«Plamondon symphonique»: place aux chanteuses!

«Heureuse distribution, arrangements idoines, mise en scène simple mais au focus bien net, direction sobre», décrit Sylvain Cormier à propos du spectacle «Plamondon symphonique».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Heureuse distribution, arrangements idoines, mise en scène simple mais au focus bien net, direction sobre», décrit Sylvain Cormier à propos du spectacle «Plamondon symphonique».

Martha Wainwright pour chanter Le parc Belmont : ça démarre fort. Elle mène la folie à l’extrême et ce qui sort de sa bouche domine l’orchestre, et même la chorale, dans le mixage. L’OSM, la pulsation électro du clavier de Jean-Phi Goncalves, les quelque cinquante voix conjuguées, rien n’enterre la fille de Kate McGarrigle. On en oublie Diane Dufresne et ses tics : la composition magistrale de Christian Saint-Roch donne encore plus que sa pleine mesure. Ce concert de la série Pop de l’OSM impressionne d’entrée de jeu.

Et ça continue à impressionner. Catherine Major pour Monopolis ? Parfaite. Elle en fait moins que plus, mais concentre l’attention tout autant : c’est intime et sensuel comme la mélodie de Michel Berger n’osait pas le demander. Encore une fois, tout sert la chanteuse, et la chanteuse sert la chanson. Betty Bonifassi pour Oxygène ? Puissance sans sparages ni « criage » (comme disait feu mon papa) : une version incarnée, avec arrangement ample et porteur par l’orchestre, digne enfin du travail de Germain Gauthier.

Les bons choix

Le choix des interprètes est idéal, la direction artistique de Goncalves (arrangements d'Antoine Gratton) donne à toutes la bonne place, la meilleure place. Beyries pour Le monde est stone, c’est vraiment bien aussi : le ton juste. Impossible de faire oublier les moutures précédentes, mais on ne lui demande pas ça. La Bronze ravive Lily voulait aller danser, une oubliée du catalogue, musique de Julien Clerc : moins énervante que Coeur de rocker, c’est déjà beaucoup.

Heureuse distribution, arrangements idoines, mise en scène simple mais au focus bien net, direction sobre : tout baigne ce soir. Tout le contraire de l’Hommage à Félix Leclerc de la dernière fois aux concerts Pop. Marie-Pierre Arthur et la chorale pour Ma mère chantait toujours ? On se croirait au grand spectacle du Festival en chanson de Petite-Vallée, tellement ça va bien à la Gaspésienne. Même sentation d’adéquation quand arrive Klô Pelgag pour L’Île aux mimosas, la chanson de Barbara, rarement reprise depuis que la Dame Brune incarna Lily Passion.

À l’impossible nulle n’est tenue

Et après Barbara ? Céline ! Je d-d-d-danse dans ma tête : Marie-Pierre s’amuse à s’égosiller, la bégayante chanson ne pouvant pas échapper au souvenir grand-guignolesque de la planétaire star. C’est pire pour Call Girl : Valérie Carpentier tente la douceur, mais semble bien mièvre et inoffensive dans l’ombre géante de Nanette Workman. L’orchestre assure d’ailleurs assez mal ce tour de force rock. À qui a-t-on osé confier Le blues du businessman ? Il n’y a qu’une Safia Nolin pour conférer à la chanson sa véritable charge tragique. Claude Dubois peut aller bomber le torse dans sa chambre d’écho. On s’imagine que le doux Michel Berger, dans sa tête de pianiste, l’entendait comme ça : un air triste et terrible, douleur pure. Safia est chamboulante de retenue et de transparence, on est bouleversés du parterre au plafond de la Maison symphonique.

Photo: Antoine Saito Orchestre Symphonique de Montréal Pendant l’ovation, le parolier Luc Plamondon a rejoint sur scène les chanteuses.

Pas peureuse non plus, Ariane Moffatt : c’est carrément pas chantable, SOS d’un Terrien en détresse. Faut des semi-Pavarotti de la glotte, un Balavoine, un Pagny, pour y arriver. Ariane a bien du mérite, mais les basses sont tout simplement trop basses pour des humains normalement constitués. S’offrir Le monde est fou tient aussi du morceau de bravoure, mais la magnificence de l’originale par Renée Claude demeure dans le champ du possible, et Gabrielle Shonk s’en tire admirablement. C’est décidément une grande soirée pour les musiques de Christian Saint-Roch : après Le monde est fou, c’est à lui que revient la finale pour onze chanteuses, chorale, plein orchestre (y compris l’octobasse !) : son Hymne à la beauté du monde n’a pas démérité. Pendant l’ovation qui dure assez longtemps, le parolier Luc Plamondon vient embrasser chaque chanteuse. Jamais, dans tout le spectacle, les compositeurs n’ont été nommés. Les chanteuses et l’orchestre ne leur ont pas moins fait honneur.