«SuperNova 4» est un superalbum

Il y a tout d’abord Jean Derome, ses saxophones et ses flûtes, Normand Guilbeault, sa contrebasse et son archet, et Pierre Tanguay, sa batterie et son sourire. À eux viennent de se greffer, plus que se joindre, Félix Stüssi et son piano. Et cette bande de quatre propose un grand, un très grand disque.
Photo: Jean-Pierre Dubé Il y a tout d’abord Jean Derome, ses saxophones et ses flûtes, Normand Guilbeault, sa contrebasse et son archet, et Pierre Tanguay, sa batterie et son sourire. À eux viennent de se greffer, plus que se joindre, Félix Stüssi et son piano. Et cette bande de quatre propose un grand, un très grand disque.

Il y a tout d’abord Jean Derome, ses saxophones et ses flûtes, Normand Guilbeault, sa contrebasse et son archet, et Pierre Tanguay, sa batterie et son sourire. À eux viennent de se greffer, plus que se joindre, Félix Stüssi et son piano. Le long. Des trois premiers, on ne soulignera jamais assez qu’ils forment le trio par excellence sans limites géographiques ou territoriales. On osera même dire : il y a eux, et il y a les autres.

Aujourd’hui, cette bande de quatre, qui n’est en rien maoïste, propose un album intitulé SuperNova 4 et publié par l’étiquette Effendi. Disons-le d’emblée, c’est un grand, un très grand disque. Sur les dix pièces proposées, huit ont été composées par Stüssi, une par Derome et la dernière, soit C Jam Blues, par Edward Kennedy Ellington, l’aristocrate, dans le sens le plus noble du terme, du jazz.

C’est d’ailleurs à ce dernier que l’on a pensé lors de l’écoute du premier morceau, T.R.T., pour Tapir Racing Team. À moins d’avoir la berlue, on a eu le sentiment d’entendre des échos du fameux Take the A Train de maître Ellington. Sans que ces échos prennent totalement le dessus sur la composition de Stüssi, qui est également, avant qu’on ne l’oublie, le producteur, la cheville ouvrière de cet album enregistré lors d’une prestation à la Chapelle historique du Bon-Pasteur.

Ce qu’il y a d’extraordinaire, oui, c’est le mot, dans ce groupe est tout simple à expliquer : Derome est d’une incroyable précision, toujours concis dans ses envolées, Tanguay a une maîtrise de la ponctuation qui fait penser indéniablement à Billy Higgins ou Shelly Manne, Guilbeault a ce sens de la profondeur qui fait les grands éclaireurs, ceux à qui on fait toujours confiance musicalement causant (son introduction d’Urubu est poignante).

Puis, il y a évidemment Stüssi. Ce Suisse d’origine nous fait beaucoup penser à Ethan Iverson. Comme l’ex-pierre angulaire de The Bad Plus, Stüssi est un virtuose, mais également un encyclopédiste. Attention, toutefois ! Pas un encyclopédiste qui remonte les bretelles des uns et des autres, qui est arrogant ou prétentieux. C’est un encyclopédiste comme suit : il use de ses vastes connaissances des canons du jazz, de son histoire, pour mieux les moudre, les touiller, afin de produire des musiques fluides, cohérentes. Aucune seconde d’ennui dans cet album.

Il y a aussi ceci : l’éventail sonore. En deux mots, il est riche, large. On passe de quelque chose qui rappelle Duke Ellington au mystère d’Urubu, ou au « gospélisant » Catch 22, ou encore à la chanson française avec Bagatelle… Bref, chaque morceau est une surprise.

Pour dire les choses très platement, ce SuperNova 4 s’avère d’ores et déjà un des grands albums de l’année en cours. Peut-être même de la décennie qui s’amorce. C’est dit.

Mort d’un géant

S’il fallait définir en un seul mot le pianiste McCoy Tyner, qui vient de décéder à l’âge de 81 ans, alors peut-être pourrait-on choisir le qualificatif « illuminé ». Au sein du quartet dirigé dans les années 1960 par John Coltrane, il le fut particulièrement en injectant des grappes de notes qui empruntaient autant aux canons du jazz, on pense notamment à Bud Powell, qu’à ceux de la musique classique. Après avoir quitté le groupe de Coltrane, il va s’appliquer tout au long des années 1970 à rythmer son parcours musical à l’aune des singularités africaines. Au fil du temps, de ses albums et de ses prestations, McCoy Tyner devait s’ériger en grand manitou du jazz aux côtés de Sonny Rollins, de Roy Haynes et de John Lewis. Bref, Tyner fut un géant.