La «Voodoo Music» de Mose et du Doc

Dr. John lors de l’événement Skyville Live le 2 novembre 2016 à Nashville, Tennessee
Natasha Moustache Agence France-Presse Dr. John lors de l’événement Skyville Live le 2 novembre 2016 à Nashville, Tennessee

Les compositeurs, pianistes et chanteurs Mose Allison et Dr. John ne versaient pas dans le blues ou le jazz. Ils jonglaient simultanément avec les deux en leur injectant une bonne dose de leurs folklores respectifs : ceux du Mississippi pour le premier, ceux de la Louisiane pour le second. Bref, ils faisaient la musique chérie entre toutes par les « musicos » : la « Voodoo Music ».

Parce qu’il était autant compositeur qu’écrivain (certains assurent même qu’il est le William Faulkner du blues), Allison a eu droit récemment à la totale. Mettons que c’était désiré comme attendu. Mais encore ? Fat Possum, excellente étiquette située à Oxford, au Mississippi, soit dit en passant la ville de Faulkner, a publié il y a peu If You’re Going to the City – A tribute to Mose Allison rassemblant les hommages signés par 15 artistes et un documentaire réalisé par Paul Bernays intitulé Mose Allison : Ever Since I Stole The Blues. Bien.

C’est Taj Mahal qui introduit l’hommage en question en reprenant l’une des chansons les plus célébrées du pianiste : Your Mind Is on Vacation. Et c’est sa fille Amy, une chanteuse, qui clôt le tout avec Elvis Costello à ses côtés. Entre les deux, on entend Jackson Brown reprendre à son compte un des sommets d’Allison, soit If You Live, Ben Harper en compagnie de Charlie Musselwhite, Bonnie Raitt, Iggy Pop, Chrissie Hynde, l’immense Dave Alvin et son frère Phil, Robbie Fulks, Loudon Wainwright III, Richard Thompson, Peter Case, Frank Black et The Tippo Allstars.

Premier constat : les trois quarts des invités à cette fête viennent du monde du rock-folk-machin-chose, on ne sait plus comment dire. Ils sont là parce qu’ils étaient et demeurent des admirateurs finis d’Allison. Dans le documentaire, on ne sera pas étonné d’apprendre que Pete Townshend, des Who, intervient à plusieurs reprises pour souligner ici et là l’importance qu’a eue Allison sur son travail.

Deuxième constat : la palette sonore de cet album est évidemment à l’image des protagonistes. En d’autres termes, l’éventail musical proposé est très divers. Très riche. Bref, les producteurs ont évité le piège de l’ennui qui se présente à toute formation en trio. Le format d’ailleurs favori d’Allison durant une cinquantaine d’années. Le résultat est étonnant, jamais enquiquinant. Le producteur et batteur Don Heffington mérite un coup de chapeau. Voire mille. Ainsi d’ailleurs que le réalisateur dudocumentaire, Paul Bernays, notamment riche en enseignements sur les origines de l’œuvre.

Dr. John, lui ? Le label Orange Music Records a récemment publié un inédit intitulé Big Band Voodoo. En fait, il s’agit d’un enregistrement en public réalisé en Allemagne avec le soutien du WDR Big Band. Ce cher Dr. n’aura pas eu le temps d’entendre le mixage de ce spectacle pour cause de décès en juin dernier.

C’est bête à dire, mais lorsqu’on a entendu le spectacle du Dr. avec ses amis allemands, on était content pour lui. La raison est toute simple; cet artiste hors du commun avait signé il y a une vingtaine d’années de cela un album en big band fait de standards entre autres écrits par Duke Ellington. Le résultat était soporifique. Il faut dire que ce disque avait été produit par Terry Manning, l’abonné à la corporate music, comme disent les initiés.

Là, il en va tout autrement. Dr. John fait ce qu’il sait faire admirablement : dispenser du bonheur. Rien de moins. Avec cette inclination encyclopédiste qui le distingua tant. Là, il est lui-même. Il joue et chante ses morceaux, les siens comme ceux qu’il s’est appropriés. Ce Big Band Voodoo, c’est une fête. En clair, Dr. John nous manque énormément.

A tribute to Mose Allison // Big Band Voodoo

Artistes variés, Fat Possum // Dr. John the WDR Big Band, Orange Music Records