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Scène tirée de la pièce «Le Coq d’or»
Photo: Baus De Munt Scène tirée de la pièce «Le Coq d’or»

Le fait de la semaine est que, désormais, les mélomanes seront appelés aux urnes en ligne.

Le Festival du Domaine Forget, dont l’édition 2020 est annulée, a annoncé jeudi la tenue de trois « concerts évasion » diffusés sur Internet, les dimanches 14 juin, 12 juillet et 2 août à 17 h. Le public sera invité à verser une « contribution solidaire » afin d’encourager l’institution. Pour le rendez-vous du 12 juin, réunissant Marie-Nicole Lemieux et Louis Lortie, vous êtes incités à faire une « demande spéciale » entre le 1er et le 5 juin sur le site Facebook du festival. L’œuvre choisie sera chantée le 12.

Le concours de composition Do Mi Si La Do Ré (Domicile adoré) de la Fondation Jeunesses Musicales Canada comprendra désormais deux prix distincts : des Prix artistiques attribués par un jury et le Prix de participation déterminé par un vote populaire sur Internet. Les votes sont liés à des dons reversés aux candidats, selon le principe « un donateur = un vote ». Les candidats admissibles soumis au vote populaire sont tous en lice et n’ont pas été filtrés par un jury préliminaire. Si, donc, vous voulez vous adonner à l’exercice, 172 vidéos vous attendent !

L’Orchestre symphonique de Montréal diffuse cette fin de semaine son concert Halloween de 2015 qui fit l’objet d’un enregistrement chez Decca. Le concert mis en ligne lundi, avec Petrouchka enregistré en tournée à la Philharmonie de Cologne en 2014, restera disponible jusqu’à jeudi prochain et le Concerto pour violoncelle de Schumann avec Truls Mørk jusqu’à lundi. L’Orchestre Métropolitain diffuse une prestation au Musée d’art contemporain.

Opéra russe, la suite

Si certains pensent avoir fait le tour des streamings gratuits, qu’ils se ravisent : on peut être lassé des mosaïques, blasé de voir des artistes se désennuyer en s’enregistrant avec un iPhone dans leur salon, mais on ne peut pas nier l’enrichissement culturel exceptionnel de la manne qui nous est proposée. Poursuivons ainsi l’exploration de l’œuvre lyrique de Rimski-Korsakov. Après Tsar saltan à Bruxelles et Kitège à Amsterdam voici Le coq d’or dans la troisième vague proposée par le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.

Comme souvent, il y a le conte et ses aboutissants. Le paresseux tsar Dodon veut passer toutes ses journées au lit, ce qui est incompatible avec la protection du territoire de son royaume. Un astrologue lui propose alors un coq d’or qui le réveillera à chaque fois que ses frontières sont en danger. La récompense promise par le tsar à l’astrologue sera source d’embrouilles et de meurtres, le conte se politisant peu à peu en une fascinante allégorie. Histoire formidable, lecture à tiroirs, musique superbe, direction d’Alain Altinoglu, mise en scène de Laurent Pelly, distribution très honorable.

C’est un véritable festival d’opéra russe, tous ces opéras que nous ne voyons jamais ici, que nous propose le Web avec Guerre et paix de Prokofiev capté au Théâtre Stanislavski de Moscou en attendant, surtout, dimanche, l’abrasive Foire de Sorotchinski de Moussorgski (reconstitution Pavel Lamm, orchestration Vissarion Chebaline) vue par Barrie Kosky à l’Opéra Comique de Berlin.

Beaucoup plus convenu, Operavision diffusera aussi à compter de ce vendredi Boris Godounov capté en 2014 en plein air devant la cathédrale Alexandre Nevski de Sofia. Il s’agit de la première version, sans l’acte polonais, où le tsar (excellent Martin Tsonev) joue un plus grand rôle que le peuple. Spectacle agréable, connu par son édition DVD, pas prioritaire par rapport aux trois autres.

En opéra contemporain, on ira découvrir Breaking the Waves de Missy Mazzoli d’après le film de Lars von Trier à Opera Philadelphia à compter de ce vendredi 29 mai, car Mazzoli est une des compositrices auxquelles Yannick Nézet-Séguin a commandé un opéra.

En concert, on ne manquera pas, une fois encore, la soirée du Carnegie Hall : un récital Beethoven, Schumann, Prokofiev de Daniil Trifonov. La Philharmonie de Paris propose au cœur d’un premier concert de déconfinement, donné sans public, un superbe Siegfried Idyll de Wagner dans une ambiance frigide. Mais l’objet de curiosité de la semaine se trouve à la chaîne de télévision publique taïwanaise PTS, samedi 30 mai à 7 h 30 du matin heure de Montréal : le premier grand concert symphonique devant public. Les 677 élus dans l’assistance écouteront la Gran Partita de Mozart et la Sérénade de Dvorak. On se serait attendu à plus cossu et flamboyant pour un pays champion de la lutte contre la COVID-19.

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