Votre carnet de concerts de la fin de semaine

Dans le dédale des concerts, nous vous proposons cette fin de semaine d’enquêter sur les raisons pour lesquelles le Philharmonique a choisi en 2015 un chef peu connu et peu médiatique, Kirill Petrenko, pour succéder à Simon Rattle.
Photo: Monika Rittershaus Dans le dédale des concerts, nous vous proposons cette fin de semaine d’enquêter sur les raisons pour lesquelles le Philharmonique a choisi en 2015 un chef peu connu et peu médiatique, Kirill Petrenko, pour succéder à Simon Rattle.

Les offres culturelles, et notamment musicales, se multiplient sur la Toile, qui nous donne accès aux plus grandes scènes du monde. Voici ce qui peut vous attendre en fin de semaine.

Effet singulier de cette pandémie que d’observer cette prise de conscience de la place de la culture dans ce qui nous reste et nous définit lorsque tout ralentit. C’est pour cela que, dès lundi et mardi derniers, nous avons insisté sur les initiatives de plusieurs institutions mettant à disposition leurs concerts et leurs captations lyriques, et, par ailleurs, sur les astuces pour en profiter le mieux possible.

Les scènes s’offrent à vous

Depuis mardi, l’accès à des prestations musicales est de plus en plus diversifié. Les opéras de Paris, de Munich et de Berlin ont désormais emboîté le pas à ceux de Vienne et de New York. Voilà qui met à portée de clic un choix jamais vu de spectacles lyriques et qui justifie quelques recommandations. Vendredi, tournez-vous par exemple vers La fille du régiment de Donizetti mis en scène par Laurent Pelly au Metropolitan Opera en 2008 — le site Internet du Met offre une excellente qualité à partir de laquelle vous pourrez juger les autres. Samedi : La Cenerentola de Rossini à l’Opéra de Vienne, sous la direction de Jean-Christophe Spinosi et dans une mise en scène de Sven-Eric Bechtolf, avec Isabel Leonard en Cendrillon. Dimanche : l’Eugène Oneguine du Met avec Renée Fleming, Ramon Vargas et Dmitri Hvorostovski. Pour ceux qui connaissent ce spectacle, qui existe en DVD, Vienne diffuse un Siegfried de Wagner qui vous préparera à la semaine Wagner de New York. À noter pour les boulimiques : de samedi 7 h du matin à dimanche 7 h du matin, l’Opéra de Berlin diffuse Le chevalier à la rose de Strauss dirigé par Zubin Mehta avec la Québécoise Michèle Losier en Oktavian, face à Camilla Nylund en maréchale et Nadine Sierra en Sophie.

L’Opéra de Munich, qui met à disposition une archive par semaine, va plus loin en organisant tous les lundis soir, à 15 h 15 à Montréal, « Le concert du lundi », soirée chambriste en direct pour les internautes. On y annonce entre autres le baryton Christian Gerhaher, le ténor Jonas Kaufmann, la violoniste Julia Fischer. Lundi dernier, après des lieder de Schumann et un quatuor de Mozart, le pianiste Igor Levit a joué les Variations Diabelli de Beethoven. Cette prestation que l’on peut voir jusqu’au 31 mars est notre recommandation pour les amateurs de piano.

La qualité sonore, point critique que nous relevions mardi, y est décente, sans plus. C’est aussi ce qu’il faut prendre en compte dans les retransmissions gratuites de l’OSM. On verra, à partir de vendredi soir, la 9e Symphonie de Dvorák dirigée par Kent Nagano en 2017 pour le 375e anniversaire de Montréal. À en juger par la 7e Symphonie de Mahler, accessible depuis mercredi et jusqu’à ce soir, la captation documente bien le concert, mais le niveau sonore, avec quelques saturations numériques, ne permet pas une expérience haute-fidélité.

À la rencontre de Kirill Petrenko

Plus que jamais il faut donc insister lourdement sur l’aubaine de voir le Digital Concert Hall du Philharmonique de Berlin accessible gratuitement pour un mois. Ce que l’on y voit et y entend ne passe pas par YouTube, avec des limites d’un médiocre mp3, mais offre une vraie expérience sonore.

Ce site consacré à la musique est une priorité pour profiter de grands concerts dans les meilleures conditions. Si l’image n’est pas fluide (afflux de consommateurs), baissez la qualité d’un cran, vous ne verrez quasiment aucune différence et le son ne change pas.

Dans le dédale des concerts, nous vous proposons cette fin de semaine d’enquêter sur les raisons pour lesquelles le Philharmonique a choisi en 2015 un chef peu connu et peu médiatique, Kirill Petrenko, pour succéder à Simon Rattle. Ses quatorze concerts donnés à ce jour à la tête de l’orchestre sont accessibles. Allez-y selon les œuvres que vous aimez, ou allez voir les Danses symphoniques de Rachmaninov, la Symphonie pathétique de Tchaïkovski, la 4e Symphonie de Franz Schmidt, Mort et transfiguration de Strauss ou la 7e Symphonie de Beethoven, aussi phénoménale que celles de George Szell, Carlos Kleiber ou Manfred Honeck. Il émane de ce chef une concentration, une force intérieure, mais aussi une sensibilité aux amalgames sonores et à la densité harmonique qui impressionnent.

Comment ne pas penser aux paroles prononcées le 11 mai 2015 à la radio de Berlin par l’analyste Norbert Ely qui cherchait à définir le profil idéal du chef qui serait élu cinq semaines plus tard : « Simon Rattle était le représentant le plus éminent de la société de divertissement. Or la musique est le reflet de son temps, et nous entrons dans une période de conflits dont nous ne connaissons qu’à peine les contours. La société de divertissement va être enterrée, et ce ne sera pas drôle. Nous avons besoin de sens et de profondeur » ?