Les concerts classiques entre trois mondes

Une scène de «L’enfant et les sortilèges», de Ravel, qui sera présentée dimanche sur le site de Glyndebourne
Photo: Richard Hubert Smith Une scène de «L’enfant et les sortilèges», de Ravel, qui sera présentée dimanche sur le site de Glyndebourne

Le mélomane est désormais tiraillé entre trois mondes : les mises à disposition de documents visuels d’avant la crise sanitaire, les prestations — souvent sans public — permises par un déconfinement progressif à vitesse variable selon les pays, des documents auxquels vont s’ajouter dorénavant des concerts proposés sur des plateformes payantes.

En matière de streaming de spectacles en vidéo, le monde classique va tenter petit à petit de passer d’un modèle gratuit (si tant est que la gratuité soit un modèle !) à un modèle payant. Medici.tv, en partenariat avec Carnegie Hall, vous invite gratuitement cette fin de semaine à voir un concert Philip Glass de 2018, et attire également les amateurs avec ses récitals de déconfinement sans public à la Fondation Singer-Polignac. Les affiches alléchantes se multiplient : récital Fauré-Ravel de Lucas Debargue, trois quarts d’heure avec le ténor Benjamin Bernheim ou Alexandre Kantorow dans les 4 Ballades et la 3e Sonate de Brahms. L’idée est de faire essayer le site pour l’adopter ensuite, car Medici vend l’accès à un catalogue opulent.

L’arrivée du « pay per view »

Si medici.tv avait l’intention de devenir le grand portail du streaming musical payant à la demande, il va avoir deux concurrents très actifs. Deutsche Grammophon, qui lance DG Stage par un récital d’Alice Sara Ott dimanche 28 juin et, le 3 juillet, par un concert de l’Orchestre du Konzerthaus de Berlin, dirigé par Christoph Eschenbach avec le pianiste Víkingur Ólafsson. Les concerts de DG Stage seront proposés entre 7,50 $ et 20 $ selon l’importance de la production. Concurrent de DG Stage le « Global Concert Hall » d’Idagio, spécialisé jusqu’ici dans le streaming audio classique, se nourrit petit à petit du partenariat noué avec le Philharmonique de Vienne, mais a aussi, mardi de cette semaine, au prix de 10 euros (environ 15 dollars), diffusé un concert du Mai musical de Florence, réunissant Daniel Barenboïm et Zubin Mehta dans le 3e Concerto de Beethoven. Il est possible d’assister aussi au Festival pour voir, samedi, Daniele Gatti diriger du Haydn et, mardi, Zubin Mehta aborder la 9e de Schubert.

La plupart des institutions continuent cependant à diffuser gratuitement parfois de manière ambitieuse, comme avec l’Orchestre de la Suisse romande, qui a donné une Neuvième de Beethoven dans une configuration originale sous la direction de Jonathan Nott. Le Gala de l’Opéra de Berlin de la fin de semaine dernière est disponible sur YouTube (« Aus der Staatsoper Unter den Linden : Opern-Gala »). Ce n’est pas d’une émotion torride mais, au moins, sur le plan sonore, cela change des artistes dans leur salon chantant dans leur iPhone. Le « Liederabend » de la veille, disponible aussi, se plie mieux au genre.

En direct

Parmi les directs de cette fin de semaine, ce vendredi à 8 h du matin, Mark Padmore et Mitsuko Uchida sont au Wigmore Hall pour Winterreise de Schubert : l’événement du week-end appartient donc à ceux qui lisent Le Devoir tôt ! Ce vendredi à 14 h 15, on attend aussi le concert de déconfinement à Hambourg avec l’Orchestre de la NDR, Igor Levit et Alan Gilbert dans, notamment, le 1er Concerto pour piano de Chostakovitch et la 4e Symphonie de Beethoven. Dimanche, à 15 h 30, Valery Gergiev et Beatrice Rana interprètent à Ravenne le 3e Concerto et la Symphonie pastorale de Beethoven. C’est à Ravenne que Riccardo Muti a dirigé Mozart le 21 juin dernier. On trouve sur le même site Il Trionfo del tempo e del disinganno de Händel par l’Accademia Bizantina. Comment les uns réussiront-ils à vendre ce que les autres donnent gratuitement ? La valeur ajoutée de l’affiche Olafsson-Eschenbach par rapport à Levit-Gilbert ou Rana-Gergiev est inexistante.

Côté artistes d’ici et au chapitre des reprises, le concert de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) permettra de voir le lauréat du Grand Prix du Concours OSM 2019, Bryan Cheng, dans le Concerto pour violoncelle de Dvořák. Yannick Nézet-Séguin se trouvera mis en valeur, mardi prochain, par la Philharmonie de Paris dans un concert Schumann avec la 2e Symphonie et le Concerto pour piano avec Nicholas Angelich.

Signalons aussi que la page YouTube de l’Opéra de Dijon met en ligne les quatre concerts du Festival Dissonances de David Grimal et Philippe Cassard. Manifestation à la pointe du déconfinement du spectacle vivant en France, ce Festival a hélas été interrompu et annulé jeudi en raison d’un cas de COVID chez un violoncelliste.

Après trois mois, les amateurs d’opéras connaissent désormais bien leurs sources. Nous leur recommandons en priorité dimanche à partir de midi sur le site de Glyndebourne L’enfant et les sortilèges et L’heure espagnole de Ravel vus par Laurent Pelly et, samedi, pour sa distribution exceptionnelle, le Don Carlos de Verdi à Vienne. Quant au site Operavision, il vous invite à réviser votre connaissance de Britten avec un très sérieux, mais féérique, Songe d’une nuit d’été, mis en scène par Ted Huffman et, à compter de ce jour, Mort à Veniseà l’English National Opera.

À voir en vidéo