Luc de Larochellière et Andrea Lindsay : vie conjugale et chansons conjuguées

La plupart des chansons se conjuguent idéalement, allient ce qu'on aime d'elle et de lui: sa langueur bossa jazzy, son sens du refrain imparable, sa légèreté et son acidité.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La plupart des chansons se conjuguent idéalement, allient ce qu'on aime d'elle et de lui: sa langueur bossa jazzy, son sens du refrain imparable, sa légèreté et son acidité.

Un samedi soir, ça ? Étrange no man's land de lendemain de tempête. La ville est encore ensevelie, figée. Le côté sud de René-Lévesque accueille les rares visiteurs motorisés. C'est dans les souterrains que ça bouge, et encore, au ralenti : du complexe Guy-Favreau à Wilfrid Pelletier, des couples de flâneurs flânent, d'autres devisent et grignotent au resto en face de Maisonneuve, d'autres encore font tranquillement la file et s'engouffrent dans les salles.

À la Cinquième salle, ce n'est pas plein pour le deuxième soir du nouveau spectacle de Luc de Larochellière et Andrea Lindsay. Les spectateurs manquants ont probablement été « avalés par la souffleuse », comme chantait Charlebois dans Demain l'hiver. Les gens qui se sont rendus ne sont pas seuls : que des couples, dirait-on. C'est décidément une soirée de couples : la Saint-Valentin s'en vient.

Des couples, des couples

Il y a un couple en première partie. Un couple avant le couple vedette. Une couple de chansons et nous y voilà : bienvenue dans la vie conjugale de Luc et Andrea, par chansons interposées. Leur deuxième album en tandem, S'il n'y avait que nous, est encore tout récent, la tournée vient de démarrer. Les tourtereaux seront au Cabaret du Vieux-Saint-Jean pour la Saint-Valentin. Et un peu partout après. Contents et ensemble tout le temps.

Contents de cette proposition très distincte, qui s'ajoute aux spectacles en solo de Luc et d'Andrea comme un cadeau d'un à l'autre. Un cadeau partagé avec le public ravi : ce n’est rien de moins qu'un spectacle exutoire pour couples. Sans prétention, avec le sourire, il se dit des vérités sur la vie à deux. Irritants exposés, bonheurs soulignés. « Si l'enfer c'est les autres, on est persuadés que c'est aussi le paradis », résume Luc dans la présentation d'ouverture.

Plaisir et pertinence

Spectacle plaisant et pertinent, donc. Ce soir on fait la moue, Café et champagne, It's A Hell Of A Night, C'est l'amour ou c'est comme, Ma maison va brûler, la plupart des chansons se conjuguent idéalement, allient ce qu'on aime d'elle et de lui : sa langueur bossa jazzy, son sens du refrain imparable, sa légèreté et son acidité. Leur humour nourrit leur amour, et vice et versa. Ils sont à la fois plus drôles et plus tendres ensemble que séparément.

Tout ça est très naturellement offert : les mélodies, les harmonies, le propos, l'instrumentation de leur trio d'as accompagnateurs. Ils ne jouent pas au couple, ne sont jamais dans le théâtre d'eux-mêmes. Ils sont la somme de leurs observations, finement transposées en chansons. Avec beaucoup de discrétion. On n'est pas dans leur lit (ça, c'est dans le clip de Karaoké Kids, où nous sommes une bonne trentaine de figurants hilares), à la Cinquième salle, on est simplement en leur agréable compagnie. Comme dans une soirée de couples.

Si leurs succès respectifs — Les yeux de Marie pour elle, Cash City pour lui — sont bienvenus, ce sont des suppléments presque superflus. Ce qu'ils ont créé ensemble, ce qu'ils donnent à voir, à entendre, à ressentir et à comprendre, est un tout. À l'instar de leur Submarine Boy — oui, la berceuse écrite et composée sur mesure pour leur enfant —, le spectacle du couple Lindsay-Larochellière vit sa propre vie. Que l'on souhaite longue et heureuse.