Les petits bémols de Timothy Chooi

Timothy Chooi, violoniste canadien de 26 ans, tout juste auréolé de son 2e prix au Concours Reine Élisabeth de Belgique, fait partie des dauphins de James Ehnes. 
Photo: Antoine Saito OSM Timothy Chooi, violoniste canadien de 26 ans, tout juste auréolé de son 2e prix au Concours Reine Élisabeth de Belgique, fait partie des dauphins de James Ehnes. 

Choix cornélien, dimanche après-midi, entre le concert de l’OSM et le récital Beethoven de Louis Lortie à la salle Bourgie. Mais il y aura encore six soirées, réparties sur deux saisons, pour se rattraper et entendre Louis Lortie jouer Beethoven, alors que le programme dominical de l’Orchestre symphonique de Montréal nous valait la visite de Timothy Chooi, violoniste canadien de 26 ans, tout juste auréolé de son 2e prix au Concours Reine Élisabeth de Belgique, glané en 2019. Le plus jeune des frères Chooi avait été repéré précocement en gagnant le concours OSM Standard Life en 2010.

Chooi ou Leong ?

Nous étions d’autant plus désireux de l’entendre que nous avons entendu ici il y a deux semaines un autre jeune Canadien, Kerson Leong dans la musique du Violon rouge de Corigliano avec I Musici — Kerson Leong qui, depuis son passage entre les mains d’Augustin Dumay à la Chapelle Reine Élisabeth de Bruxelles, justement, n’en finit pas de nous stupéfier par son évolution instrumentale et artistique.

Il est évident que Timothy Chooi possède d’immenses qualités : une grande pureté d’intonation, des aigus d’un raffinement et d’un charme irrésistibles. Il l’utilise à des fins plus élégiaques que langoureuses dans Korngold. Mais à notre très grande surprise (pour un 2e Prix du Reine Élisabeth), en salle et tel que nous l’avons entendu dans Korngold, il y a un petit bémol : les graves (corde de sol) sont fades et peu résonnants.

Cela a des incidences majeures dans le concerto de Korngold. Lorsqu’une phrase va du grave vers l’aigu (et il y en a dans le 1er mouvement !), le socle fait défaut : le début de l’arche musicale est peu perceptible, et l’oreille commence à embarquer au milieu, pour évidemment avoir l’attention attirée par le rayonnement aigu. En fonction des dernières choses que nous avons entendues de Kerson Leong ici, et sous réserve de revoir Timothy Chooi, nous plaçons, prix prestigieux ou pas, Leong une petite coche au-dessus parmi les dauphins de James Ehnes au sein d’une triade qui comprend Chooi, Leong et Blake Pouliot. En matière de concerto de Korngold, les souvenirs forts à la Maison symphonique restent Vilde Frang à l’OSM et Leonidas Kavakos avec Mariss Jansons.

Dvorak théâtralisé

La cheffe Xian Zhang a commencé le concert en dirigeant une oeuvre très habile de Dorothy Chang, très finement orchestrée (percussions) dans les registres piano et pianissimo puis se déployant dans un grand crescendo. La gestique de Xian Zhang est très active, parfois hyperdétaillée. Sa présence offrait, elle aussi, une comparaison intéressante avec la Mexicaine Alondra de la Parra, qui avait dirigé la Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvorak à l’OM un peu plus tôt cette saison.

On renverra les deux concerts, assez moyens, presque dos à dos avec un petit avantage à Xian Zhang toutefois. Alors qu’Alondra de la Parra nuisait à la tenue architecturale et à la logique interne de la partition (et à sa lettre) pour créer des effets de manche qui la mettaient en valeur, Xian Zhang met également à mal l’unité rythmique par des inflexions et lisse les ferments expressifs (les mesures 70 à 74 du 2e mouvement comprennent un crescendo, un forte, un fortissimo, un decrescendo, un mezzoforte, un diminuendo et un accord forzando : c’est dire la vibration émotionnelle qui y règne, sans parler des sanglots qui suivent, si peu incarnés).

Cette Nouveau Monde d’apparat rappelait un peu celle de son maître Lorin Maazel dans ses années de complaisance musicales new-yorkaises, documentées dans cette oeuvre lors du fameux concert à Pyongyang.

La Symphonie «Du Nouveau Monde» de Dvorak

Dorothy Chang : Northern Star. Korngold : Concerto pour violon en ré majeur. Dvorak : Symphonie n° 9, « Du Nouveau monde ». Timothy Chooi (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Xian Zhang. Maison symphonique de Montréal, dimanche 9 février 2020.