La cuvée de choix de l'Atelier de l'Opéra de Montréal

Le chef d'orchestre, Nicolas Ellis
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le chef d'orchestre, Nicolas Ellis

Ne serait-ce que pour les quelques minutes du « Ail dolce guidami » d'Anna Bolena de Donizetti par la soprano Kirsten LeBlanc de Fredericton on peut considérer que la soirée valait le détour. Jadis des voix pareilles cassaient des verres en cristal. Jeudi, au Théâtre Rialto, celle de Kirsten LeBlanc a éteint les projecteurs pour un bon bout de temps.

Kirsten LeBlanc est cette soprano à la Lise Davidsen (voix très puissante donc) que nous avions repérée en Fiordiligi dans Così fan tutte à l'Université de Montréal. Une Fiordiligi tellement omniprésente qu'il aurait fallu Emily D'Angelo en Dorabella en face pour tenir le choc. Cela vous dresse le portrait de cette révélation vocale majeure.

Une animation contreproductive 

Nicolas Ellis et l'Orchestre de L'Agora tentent d'animer et de donner une saveur originale à leurs programmes impliquant de jeunes chanteurs. Mais en évoluant du projet Mozart-Da Ponte illuminé, en février 2018, par le facétieux Isabeau Proulx-Lemire à ce cabaret animé par Catherine Ethier nous sommes hélas passés de la plus lumineuse et audacieuse intelligence à une insupportable vulgarisation de caniveau pseudo humoristique.

On n'élève pas le public, on ne l'amène à la musique et au beau ni en le prenant pour vil ni en considérant pour vils les sujets traités. Ils peuvent être présentés avec esprit. Encore faut-il en avoir. Ce méprisable contexte, dévalorisant pour la musique, nous a fait quitter les lieux à mi-parcours non sans avoir apprécié l'impeccable et nette colorature de Vanessa Croome, l'ambitus d'Andrea Nuñez (attention aux aigus qui tendent à serrer un peu), l'élégance du ténor Spencer Britten, qui devrait devenir un très crédible ténor mozartien et la force brute du ténor Matthew Dalen, dont le registre inférieur, barytonnant, devra se fondre, techniquement, à celui de ses aigus, très sonores et impressionnants.

Nous avons déjà eu l'occasion de superviser favorablement la mezzo Florence Bourget, la soprano Elizabeth Polese, la mezzo Rose Naggar-Tremblay et la basse Brenden Friesen qui chantaient en seconde partie. Nous aurons l'occasion d'entendre le baryton Jean-Philippe Mc Clish, certes à l'aise dans le sextuor de Lucia di Lammermoor, dans des conditions favorables à l'écoute musicale.

Prestation honorable d'un orchestre vaillant, mais que l'acoustique assez ne servait pas particulièrement.

Cabaret Bel Canto

Airs d'opéras de Rossini, Bellini et Donizetti. Chanteurs de l'Atelier de l'Opéra de Montréal, Orchestre de L'Agora, Nicolas Ellis. Théâtre Rialto, jeudi 13 février 2020.