Maurice Steger, le musicien heureux

Le flûtiste à bec Maurice Steger était venu avec une panoplie de flûtes pour animer son concert avec Les Violons du Roy.
Photo: Marc Giguere Le flûtiste à bec Maurice Steger était venu avec une panoplie de flûtes pour animer son concert avec Les Violons du Roy.

Le flûtiste à bec Maurice Steger, un collectionneur d’instruments, était venu avec une panoplie de flûtes pour animer son concert avec Les Violons du Roy. Il en changeait à sa guise, troquant à l’envi ses habits de soliste et de chef.

Maurice Steger, le chef, est aussi animé, facétieux et inventif que Maurice Steger, le flûtiste. Ceci nous vaut une première qualité : un rythme soutenu, qui traverse le programme, avec, cependant, des variations d’ambiances fort bienvenues, par exemple en première partie avec le Ground de Gottfried Finger.

La musique parle

Presque curieusement, à une époque où des musiciens se mettent à débiter de véritables thèses (alors que l’idée originale des interventions parlées était d’éclairer simplement le spectateur de manière liminaire, sans entrecouper sans cesse le continuum musical), Maurice Steger ne dit mot et laisse parler la musique, au point où, au milieu de la première partie, on pouvait parfois se demander où on en était dans le déroulement du programme.

Mais cette place laissée à la seule musique et surtout à une alternance permanente et surprenante entre matière orchestrale et épisodes avec flûte à bec était heureuse et rafraîchissante : après tout, le spectateur ne paie-t-il pas pour aller à des concerts, plutôt qu’à des cours magistraux illustrés par de la musique (cf. la pédante tangente prise par Arion ces derniers temps) ?

Ce qui frappe en entendant Maurice Steger en toute occasion c’est son bonheur contagieux de faire de la musique. Ce musicien communique de l’enthousiasme et lorsqu’il va féliciter les musiciens un à un à l’issue du concert avant de jouer un bis, son attitude est sincère. Cette exubérance a des incidences stylistiques, puisque Steger tend à exacerber les affects. Un passage doux sera buriné avec attention alors qu’un vivace débordera de mordant. Exemple archétypique : le Concerto grosso n° 3, dont le Finale a été abordé à un tempo infernal. Les habiles Suites de danses composées à partir du vaste répertoire laissé par Händel ont permis d’explorer un large éventail d’atmosphères.

En fait la conversion de Maurice Steger comme chef a un grand intérêt. Le musicien étant intéressant, l’apport est toujours bon à prendre, mais, surtout, comme sa prestation n’est plus centrée sur son seul rôle de soliste, cela minore l’importance et l’omniprésence de la virtuosité (le côté phénomène et « Paganini de la flûte à bec ») pour une contribution beaucoup plus sereine et équilibrée, passant par plusieurs facettes expressives.

Les Violons du Roy ont semblé apprécier l’expérience. Le public aussi.

Un banquet baroque

Händel : Deux Suites de danses. Concerto pour flûte à bec en fa majeur, HWV 293. Purcell : Chaconne en fa majeur. Curtain Tune on a Ground. Finger : Ground. Babell : Concerto pour flûte à bec en ré majeur. Avison : Concerto grosso n° 3. Geminiani : Concerto pour flûte à bec en la majeur d’après l’Opus 5 n° 11 de Corelli. Les Violons du Roy, Maurice Steger. Salle Bourgie, 14 février 2020.