Une grande chanteuse dans vos foyers

La contralto Marie-Nicole Lemieux présentera dimanche un récital avec Louis Lortie.
Photo: Geneviève Lesieur La contralto Marie-Nicole Lemieux présentera dimanche un récital avec Louis Lortie.

Que de chemin parcouru depuis le premier de nos carnets de concerts ! Nous voici arrivés aux festivals d’été québécois et au premier des « Concerts évasion » organisés par le Domaine Forget. Le premier d’une série de trois rendez-vous en ligne qui nous feront retrouver la très réputée salle de concert dans Charlevoix.

Dimanche 14 juin à 17 h, vous êtes invités à vous brancher sur le site du Domaine et à écouter Marie-Nicole Lemieux et Louis Lortie en récital. Les liens précis seront disponibles quelques minutes avant le début du concert et les spectateurs invités ensuite à verser une contribution solidaire.

Cette fin de semaine est aussi la dernière pour voter dans le cadre du concours de composition Do-Mi-Si-La-Do-Ré de la Fondation Jeunesses musicales Canada. Plus de 80 000 dollars ont déjà été amassés et un quatuor, avec soprano, de Trois-Rivières est en tête des dons. L’initiative s’est avérée une riche idée avec quelques contributions musicales dont l’originalité vaut le détour, tel ce compositeur qui s’est enregistré jouant du violon, de l’alto, et du piano.

On peut aussi rattraper des « diffusions de déconfinement ». Ainsi, l’Orchestre symphonique de Montréal repasse son premier concert de l’après-COVID, avec ses musiciens masqués jouant, sur la scène de la Maison symphonique, un divertissement de Mozart. Mais la priorité est de regarder le concert de samedi 6 juin à Paris, avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Kent Nagano. Nous vous en avons parlé lundi comme du plus beau modèle de concert à huis clos filmé. Le projet est impeccablement agencé en un concept musical global. Jeudi 11 juin, l’Orchestre national de France sous la direction de Daniele Gatti emboîtait le pas à Kent Nagano et l’Orchestre de la Radio avec Le mystère de l’instant, de Dutilleux et la 2e Symphonie de Honegger. On le retrouvera probablement sur Arte Concerts.

Puisque vous êtes sur Arte Concerts, ne manquez surtout pas le récital, disponible depuis mercredi, donné dans un château de Thuringe par la nouvelle vedette de la mélodie allemande, Andrè Schuen. Le baryton italien interprète les Rückert-Lieder et les Chants d’un compagnon errant, de Mahler, ainsi que trois mélodies de Schubert sur des poèmes de Rückert. C’est notre coup de cœur de la semaine, avec le concert de Kent Nagano.

Un Don Giovanni suédois

La série des concerts de déconfinement se poursuit. Celui en direct du Concertgebouw d’Amsterdam ce vendredi à 14 h 15 sera un programme baroque dirigé par Ton Koopman avec la Musique pour les feux d’artifice royaux, de Händel et la 3e Suite orchestrale, de Bach.

Mais le « clou » des propositions de la fin de semaine sera le Don Giovanni en version semi-scénique, avec l’Orchestre de la Radio suédoise dirigé par Daniel Harding et une brochette de vedettes du chant suédois, notamment Peter Mattei en Don Giovanni. Vous retrouverez Malin Byström, excellente dans le rôle-titre de la sulfureuse Salomé mise en scène par Ivo van Hove à l’Opéra des Pays-Bas, une rediffusion accessible jusqu’au 14 juin. C’est cette institution qui nous propose à nouveau l’offre la plus tentante à venir, avec la mise en scène des Gurre-Lieder de Schoenberg, en ligne à partir de dimanche et pour une semaine.

Le concert gratuit des archives du Carnegie Hall de la fin de semaine est un rendez-vous avec Michael Tilson Thomas (MTT), Yuja Wang et le New World Symphony, dans le 5e Concerto pour piano de Prokofiev et la Symphonie fantastique, de Berlioz, qui, en général, réussit très bien à MTT.

Parlant de concertos de Prokofiev, la page Facebook du Concertgebouw partage un concert du Symphonique de Vienne lors duquel, le 3 mars dernier, Martha Argerich et Lahav Shani interprétaient le 3e Concerto. C’est précieux. Pour les amateurs de Bruckner, la Philharmonie de Paris diffusera dimanche, pour 24 heures seulement, la 9e Symphonie dirigée par Daniel Barenboim à la tête de sa Staatskapelle de Berlin en septembre 2017. L’extrait annonçant le concert est très prometteur.

Dans le vivier opératique, allez faire un tour cette semaine à l’Opéra de Lausanne, où vous attend un Orfeo de Monteverdi sous la direction d’Ottavio Dantone dans une mise en scène très épurée, d’une superbe esthétique et admirablement éclairée du Canadien Robert Carsen. N’attendez pas l’Orfeo du siècle avec Fernando Guimarães, mais le spectacle tient vocalement la route.

Juste à côté, à l’Opéra de Genève, en 2016, Patricia Petibon endossait brillamment les habits de Manon dans l’opéra de Massenet mis en scène avec causticité par Olivier Py, un spectacle brillant et intraitable célébrant les choses de la vie, « la loi morale en moins ». La condition féminine y est broyée par la luxure et le désir des hommes, mais la cohérence avec le propos de l’œuvre est parfaite et le spectacle superbe.