grâce à un concours lancé par Spectra sur les réseaux sociaux.

Il y a une affiche et, en y jetant un coup d’œil, ça ne fait aucun doute : cet amalgame de jazz (Alain Caron trio, Marianne Trudel trio, Carl Mayotte), de pop (Charlotte Cardin, les Barr Brothers), de musiques d’Afrique (Clerel, Djely Tapa) et d’Amérique du Sud (Bïa, Mateo), c’est un réduit, pandémie oblige, du Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Une sorte de condensé hyperlocal de la grande fête sans les grandes foules, sans les chics soirées au théâtre Maisonneuve ni les moments de grâce jazz en fin de soirées au Gesù où à l’Upstairs. C’est mieux que rien du tout, un festival virtuel, diffusé gratuitement en ligne sur le site montrealjazzfest.com, à compter de samedi soir, jusqu’au 30 juin.

Avec une programmation belle, mais montée à la hâte, en une semaine : « C’était important pour nous de faire quand même quelque chose pour plein de raisons, mais d’abord pour celle-ci : montrer qu’on est toujours vivants, qu’on est toujours là », affirme Maurin Auxéméry, l’un des programmateurs du Festival international de jazz de Montréal. Qui a passé les derniers mois à jongler avec les consignes des différents ordres de gouvernement, avec les dates de report de concerts possibles, le tout en télétravail, comme tout le monde. À cause de la fluidité des consignes, « on a dû attendre un certain temps pour voir si tout ça, techniquement, était réaliste. »

La tenue d’un festival en plein air ou en salles pleines étant exclue, l’équipe de programmation du festival s’est tournée vers la webdiffusion. « Il a fallu aller chercher des autorisations pour pouvoir réunir une équipe technique et des musiciens sur une scène. Ensuite, pour nous, il était essentiel d’offrir quelque chose de qualité, sur le plan des images comme du son. [Ces derniers mois,] on a vu beaucoup de mini-spectacles d’artistes dans leurs cuisines, dans leurs jardins, filmés avec des téléphones ou des ordinateurs… De notre côté, on voulait offrir quelque chose de supérieur sur le plan de la qualité technique. »

Le parterre de l’Astral est devenu la scène pour assurer les deux mètres de distance entre chaque musicien, avec un maximum de quatre par performance. Tout autour de cette scène improvisée s’activeront les cameramen ; la régie vidéo est logée au sous-sol, la sonorisation, au balcon. La programmation de ce festival en ligne a été bricolée en une semaine. « On a transformé l’Astral en studio de télé » où ont été préenregistrés 16 « mini-shows » d’une vingtaine de minutes qui seront présentés à raison de quatre différents par jour de festival, présentées par l’animatrice d’ICI Musique, Myriam Fehmiu.

Cinq concerts seront retransmis en direct sur le web, ceux de la série Apéros, à 18 h : l’excellente Malika Tirolien brisera la glace samedi soir, suivie de Pierre Kwenders (exceptionnellement à 22 h, celui-là), du guitariste Jordan Officer (28 juin), de l’orchestre rhythm & blues / soul / rock Fredy V. and The Foundation (29 juin) et, enfin, du quartet du compositeur et trompettiste montréalais Jacques Kuba Séguin (30 juin).

Il était en Europe au moment où le monde s’est arrêté, à la mi-mars dernier. « J’avais une commande d’une œuvre symphonique là-bas » du Filharmonia de Zielona Gora, en Pologne, raconte Jacques Kuba Séguin. « Pouf ! Tout ça est arrivé. J’ai été pris par surprise, comme tout le monde. Mais ça va bien. Parce que c’est exactement ça, la vie d’un musicien : vivre confiné. Tu te confines toi-même pour pratiquer, pour composer, tu vis avec des horaires atypiques, t’essaies d’être prêt pour le moment où tu vas présenter tes œuvres » au public.

C’est cette crise sanitaire qui l’a poussé à lancer, vendredi prochain, une compilation soulignant le 15e anniversaire des débuts de son premier ensemble musical, compilation intitulée ODD LOT. Avec ses trois musiciens — Rémi-Jean Leblanc à la contrebasse, Kevin Warren à la batterie, Jonathan Cayer au piano —, il présentera des extraits de la compilation, en pigeant aussi dans le répertoire de son dernier album Migrations, paru l’été dernier et retenu dans la catégorie de l’album jazz de l’année au gala des Junos. « J’aurais voulu faire une grande soirée réunissant plein d’invités avec qui j’ai joué au fil des ans… Ce sera pour une prochaine fois ! »

La programmation du FIJM en ligne sera complétée par une série de captations réalisées au cours de son histoire : un concert réunissant Oscar Peterson et Oliver Jones présenté en 2004 (samedi soir), une visite de Jaco Pastorius en 1982 (28 juin), Miles Davis au théâtre Saint-Denis le 28 juin 1985 (29 juin) et la toute dernière visite de Sarah Vaughan à Montréal en 1983 (30 juin).

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