«Streaming», l’invitation à la découverte

Le grand avantage de la diffusion en continu en temps de pandémie est de pouvoir suivre la production discographique.
Photo: iStock Le grand avantage de la diffusion en continu en temps de pandémie est de pouvoir suivre la production discographique.

« L’un des effets intéressants de la COVID-19 aura été la promotion gigantesque du streaming du spectacle vivant », déclarait le 23 mai Hervé Boissière, le directeur général de Mezzoet de Medici.tv au Devoir. De nombreuses vidéos ont drainé un public de mélomanes vers diverses plateformes, notamment YouTube. En matière de documents audio, la fermeture des magasins a suscité un effet de curiosité pour les plateformes de diffusion audio en continu. Quels bénéfices culturels le mélomane avisé peut-il en tirer ?

Nous nous sommes déjà penchés à deux reprises sur le streaming et la musique classique. Une première fois en août 2014, dès l’arrivée de Spotify au Canada. Une seconde fois en août 2019, afin d’examiner le phénomène sous l’angle technique, tant il est vrai que les acquis du dernier quart de siècle en matière de reproduction musicale se sont faits sous l’angle pratique, plutôt que sous celui d’un accroissement de la qualité sonore. Contrairement aux idées reçues, le streaming n’est cependant pas incompatible avec une fidélité dans la reproduction de la musique.

Écouter sérieusement de la musique classique en qualité haute-fidélité est possible. De plus en plus d’amplificateurs possèdent des liens intégrés avec des services d’écoute en continu. On peut aussi rattacher un ordinateur à sa chaîne hautefidélité. Cela peut être un portable dédié, un Mac Mini ou un PC reliés à un écran. Il faut faire sortir le son de l’ordinateur par une prise USB et faire entrer le signal numérique dans un convertisseur numérique analogique, ou DAC (Digital audio converter). Usuellement, ce DAC est associé à l’amplificateur. Mais les solutions de qualité se simplifient et se miniaturisent de plus en plus, par exemple avec le DAC USB Dragonfly d’Audioquest.

Élargir les horizons

Les principaux fournisseurs sont Spotify, le meneur sur ce marché, son dauphin Apple Music et le nouveau venu QUB musique de Vidéotron. Aucun ne propose la qualité audio « lossless ».

Pour la qualité audio sans perte, dans le cadre d’un abonnement « premium » ou « hi-fi », en l’absence persistante au Canada de Qobuz, la référence mondiale, Idagio, site consacré au classique, offre la musique en qualité FLAC à 9,99 $ par mois avec un confort de recherche inégalé, et Tidal HiFi (19,99 $ par mois) propose une qualité nettement supérieure à celle offerte par Spotify et consorts, y compris un choix de titres de qualité « master ».

Commençons donc par là, puisque Tidal vous permet des choses qu’aucun autre site de streaming (à part l’inaccessible Qobuz) n’offre et qui surpasse nettement le CD. De nombreux documents ont été récemment rematricés et retravaillés en 24bits / 96 kHz par les éditeurs pour être ensuite… réédités en CD ! Pour ce faire, ils ont été comprimés puisque le CD culmine à 16 bits / 44,1 kHz. Le streaming en qualité MQA (Master quality authenticated) permet d’entendre le vrai travail effectué sur les bandes, par exemple, récemment chez Warner, sur les enregistrements du chef italien Guido Cantelli, né il y a 100 ans ou, chez DG, sur les Symphonies de Mahler de Rafael Kubelik. Hélas, un outil de recherche (comme toujours) défaillant ne permet pas de rechercher spécifiquement les documents classiques en qualité master !

Le grand avantage de la diffusion en continu en temps de pandémie est de pouvoir suivre la production discographique. Cet avantage s’accentue désormais, car alors qu’au courant de la pandémie, les sites Internet continuaient à vendre les disques reçus en stock avant l’arrêt des activités, on observe de plus un plus un découplage entre la disponibilité numérique (streaming et téléchargement) et la date de sortie physique puisque les CD n’ont pas pu être pressés ces trois derniers mois.

