Thomas Dutronc au nom de la France

Comment rétablir le prestige de la France? Thomas Dutronc a ressorti de derrière les fagots, pour cet album, les chansons françaises les plus universellement célébrées, et a réuni l’équipe d’élite des musiciens européens, avec lesquelles il les a jouissivement «croonées», comme on dit dans l’Hexagone.
Photo: Yann Orhan Comment rétablir le prestige de la France? Thomas Dutronc a ressorti de derrière les fagots, pour cet album, les chansons françaises les plus universellement célébrées, et a réuni l’équipe d’élite des musiciens européens, avec lesquelles il les a jouissivement «croonées», comme on dit dans l’Hexagone.

Après Superdupont, le fils du Soldat inconnu, voici Thomas Dutronc, le digne fiston de Françoise Hardy et Jacques Dutronc ! Prenant la relève du fameux superhéros à béret basque, charentaises aux pieds et camembert en joue, un autre Français fier, fort de ses airs de tombeur et armé de sa guitare Selmer-Maccaferri aux sonorités qui tuent en douceur, affronte à son tour les mécréants de l’anti-France.

On exagère à peine. Il y a bel et bien quelque chose de commun entre le projet Frenchy du fiston Dutronc et les aventures du personnage de bédé créé par Gotlib et Lob. Le chanteur-guitariste est en mission : « L’idée est venue à cause du french-bashing de Trump. À ses attaques mesquines, il fallait réagir ! La France, on la chérit, ça fait rêver tout le monde, c’est l’amour, le romantisme, Paris, tout ça. Je me suis dit que, même en France, on était contaminés par ça, on se plaignait de tout, jusqu’à oublier le meilleur de nous, ce que tant de gens nous envient partout dans le monde… » Il nuance : « Sauf au Québec, où plein de Français vont vivre… »

L’idée est venue à cause du "french-bashing" de Trump. À ses attaques mesquines, il fallait réagir ! La France, on la chérit, ça fait rêver tout le monde, c’est l’amour, le romantisme, Paris, tout ça.

Chanteur de charme en mission

Comment rétablir le prestige de la France ? Thomas Dutronc a ressorti de derrière les fagots les chansons françaises les plus universellement célébrées, et a réuni l’équipe d’élite des musiciens européens, avec lesquelles il les a jouissivement « croonées », comme on dit dans l’Hexagone. À la manière d’un Maurice Chevalier, d’une Édith Piaf, d’un Sacha Distel ou d’un Aznavour en leur glorieux temps, il s’est bombardé ambassadeur chantant. « On ne se prend pas trop au sérieux dans ce projet, le plaisir partagé est le but premier, mais on les a faites le plus noblement possible, car ces chansons méritent le meilleur de la part de tout bon Français ! »

Ce que ça donne ? De l’exquis et du joyeux, de la virtuosité sans esbroufe, des arrangements jazzy sans complexes de merveilles rafraîchies : La vie en rose, La mer, Petite fleur, le thème du film Un homme et une femme, If You Go Away… If You Go Away ? Mais si, Ne me quitte pas, version américaine. « C’est toute l’expérience de la chanson française dans le monde que je voulais englober : des versions originales, des adaptations en anglais, et parfois tout ça en même temps, selon ce qui percutait le plus, et selon les invités. »

Le bonheur des rencontres

Car il y a du beau monde chez Frenchy, des pas n’importe qui. « On a eu des refus, je ne donne pas de noms, mais je suis épaté par celles et ceux qui ont dit oui à notre proposition : Jeff Goldblum, je le connaissais comme acteur, je savais qu’il jouait très bien du piano, mais j’ai découvert un type adorable et marrant. Ça se voit, je pense, dans le clip de La belle vie (The Good Life), où nous exagérons exprès les effusions de nos retrouvailles, même si ça se passe à distance entre tout petits écrans. »

Qu’est-ce qui représente le mieux la France à l’étranger, s’est-il demandé ? « C’est le côté convivial et chaleureux, alors quand on a fait C’est si bon avec Iggy Pop et Diana Krall, c’était comme si je les recevais humblement dans mon château, quoi. Mais sérieusement, moi je suis fan d’eux, je me suis fait très plaisir. »

Et Thomas de relater une anecdote très américaine, lui qui a enregistré quelques titres de l’album au fameux studio Capitol du Sunset Boulevard (le « stack-o-records », pour l’architecture en forme de pile de disques), dont La vie en rose, avec nul autre que Billy Gibbons de ZZ Top au solo de guitare. « Mon manager et moi, on était au Sunset Marquis, et Billy Gibbons nous a rejoints à la terrasse pour l’apéritif, comme ça, tout simplement, déjà on n’en revenait pas. À un moment, il y a un type qui vient le saluer, c’était Pete Townshend, le guitariste des Who ! Moi, rien que pour ça, tout le budget du disque était justifié. »

Oui, une tournée mondiale est prévue, une fois la planète vaccinée. « La vie, on s’en rend compte plus que jamais, c’est les rencontres. Et la musique, c’est une histoire de groupe. Les concerts tout seul, c’est pas trop mon truc. Un jour, c’est sûr, on va se retrouver. » À portée de postillons ? Oui, assure-t-il. Avec haleine de camembert.

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Thomas Dutronc et invités, Universal