«Le silence»: on se sent tous un peu Jimmy

Jimmy Hunt, dans son nouveau coin de pays
Photo: Béatrice Vézina-Bouchard Jimmy Hunt, dans son nouveau coin de pays

« Derrière chez moi, c’est ce qu’on appelle l’Arrière-pays », décrit Jimmy Hunt. Les montagnes, les rivières, la forêt gaspésienne « que je trouve particulièrement belle », là un peu à l’ouest de Maria dans la Baie-des-Chaleurs, où la neige n’est pas encore entièrement disparue. Et c’est là, dans cette maison qu’il a achetée il y a deux ans, que l’auteur-compositeur-interprète a écrit Le silence, un quatrième album solo embrassant comme des amies la chanson, la guitare acoustique et la solitude.

Il admet, à la fin de la dernière tournée avec le groupe rock Chocolat, avoir eu besoin d’une pause. De confinement, tiens. « Je n’ai jamais eu un succès foudroyant — ce que je vis, ce n’est pas la grande célébrité —, mais quand même, mais je n’ai jamais été tout à fait à l’aise avec tout ça. À un moment donné, une pression s’installe. Les gens ont des attentes et tout. Moi, pour créer, j’ai besoin de beaucoup de calme, de liberté et de solitude, justement. Donc, pour préserver mon plaisir de créer, il a fallu que je m’éloigne un peu ».

Une composition résume bien l’état d’esprit du Silence, elle s’intitule La décroissance, idée à la mode par les temps qui courent. Guitare acoustique, la slide sur le pont, un peu de batterie et de basse, la voix douce de Jimmy : « On allait peut-être se retrouver / Sur le chemin de la décroissance », c’est presque une invitation à prendre le large avec lui.

Le silence est fait de dix brèves compositions donnant toute la place aux mots. Une pointe de folk, des références à une autre époque de la chanson pop, Paul Simon par-ci, Pink Floyd sur les moments plus charnus. La charmante chanson titre avec sa mélodie sifflée qui pourrait presque passer pour une ballade oubliée de Joe Dassin — « J’imaginais vraiment une chanson pour le générique d’un film de Chabrol des années 1970, tu vois ? » —, et des textes récités ressemblant aux interludes entendus sur L’homme à la tête de chou de Gainsbourg. « Exactement ! Une référence », s’emballe Jimmy.

S’arrêter et réfléchir

Sept ans après la chanson sophistiquée du brillant Maladie d’amour, ce retour à une forme presque classique de chanson — l’auteur la qualifie même de « conservatrice » — semble en harmonie avec son retour à la terre. « Il est un peu pesant, Maladie d’amour, confie Jimmy. Au fil des ans, les gens se sont attachés beaucoup à cet album, certains l’ont mis sur des palmarès des meilleurs albums de la décennie… Je n’ai pas fait exprès de ne pas retourner sur le même terrain, mais mettons que j’ai aussi voulu l’oublier en faisant cet album » traversé par la solitude et le deuil, celui de son père, survenu au début de l’année 2018.

L’épreuve est puissamment décrite sur la chanson Ambulance. Une lettre d’amour lui est chantée sur L’arbre, une des plus belles du répertoire de Hunt, qui n’en manque pourtant pas. « Je l’aime beaucoup, cette chanson-là. »

Parti subitement, son père était un mélomane, fou de guitare électrique. « C’est en bonne partie à cause de lui que j’ai commencé à jouer de la guitare. […] Je me suis rendu compte qu’en faisant de la musique, j’ai souvent voulu lui plaire d’une certaine façon. Ça faisait drôle de savoir qu’il est parti, comme si une partie de ma motivation à faire de la musique était partie avec lui. Perdre son père, c’est remettre des choses comme ça en question… »

Hunt a passé plus de temps à réfléchir qu’à faire de la musique, ces dernières années. Le silence a d’ailleurs pris racine dans un projet littéraire pour l’instant inabouti. « Cet album-là plus que les autres, j’ai commencé par le texte parce que ça ne me tentait pas faire de la musique à ce moment-là. J’ai commencé à écrire quelque chose ressemblant à des nouvelles, d’où j’ai piqué des phrases pour faire des chansons. C’était, à la base, un projet d’écriture. [Musicalement], j’avais fait des trucs prog avec Chocolat, or là, j’avais juste envie d’avoir une musique qui accompagne le propos ».

La nature sauvage du leader de Chocolat s’exprime bien différemment aujourd’hui, coupé du monde, sinon de ses voisins de terre. « Bien sûr, je connais des gens là-bas, mais c’est une autre forme de vie sociale. Je le dis souvent en riant : mes amis ont 65 ans et plus ! Je croise un voisin dans le bois qui bûche, on jase. Y en a un autre qui a une cabane à sucre ; cette année, je suis allé l’aider à poser des chalumeaux. Le midi, on dînait ensemble avec la famille dans la cabane. On ne parle jamais de musique ; je me retrouve en immersion dans des mondes auxquels je n’avais jamais eu accès. »

À voir en vidéo

Le silence

Jimmy Hunt, Grosse Boîte, disponible maintenant.