Il en va ainsi du Chopin de Lukas Geniusas présenté vendredi dernier. Le nouveau disque des Sonates nos 4, 5 et 8 de Beethoven de James Ehnes est aussi accessible depuis plusieurs semaines en streaming, alors qu’il n’est même pas encore listé pour parution en CD chez Amazon ou Archambault. Ce suivi régulier des parutions permet aussi de débusquer des disques un peu « pointus » qui ne seront pas vraiment distribués au Canada, par exemple, chez Sony, les Concertos pour violon de Franz Clement, le dédicataire du concerto de Beethoven, enregistrés par Mirijam Contzen et Reinhard Goebel. Même si tous les sites sauf Idagio sont imperméables au classique, car leurs moteurs de recherche sont construits sur le modèle artiste-chanson-album, ils permettent ce contact avec les nouveautés si vous sélectionnez l’affichage de leur rubrique « classique ».

Le streaming, qui permet aisément de se faire une idée comparative de diverses interprétations d’une même œuvre, permet aussi d’avoir accès à des disques de pays très lointains, notamment l’Australie et le Japon.

En Australie, Cyrus Meher-Homji, le directeur d’Universal Classics, mène depuis près de 20 ans la plus belle politique de rééditions au monde dénichant nombre d’enregistrements oubliés. En allant sur le site australien Eloquence Classics, vous pouvez repérer des titres qui vous font rêver et les écouter en streaming. Tiens, si vous plongiez dans la 4e Symphonie de Tchaïkovski par Albert Wolff et l’Orchestre des Concerts du Conservatoire ? Passez outre quelques scories d’exécution : cela vaut le détour ! C’est ici Spotify qui, loin devant Tidal, Apple Musique et QUB Musique, a les algorithmes les plus astucieux pour vous mener ensuite d’une écoute à l’autre.

La discographie japonaise est inépuisable. Une astuce pour découvrir des CD dont vous ignorez l’existence peut être de chercher par orchestres, comme « Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra » ou « NHK Symphony Orchestra ». L’une des parutions les plus inattendues de ces dernières années est assurément de voir une intégrale des Symphonies de Beethoven dirigée par le célèbre compositeur de musiques de films et de jeux vidéo Joe Hisaishi !

Et QUB musique ?

Lors du lancement, le 5 mai, du « Spotify québécois », QUB musique, le nom magique de « Qobuz » a été prononcé dans le cadre d’un partenariat, suscitant de nombreux espoirs dans le milieu des mélomanes acquis à la diffusion en continu. Mathieu Turbide, vice-président de Québecor NumeriQ, a clarifié la situation pour nous. « Afin de lancer notre service dans les délais requis, nous avons conclu une entente avec Xandrie, la société française qui opère Qobuz, afin qu’ils s’occupent pour nous de la gestion du catalogue. […] Qobuz nous fournit la base de données à laquelle QUB musique est connectée. Ils s’occupent [avec nous] des négociations avec les labels et les sociétés de gestion de droits. Ils opèrent […] la chaîne d’approvisionnements des contenus musicaux, l’ingestion des titres, l’indexation de la base de données, etc. Le catalogue de QUB musique est donc très similaire à celui de Qobuz, avec une sensibilité accrue pour les artistes d’ici. »

À partir de ce tronc commun, QUB musique prend son autonomie : toute la technologie liée au site, et définie par M. Turbide comme « la lecture de pistes, les outils de personnalisation, les environnements de contenus, les bibliothèques, les listes de lecture et ce qu’on appelle l’expérience utilisateur », est propre à la compagnie québécoise. De même, l’offre technique est calquée sur Spotify et Apple. Pas de haute définition et pas de Qobuz pour le moment. QUB Musique met en avant les étiquettes québécoises, mais propose aux utilisateurs classiques (allez sur « Recherche », « Parcourir », « Classique ») la même « jungle » de recherche et les mêmes résultats.

Pour qui veut évoluer dans un univers classique, il y a Primephonic et Idagio. Ce dernier se distingue non seulement par un rapport qualité/prix sans concurrence, mais aussi par un outil de recherche incomparable, réellement pensé pour le classique. Idagio, qui va se positionner en plateforme de diffusion par streaming en direct dans le futur, met déjà en avant des contenus exclusifs comme des concerts avec Michael Tilson Thomas et le New World Symphony ou Maxim Vengerov. À ce titre, allez donc écouter la Symphonie fantastique par Claus Peter Flor à Milan. Vous ne l’entendrez nulle part ailleurs et vous l’aurez rarement entendue comme ça.