Maude Audet, la patine du temps qui passe

Depuis quelques années, Maude Audet voit son monde évoluer. «Il y a une prise de conscience qui s’amplifie», dit-elle.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Depuis quelques années, Maude Audet voit son monde évoluer. «Il y a une prise de conscience qui s’amplifie», dit-elle.

« Ça va vite… », constate Maude Audet en haussant les sourcils tout en souriant. Le temps va vite. Les enfants grandissent, les parents vieillissent, les amitiés et l’amour subissent le poids des années. Et la vie au présent qui continue à travers tout ça. Sur son troisième disque Tu ne mourras pas, musicalement teinté des années 1970, l’autrice-compositrice-interprète accuse d’ailleurs le coup avec beaucoup de grâce.

Parce que, s’il est un brin nostalgique, ce nouvel album de la chanteuse et guitariste Maude Audet réussit grâce à une plume poétique et vivante à évoquer des émotions importantes sans les surligner, sans les exagérer.

Depuis quelques années, Maude Audet voit son monde évoluer. « Il y a une prise de conscience qui s’amplifie », dit-elle. Les aïeux de la famille accusent le poids de leur âge, par exemple. Un de ses enfants entre au secondaire, aussi, créant un sentiment de fierté en même temps qu’un pincement — le tout est d’ailleurs exprimé avec une grande beauté dans Les gelées de novembre.

« Je parle beaucoup de l’humain, explique Maude Audet, qui s’est lancée dans la musique il y a un peu plus de dix ans après avoir été scénographe au théâtre. C’est un album qui est très personnel et, en même temps, c’est étrange, mais je pense que c’est le plus universel à cause de ça. »

Le titre Tu ne mourras pas, du nom d’une des onze chansons, s’ancre dans cette idée du temps qui passe. Que si les personnes, les choses ou les relations restent vivantes dans nos têtes et dans nos cœurs, elles ne disparaissent pas.

« Je trouvais que, pour l’album en général, c’était un bon titre, parce que ça parle aussi des petites morts personnelles, avec cette idée des échecs, que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Croire aux beautés, avoir des rêves et, même si on vieillit, ne pas tomber dans le cynisme. »

Vintage d’aujourd’hui

Par la bande, on sent aussi la patine du temps qui est passé en écoutant les musiques de Tu ne mourras pas, réalisé par Mathieu Charbonneau (Avec pas d’casque, Timber Timbre, The Luyas).

Il faut trois notes et quart de guitare de la première pièce Tu trembleras encore pour sentir la parenté avec California Dreamin’ de The Mamas The Papas, qu’Audet a écouté jusqu’à écœurement dans ses jeunes années. Il faut une dizaine de secondes de Demande-moi pour être plongé dans un univers à l’intersection des années 1960 et 1970, avec les flûtes, les cordes et une guitare oscillante. La voilà entre Nancy Sinatra et Françoise Hardy.

Je parle beaucoup de l’humain. C’est un album qui est très personnel et, en même temps, c’est étrange, mais je pense que c’est le plus universel à cause de ça.

 

Avec maintenant trois albums en banque, Maude Audet peut bien voir son évolution sonore. Elle note que ce sont ses influences grunge qui se sont le plus effacées sur Tu ne mourras pas. « Je suis une ado des années 1990, je pense que le grunge fait partie de moi dans la façon de penser la composition, dit-elle en riant. Mais dans les sonorités de cet album-là, il y a moins de distorsion. J’étais plus influencée par quelque chose de plus vintage. »

Toutefois, Maude Audet ajoute qu’elle et Mathieu Charbonneau ont aussi voulu un son contemporain. « On a fait super attention de ne pas faire un album pastiche non plus, qui aurait été tellement dans le passé qu’il ne nous parlerait pas. »

Elle cite en influence moderne l’Américaine Weyes Blood, dont les arrangements de cordes ont inspiré Audet et Marianne Houle — qui a créé les sections plus orchestrales. « Et puis regarde, le preneur de son, Radwan [Ghazi Moumneh], il est dans le groupe Suuns, donc il avait aussi une vision très large de la chose. »

Talent humain

Sur scène, Maude Audet se livre la majorité du temps en solo lorsqu’elle fait ses premières parties des Sœurs Boulay ou de Saratoga. Mais même pour les soirées où elle est en haut de l’affiche, n’espérez pas la voir arriver à quatre ou cinq musiciens pour reproduire la richesse sonore de ce nouveau disque.

« On est full band à deux ! » dit-elle en riant. C’est l’homme-orchestre Mathieu Charbonneau qui l’accompagnera. Et cette formule réduite s’explique encore une fois par l’expérience des années et des tournées.

« Le dernier spectacle, je l’ai tourné à quatre musiciens. Pour les diffuseurs, ça reste encore un risque et, avec le cachet qu’ils pouvaient nous offrir, je n’étais plus à l’aise avec ce que je pouvais offrir aux musiciens » une fois payés l’hôtel, l’essence, les dépenses, etc.

Maude Audet optera donc pour une formule où elle peut « se donner une marge de manœuvre plus intéressante » et ainsi pouvoir prendre soin « du talent humain ».

Et, accessoirement, dormir dans des hôtels juste un peu confortables. « Où le déjeuner est un peu meilleur que des Froot Loops. » Parce que ça, si ça ne nous tue pas, ça ne nous rend pas vraiment plus fort, nostalgie ou pas.

 

Tu ne mourras pas

Maude Audet, Grosse Boîte