Musique et geste

Matthias Pintscher est compositeur, chef d’orchestre, directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain pour la 8e année, invité des plus grands orchestres américains et professeur de composition à Juilliard.
Photo: Franck Ferville Matthias Pintscher est compositeur, chef d’orchestre, directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain pour la 8e année, invité des plus grands orchestres américains et professeur de composition à Juilliard.

Le concert de la série « Les grands concerts du mercredi » est repris jeudi, mais jamais sous la même forme, car amputé jeudi matin de la pièce de Pintscher et chamboulé jeudi soir par la présentation du Concerto pour violoncelle de Dvorák par le lauréat du Concours OSM, Brian Cheng. Ce Dvorák prendra la place du Prélude à l’après-midi d’un faune et d’Ex Nihilo et allongera substantiellement la soirée.

Un compositeur-chef

Assurément, Matthias Pintscher n’est pas n’importe qui. Il a 49 ans. Il y a 15 ou 20 ans, on le connaissait comme un compositeur très prometteur. Il est désormais compositeur, chef d’orchestre, directeur musical de l’Ensemble intercontemporain pour la 8e année, invité des plus grands orchestres américains et professeur de composition à Juilliard.

Son concert, fort réussi, laisse pourtant une impression assez étrange, tant on parvient difficilement à décoder comment la direction que l’on voit parvient à provoquer la musique que l’on entend. En d’autres termes, quelle a été la part de l’OSM et la part de Pintscher dans La mer et Prélude à l’après-midi d’un faune ?

Les spécialistes du répertoire contemporain ou les compositeurs (même si Pintscher dirige beaucoup de répertoire « standard », nous avons aussi vu ici Peter Eötvös, l’un de ses maîtres, dans Debussy également) tendent à adopter une gestique très verticale. C’est amusant, parce qu’on se gausse souvent de la gestique des chefs de chœur devenus chefs d’orchestre, sans vraiment penser à chercher des points communs chez d’autres.

Comment, alors, ce « cartésianisme gestuel » peut-il engendrer des lignes, de la souplesse, des transitions pas trop abruptes dans Debussy ? C’est le mystère de la musique entendue mercredi soir. La sève ardente mais jamais caricaturale de La mer a justement emporté l’adhésion du public, alors que le Prélude, joué avec élégance par Albert Brouwer, a fort bien introduit le concert.

Matthias Pintscher, le compositeur, s’est présenté à nous dans un excellent français, qui a basculé trop vite à l’anglais, mais il a surtout impressionné par une pièce, Ex Nihilo, dont la richesse et la maîtrise des effets sonores sortaient nettement du lot habituel. Le talent d’orchestrateur de Pintscher est impressionnant.

Mais le bijou de la soirée fut la prestation d’une classe innée, d’un tact parfait et d’une saine imagination du 20e Concerto de Mozart par Emanuel Ax. Nous n’avons pu que penser à notre défunt collègue Claude Gingras qui avait cité la Sonate D. 960 de Schubert par Emanuel Ax parmi les trois grands concerts de sa vie, probablement pour l’évidence des équilibres et la maîtrise sereine de tout ce qui fait l’essence de la musique.

Ce Mozart est une raison suffisante d’aller au concert jeudi.

Matthias Pintscher et La Mer de Debussy

Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune. Mozart : Concerto pour piano n° 20, K. 466. Pintscher : Ex Nihilo. Debussy : La Mer. Emanuel Ax (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Matthias Pintscher. Maison symphonique de Montréal, mercredi 26 février 2020. Reprise jeudi matin et jeudi soir.