Se consoler avec un concert à domicile

Les concerts offerts sur Internet permettent de faire connaissance avec Klaus Mäkelä, le surdoué directeur musical du Philharmonique d’Oslo.
Heikki Tuuli Les concerts offerts sur Internet permettent de faire connaissance avec Klaus Mäkelä, le surdoué directeur musical du Philharmonique d’Oslo.

Le Devoir a fait le point dans son édition de lundi sur les initiatives de diverses institutions pour pallier, en utilisant Internet, l’absence de concerts en temps de pandémie. Le mélomane peut-il vraiment parvenir, à travers ces succédanés, à une expérience musicale satisfaisante ?

Lorsque nous parlons de compenser un concert annulé par un visionnement sur Internet, nous ne considérons évidemment pas ce visionnement sur un écran d’ordinateur lié à de petits haut-parleurs de bureau. Il y a moyen de créer à domicile, de diverses manières, un univers audiovisuel permettant de profiter pleinement des sources proposées.

Personne, ou presque, ne discute de l’efficacité et de la crédibilité des diffusions « Met Live in HD » dans les salles de cinéma. On peut approcher cette qualité d’expérience et s’immerger dans un concert ou une représentation d’opéra. Le but du cinéma maison n’est-il pas d'imiter le cinéma ?

Quelle que soit la configuration de votre environnement audiovisuel, quelques trucs peuvent vous simplifier la vie.

Univers parallèles

En musique, et notamment en classique, les univers vidéo et audio ont évolué sans jamais vraiment se croiser. Le marché de la vidéo musicale et notamment du concert enregistré, dans lequel Herbert von Karajan croyait tant à la fin de sa vie, a toujours été morose, que ce soit en VHS, en LaserDisc ou en DVD.

Était-ce le manque d’envie de revoir un concert ou est-ce que les mélomanes ressentaient un hiatus entre une image de taille limitée et un son cossu en haute-fidélité ?

L’augmentation de la taille des écrans et la définition de l’image changent désormais ce déficit de crédibilité et la disproportion entre son et image. L’évolution va de pair avec la multiplicité des sources de diffusion en continu et l’amélioration de la bande passante chez les consommateurs.

Les télévisions dites intelligentes, connectées à Internet, permettent de se brancher directement sur les sites de l’Opéra de Vienne et du Metropolitan Opera ou de visionner les concerts du Philharmonique de Berlin.

Pour ce faire, le Digital Concert Hall, qui offre désormais ses concerts gratuitement pendant un mois, est même accessible par l'entremise des applications directement intégrées aux téléviseurs récents.

Bon nombre de consommateurs renforcent la sortie audio de leur téléviseur avec des barres de son. Dans la mesure du possible, la manière la plus habile d’optimiser l’écoute reste cependant de lier écran et chaîne haute-fidélité. L’idéal est que la chaîne soit elle-même connectée d’une manière ou d’une autre à Internet. Le dispositif a déjà été évoqué et détaillé l’été dernier dans un article « Peut-on streamer fidèlement de la musique classique ? ». Les principes sont les mêmes que pour le streaming audio. Dans le cas présent, tout signal audio et vidéo (décodeur du câblodistributeur, ordinateur dédié) passe par l’amplificateur, la télévision fonctionnant comme un moniteur. Les liaisons HDMI empêchent toute perte de qualité du signal.

Limites technologiques

Le choix de concerts accessibles est quasi infini. Le mélomane peut faire le tour des salles. Ce qui est proposé par la Philharmonie de Paris l’est aussi par le Concertgebouw d’Amsterdam, dont on peut voir quelques concerts récents.

Mais beaucoup de chemins nous ramènent à YouTube, manne inépuisable. N’oubliez pas qu’une petite roue crantée en bas à droite de l’écran d’une vidéo YouTube vous permet d’adapter la définition de la diffusion (360p à 1080p) à vos capacités et à votre bande passante.

On y découvre parfois certaines caractéristiques surprenantes.

Ainsi, après avoir évalué les concerts de Teodor Currentzis, nous allions vous proposer de faire connaissance avec Klaus Mäkelä, chef surdoué de 24 ans, directeur musical du Philharmonique d’Oslo. Les caractéristiques techniques montrent que sa 9e Symphonie de Beethoven est accessible en qualité 4K ! Mieux que le Digital Concert Hall berlinois.

Cet exemple illustre le fait que la nouvelle donne technologique a inversé le paradigme. On est passés de « petite image, gros son » à « grosse image, son limité ». Car dans l’univers vidéo Internet, dans lequel nous allons évoluer ces prochaines semaines, le son (mp3) est désormais le maillon faible. Il permet d’apprécier la prestation orchestrale ou opératique, mais pas de jouir pleinement d’un déploiement sonore de haute-fidélité comme avec un DVD.

C’est là le compromis à consentir, tout en considérant que l’oreille humaine s’adapte à bien des contraintes et que l’attention portée à regarder un écran diminue la vigilance de l’écoute.