Une grande mosaïque musicale

Christophe Huss Collaboration spéciale
La mosaïque de musiciens sur un écran, comme symbole d’un partage. Ici, l’OSM remerciant le personnel des services essentiels sur la «Sicilienne» de Fauré.
Photo: Capture d'écran La mosaïque de musiciens sur un écran, comme symbole d’un partage. Ici, l’OSM remerciant le personnel des services essentiels sur la «Sicilienne» de Fauré.

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture dans votre salon

Quand nous sortirons de cette page inédite de notre histoire contemporaine, une image marquera les mélomanes plus que toute autre, celle d’une mosaïque de musiciens sur un écran.

À bien y réfléchir, cette image est forte. L’écran est devenu le refuge de notre passion pour la musique ; lamosaïque, le symbole d’un partage,valeur qu’un virus n’a réussi qu’à développer. Au Québec, la mosaïque est celle des musiciens du Métropolitain, sur Les gens de mon pays de Gilles Vigneault, et celle de l’OSM, remerciant le personnel des services essentiels sur la Sicilienne de Fauré.

La mosaïque est devenue phénomène grâce à l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, qui, dès le 20 mars, a mis en ligne l’Ode à la joiede Beethoven. On en est à près de trois millions de vues, chiffre dépassé désormais par le Chœur lyrico-symphonique de Rome et son « Va pensiero » du Nabucco de Verdi, qui en a attiré un million de plus. Le phénomène mosaïque a cependant désormais atteint le seuil de saturation, car surprise et émotion n’y sont plus vraiment.

Musique en chambre

L’autre phénomène musical de la phase 1 de l’ère COVID-19 a été celui des musiciens jouant dans leur salon et diffusant sur Internet. Certains pour offrir de la nourriture spirituelle, d’autres pour se faire voir, de peur d’être oubliés. Les plus beaux cadeaux sont ceux qui viennent du cœur. Regardez les vidéos des musiciens de l’Orchestre Métropolitain ou le très beau « Bach x 4 clarinettes » d’André Moisan, clarinettiste de l’OSM. Copland appelait cela des « Simple Gifts ».

Le concert à domicile le plus ambitieux a été le gala At Home du Metropolitan Opera, il y a trois semaines. Il en reste quelques souvenirs sur la toile, notamment un émouvant Intermezzo de Cavalleria rusticana de Mascagni, une mosaïque, encore. L’Orchestre classique de Montréal a utilisé ce moyen des concerts à domicile pour faire connaître sa saison prochaine, mais via Facebook Live, alors que le Concours musical international de Montréal a organisé l’opération « Je reviendrai à Montréal », permettant aux pianistes sélectionnés pour l’édition 2020 de la compétition, reportée en 2021, de se présenter aux mélomanes d’ici, un exercice à haut risque ou, du moins, à double tranchant pour certains.

Le 20 mai, le Concours Do-Mi-Si-La-Do-Ré de la Fondation Jeunesses Musicales Canada entrera dans sa phase de votes lorsque les vidéos des compositions sur ce thème seront publiées. Quant au Brott Music Festival, il offre tous les samedis sur Facebook une prestation multigenres.

L’artiste qui a vraiment professionnalisé le concert à domicile est le violoniste Daniel Hope. Vivre à Berlin lui permet de recevoir avec distanciation des visites intéressantes. La chaîne ARTE se fait le relais de ces concerts Hope@Home, qui nous font entrer dans une tout autre dimension technologique. Vous pouvez en juger, par exemple, avec l’épisode 26 présentant le clarinettiste Andreas Ottensamer et le pianiste Julien Quentin. Le projet ouvre aussi à la poésie, en anglais et en allemand.

Musique en grand

Depuis la mi-mars, de nombreuses institutions ont ouvert leurs portes virtuelles au public. Voici les sources principales, dont certaines sont ou redeviendront payantes…

Le Digital Concert Hall du Philharmonique de Berlin est le meilleur outilen matière de musique orchestrale. La gratuité n’est plus de mise, mais ilreste un bel échantillon gratuit d’interprétations de Kirill Petrenko. Autre source majeure : Medici.tv, le grand portail de la musique classique sur Internet, propose gratuitement tous les vendredis et pour la fin de semaineun concert enregistré à Carnegie Hall. Sur le câble, sources payantes : Mezzo Live HD et Singray Classica.

L’amateur d’opéra peut profiter de nombreuses excellentes sources gratuites. Le Metropolitan Opera diffuse chaque soir un opéra différent, de même que l’Opéra de Vienne.

Les autres sources intéressantes sont l’Opéra de Berlin, qui alterne opéras et concerts, et l’Opéra de Munich. Ce samedi 16 mai débutera la diffusion d’Orphée et Eurydice de Gluck.

On peut aussi se brancher sur les splendides productions de Bruxelles. La « 2e saison virtuelle » y est accessible jusqu’à dimanche soir. Et pour élargir le champ des ouvrages avec un choix plus original d’opéras ou de mises en scènes, le portail Operavision est difficile à égaler. Les amateurs de raretés se précipiteront sur l’Orfèvre de Gand de Schrecker, qui n’a été monté que quatre fois depuis son bannissement par les nazis, après sa création en 1932, et sur Tempête de printemps, la dernière opérette de la République de Weimar, créée neuf jours avant la chute du régime et qui n’avait jamais été présentée depuis.

La Scala de Milan, par l’entremise de la RAI, et l’Opéra de Paris, avec France Télévisions, diffusent des opéras, mais ils en limitent la qualité technique.

Jusqu’au 4K

Si vous cherchez de la qualité dans tous les genres, le portail musiqueclassique de la chaîne culturelle ARTE offre un choix très large. Le seul inconvénient est que certains documents sont géographiquement protégés et ne peuvent être lus, mais beaucoup restent accessibles. ARTE puise notamment dans les documents de la Philharmonie de Paris, dont le site est régulièrement enrichi pendant la pandémie.

Extrêmement riche aussi, le site de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, nourri de vidéos de très haute qualité visuelle et artistique. C’est presque comme le Digital Concert Hall berlinois, mais en version gratuite !

Sur le site de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise la présentation est plus austère, mais, mine de rien, on peut y dénicher des concerts de Yannick Nézet-Séguin, ce que permet aussi le site de l’Orchestre de Philadelphie. À Philadelphie, le dernier concert en date est un Requiem de Verdi.

Hors des orchestres vedettes, certaines institutions ont, depuis plusieurs années, enregistré leurs concerts en vidéo, désormais parfois en 4K, comme l’Orchestre symphonique de Detroitet le Philharmonique d’Oslo, mais aussi, toujours en Norvège, à Bergen, ou en Finlande, à Helsinki. De quoi varier les plaisirs par rapport aux offres de l’OSM et du Métropolitain.