Les éclaircies poétiques de Maxime Goulet

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En confinement, Maxime Goulet a saisi l’occasion pour replonger dans des poèmes météorologiques qu’il avait rédigés et de composer des musiques pour les accompagner.

Maxime Goulet a composé des pièces pour orchestres à déguster avec du chocolat, une symphonie pour 60 musiciens accompagnant des jeux vidéos. Récemment, son opéra pour la famille, The Flight of the Hummingbird, a été interrompu par la pandémie, au beau milieu d’une tournée en Colombie-Britannique. L’artiste a même déjà écrit de la musique sur des textes humoristiques parus dans le magazine Croc. Pendant la crise, il continue de jouer des multiples cordes de son arc.

Depuis le début du confinement, Maxime Goulet, jamais en reste d’idées créatives, compose, de son quartier de Saint-Henri, des micro-pièces de musique de 30 secondes, pour ténor et piano, sur des poèmes, presque des haïkus, météorologiques. Toute sa Micro météo est offerte gratuitement sur YouTube.

« Depuis que les nuages l’ont quitté, le ciel dégagé a les bleus », chante le ténor Jean-Michel Richer, sur le piano de Christian Girard, et les dessins d’Émilie Goulet.

Immobilisé par le confinement, Maxime Goulet a saisi l’occasion pour replonger dans des poèmes météorologiques, et de composer des musiques pour les accompagner.

« En 30 secondes, cela évoque une bouffée d’air frais. Je veux, en faisant ça, essayer de faire sourire les gens. Les jeux de mots, cela fonctionne autant au sens littéraire qu’au sens figuratif », explique-t-il.

Paradoxalement, la réclusion imposée lui a permis de faire aboutir un projet entamé il y a vingt ans.

« Ce sont des poèmes que j’ai écrits au début de la vingtaine. J’en avais plus d’une centaine. Je les photocopiais et je les distribuais à des amis, se rappelle-t-il. […] J’avais pensé les mettre en musique, mais ça n’a jamais abouti parce que j’avais d’autres projets de commande. J’avais l’idée de courtes pièces de trente secondes, mais je me disais que ça n’était pas possible de les présenter en concert. Je ne savais pas sous quel angle les prendre, donc j’ai laissé cette idée sur la tablette j’ai oublié le recueil ».

Jusqu’à ce que la crise de la COVID-19, et la numérisation tous azimuts qui en découle, lui donne le support parfait pour s’y remettre. Conscient que les salles de concert n’allaient pas rouvrir de sitôt, il décide de profiter du contexte pour se remettre à la création.

Une vie après la crise

Il entreprend de mettre en musique ces petits bulletins de météo, regards quotidiens sur le temps qu’il fait, tout à fait adaptés à l’immobilisme ambiant.

La formule s’arrime aussi parfaitement aux réseaux sociaux, parce qu’ils ne demandent qu’un bref temps d’attention. « On peut même oser monter le son », dit-il.

« Pour moi, c’est motivant, parce que je peux composer une ou deux pièces par jour », dit-il.

Le ténor Jean-Michel Richer et le pianiste Christian Girard ont respectivement enregistré la pièce chez eux, et c’est Maxime Goulet qui les mixe chez lui.

Pour éviter de présenter les pièces sur des images de qualité douteuse d’artistes confinés chez eux, Maxime Goulet a eu l’idée de demander à sa sœur Émilie, qui est illustratrice, de fournir des dessins pour chacune des pièces.

« Je voulais que ce soit des œuvres qui puissent vivre au-delà de la crise de la COVID-19 », dit-il.

La contrainte, comme celle imposée par le confinement, n’est d’ailleurs pas étrangère à la composition musicale.

Maxime Goulet cite en exemple la pièce L’histoire du soldat, d’Igor Stravinsky, écrite pendant la Première Guerre mondiale. Si la pièce est écrite pour sept musiciens, c’était parce que pendant la guerre, il ne pouvait pas y avoir plus d’artistes en tournée, explique-t-il. « Les gens ne savaient pas que ça avait été écrit de cette façon pour cette raison, parce que l’œuvre est tellement bonne, même si elle a été faite avec les contraintes de l’époque ».

Porté par son projet, Maxime Goulet s’est d’ailleurs remis à écrire des poèmes, lui qui avait été accaparé par la composition musicale au cours des dernières décennies.

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