Une chanson juste pour soi avec Dear Criminals

Du 29 au 31 mai, le groupe Dear Criminals fera 72 petites prestations pour une personne ou deux à la fois, à condition que les intéressés vivent sous le même toît.
Photo: Victoria Dimaano Du 29 au 31 mai, le groupe Dear Criminals fera 72 petites prestations pour une personne ou deux à la fois, à condition que les intéressés vivent sous le même toît.

À défaut de pouvoir s’entasser devant la scène comme avant la pandémie, une poignée d’amateurs du trio montréalais Dear Criminals auront la chance de se rendre au Lion d’Or à Montréal à la fin du mois de mai pour se retrouver chacun leur tour (ou presque) en tête à tête avec les musiciens, le temps d’une unique chanson.

Vincent Legault, Frannie Holder et Charles Lavoie aiment d’emblée les projets un peu fous, différents, qui les mettent en déséquilibre. On a entendu leur musique à la télé, dans des spectacles de danse contemporaine, à l’opéra. On les a vus en spectacle avec orchestre de chambre au Gesù, en spectacle entourés sur 360 degrés du public à l’Usine C. Et pour ce nouveau concept intitulé Lone Ride, Dear Criminals mise sur l’intime. Le très intime, adapté pour la pandémie.

Du 29 au 31 mai, le groupe fera donc 72 petites prestations pour une personne ou deux à la fois, à condition que les intéressés vivent sous le même toit. Ce sont donc 24 chansons qui seront livrées chaque jour, soit quatre par heure pendant six heures, de 14 h à 20 h. Le prix du billet est de 20 $, et tous les profits sont remis à la Centrale alternative, qui depuis un an encourage la diffusion, la professionnalisation et la mutualisation de services pour le milieu culturel indépendant.

Il pourrait y avoir des annulations, mais toutes les cases horaires ont trouvé preneur en deux petites heures, lundi. « Des gens m’écrivaient, pour me dire que c’était un soulagement, rigole Frannie Holder. Pour dire “ah mon Dieu j’ai un show à mon calendrier. J’ai besoin d’aller pleurer en vous écoutant chanter !” Il y avait une nécessité là. »

Ça risque d’être plus difficile de jouer devant une personne que devant 22 000 ! Comment on va réagir ? Je ne sais pas.

L’idée était dans la besace de Dear Criminals depuis quelques années déjà, note Vincent Legault, mais le groupe avait beau la retourner dans tous les sens, aucune option viable n’avait été trouvée. Jusqu’à la pandémie actuelle, qui la rendait au minimum pertinente à défaut d’être rentable. Le groupe ne se verse pas de cachet, le Lion d’Or a offert la salle et il n’y a pas de techniciens — ce sont les musiciens eux-mêmes qui laveront le plexiglas qui les séparera des visiteurs.

Sara Castonguay, qui s’occupe de la programmation de la salle, a embarqué « tout de suite », lance-t-elle, même si le Lion d’Or, qui n’est pas subventionné, est durement touché par l’arrêt des spectacles. « C’était un projet complètement fou, que jamais on ne pourrait refaire dans un futur éventuel. C’était le moment de permettre à la clientèle de vivre cette expérience. »

Pour Mme Castonguay et le groupe, il était essentiel qu’aucun risque ne soit pris pour la santé de tous, musiciens ou spectateurs. « On a passé à travers tous les détails, entre le moment où le spectateur arrive jusqu’à son départ — qui ne se fait pas de la même porte. Il n’y a pas de risque, ou en tout cas c’est le même risque que d’aller à la pharmacie ou à la SAQ. »

Douceur

Au moment d’acheter leur billet, les spectateurs ont choisi le morceau qui leur sera joué dans une liste d’une dizaine de titres. « On propose nos pièces les plus relax, plus une ou deux incontournables, note Vincent Legault. Et on va les faire avec moi aux instruments pendant que Frannie et Charles vont se concentrer sur le chant. » Le gros travail, note Frannie, « c’est de rendre ça agréable, autant pour nous que pour la personne. Je pense qu’on a besoin d’intimité, on va le faire de la manière la plus douce ».

D’où le fait de mener ce projet dans une salle de spectacle, et non pas dans un commerce ou une galerie d’art, comme l’avait envisagé Dear Criminals. Question, entre autres, du rapport à l’écoute. « La salle vide devient un acteur avec Charles, Vincent et moi, note Frannie. Le contexte magnifié fait qu’on se souvient que les salles, c’étaient nos écrans à une autre époque. Et que leur rôle dans la réception des objets culturels n’est pas négligeable. »

Reste que l’expérience risque d’être plutôt déstabilisante, autant pour les spectateurs que pour le groupe, ajoute la chanteuse, qui joue aussi dans Random Recipe. « Ça risque d’être plus difficile de jouer devant une personne que devant 22 000 ! Comment on va réagir ? Je ne sais pas. »

Si le déconfinement montréalais est repoussé, les trois soirées seront reprises plus tard, précise le groupe. Et est-ce que c’est possible de songer à des supplémentaires ? « Je pense qu’on va voir ça après le premier jour de spectacle, selon la manière dont on vit ça », croit Vincent. « Mais ce qui pourrait être le fun c’est de le refaire, mais de se promener dans différentes salles, dans différents quartiers », conclut Frannie.

David Laferrière, le président de l’association RIDEAU, qui rassemble des diffuseurs de partout au Québec, embrasse cette volonté que « les choses se passent », même si l’aspect financier n’est pas viable. « Je souhaite que nos salles puissent être partie prenante de ce genre d’initiatives là. Il faut qu’on demeure des lieux de dialogues et d’échange. »

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