«Close to the Flame»: les chansons qui soignent

June Moon a quitté les Maritimes pour atteindre Montréal, où est né le projet Forever.
Photo: Cameron Mitchell June Moon a quitté les Maritimes pour atteindre Montréal, où est né le projet Forever.

« À tous les jours, je m’ennuie de l’océan », confie la poète June Moon. Poète, et chanteuse, alors qu’elle lance vendredi sur toutes les plateformes et le 22 février sur la scène du Club Social Le Scaphandre, le mini-album Close to the Flame sous le nom Forever.

Elle a grandi aux pieds de l’océan Atlantique, dans un minuscule village terre-neuvien nommé Torbay, « un peu au nord de la capitale, St-John’s ». L’un des lieux les plus à l’est de l’Amérique du Nord, « mais au milieu de nulle part. J’ai grandi dans le bois, et ma connexion avec la forêt et l’océan est tellement forte que je crois que ça se ressent dans mon travail. »

June Moon a quitté les Maritimes pour atteindre Montréal, où est né le projet Forever ; son superbe second EP, Close to the Flame, paraît aujourd’hui sur le label new-yorkais Cascine, après quoi Moon se produira à New York puis Austin, Texas, pendant le festival-vitrine South by South West. « Je m’identifie d’abord en tant que poète, précise-t-elle. J’écris depuis des années déjà, mais j’ai appris par moi-même à chanter parce que j’aime la performance. Je considère le chant comme un moyen de pouvoir me présenter sur une scène, mais je crois que mon principal talent est l’écriture. Et puis, le chant et l’écriture se complètent bien… »

« Mauvaise passe »

Il est comme un cadeau empoisonné de la Saint-Valentin, cet envoûtant mini-album né dans la douleur d’une relation amoureuse, un sentiment rehaussé par son brin de voix frêle, résigné, mais encore sensuel. « J’étais dans une mauvaise passe lorsque j’ai composé ça. Dans un coin sombre ; ces chansons, celles du EP comme la vingtaine d’autres que j’ai écrites durant cette même période, ont fait partie de mon processus de guérison », dit la poète, ajoutant non seulement s’être sortie de sa torpeur, mais aussi être en train de travailler sur son prochain album.

Comme pour le précédent EP, sa minutieuse chanson pop  R & B bénéficie du travail de la crème des compositeurs et producteurs électroniques locaux : Ouri, Patrick Holland (alias Project Pablo), Cecile Believe (le nouveau nom de scène de Caila Thompson-Hannant, autrefois Mozart’s Sister) et David Carrière (TOPS).

Ouri accompagnait déjà June Moon lors de la création du premier EP (Forever, 2016), elle a coécrit et réalisé trois de ces six nouvelles chansons, le rythme house lourdaud de Devotion, la délicate ballade Adonis qui clôt le EP et l’épatante Blur. Quelle superbe chanson, celle-là ! On pourrait presque croire qu’il s’agit là d’une inédite de l’album Dummy de Portishead, la rythmique hip-hop qui craque un peu sous le poids de la ligne de contrebasse, les synthés et les violons en suspension.

J’écris depuis des années déjà, mais j’ai appris par moi-même à chanter parce que j’aime la performance. Je considère le chant comme un moyen de pouvoir me présenter sur une scène, mais je crois que mon principal talent est l’écriture.

Et la voix, surtout, de June Moon, avec ce timbre qui rappelle celui de Beth Gibbons. « Pour vrai ! Tu fais ma journée — j’adore cette chanteuse ! J’avais soumis à Ouri simplement un enregistrement a cappella ; je ne suis pas une musicienne à la base, mais je trouve des mélodies et peaufine le texte. J’ai réenregistré la voix dans son studio, c’est elle qui a créé la musique et le rythme autour. C’est lorsqu’on a enregistré cette chanson que le mini-album s’est vraiment mis en place. »

Les plus légères et dansantes sont signées Patrick Holland, sa Devotion surtout. « C’est vraiment un EP plus varié, musicalement, que le premier », pense aussi June Moon. « Je travaille avec des gens en qui j’ai beaucoup confiance, et je veux reconnaître leur talent autant que mes chansons, mes idées autant que les leurs, sur mes chansons. »

La démarche porte ses fruits ; Forever a dû retraiter ces trois ou quatre dernières années — « J’ai capitulé parce que je sentais que je devais prendre du recul, personnellement et artistiquement » —, mais son retour sur le label Cascine est le prélude à une belle nouvelle année, perçoit June Moon. « South by South West va être fou ! C’est comme entrer dans le ventre de la bête du show-business. Je suis contente du travail de mes amis chez Cascine, ils ont préparé une belle affiche pour notre vitrine. Je sens que les gens du label comprennent ce que je fais, en tant qu’artiste, et me respectent en tant que poète. » June Moon a lancé un premier recueil à compte d’auteur intitulé It’s not Gravity, It’s Her, et travaille avec un éditeur pour le prochain, Nowhere Flower.

Close to the Flame

Forever, Cascine