Christian Blackshaw: le noir lui va si bien!

Le pianiste Christian Blackshaw
Photo: Si Barber Le pianiste Christian Blackshaw

Pourquoi ne pas profiter de concerts tant qu’il y en a encore ? Celui de ce jeudi soir, qui mettra un point final à l’intégrale des sonates de Mozart confiée par la salle Bourgie à Christian Blackshaw, sera sans doute un rendez-vous précieux.

Montréal est désormais, avec Londres et Saint-Pétersbourg, l’une des métropoles qui connaît le mieux l’art de ce pianiste hypersensible et extrêmement méticuleux qui calibre tout. Nous avons chiffré à dix le nombre d’engagements (deux concerts à Orford, deux à I Musici, deux récitals au Ladies' Morning et 4 concerts à Bourgie), en un peu plus de six années, subséquents à l’article du Devoir de novembre 2013 révélant l’existence de ce pianiste oublié de tous, documenté alors par un volume d’une intégrale Mozart enregistrée au Wigmore Hall.

Sommets de concentration

C’est évidemment un privilège que de pouvoir vivre cet art en direct, un art qui se fait d’autant plus essentiel que Mozart souffre en musique. Christian Blackshaw se retrouve lorsqu’il peut sculpter l’exceptionnel et l’inattendu, comme la subite plongée dans la Variation XI, Adagio cantabile, du très long Finale à variations de la Sonate K. 284.

Avant cela, notamment dans le premier mouvement de cette même sonate, il met du temps à prendre ses marques, la mesure de son piano et des bons dosages dynamiques.

Le choix de la Sonate K. 332 pour succéder à la K. 284 est très judicieux puisque l’art de la variation est à nouveau convoqué dans le 2e volet. La difficulté intrinsèque du 3e mouvement (un rythme à 6/8 avec plusieurs pièges) est bien maîtrisée.

Mais le nectar se loge dans la 2e partie du récital, après la Sonate en do majeur K. 545 énoncée sans chichis avec des lignes mélodiques toujours très affirmées. C’est dans le diptyque en do mineur, formé de la Fantaisie K. 475 et de la Sonate K. 457 que le récital atteint ses sommets de concentration et de hauteur de vue dans la gestion des dynamiques, du temps et des silences.

Tout l’art de Blackshaw se concentre dans ces ultimes instants, qui teintent le récital d’une tonalité douloureuse et tendue. Mais, comme dans les concertos pour piano, le noir va si bien à Christian Blackshaw !

Récital Christian Blackshaw (piano)

Intégrale des Sonates pour piano de Mozart (Concert 3 de 4). Sonates K. 284, K. 332, K. 545. Fantaisie K. 475 et Sonate K. 457. Salle Bourgie, mercredi 11 mars 2020. Suite et fin ce jeudi.