La «Cinquième» d’un compositeur libre

Jacques Hétu est mort le 9 février 2010.
Photo: François Pesant Le Devoir Jacques Hétu est mort le 9 février 2010.

C’est une noble initiative de Yannick Nézet-Séguin et de l’Orchestre Métropolitain d’avoir programmé jeudi soir à Ottawa et vendredi à la Maison symphonique de Montréal la 5e Symphonie de Jacques Hétu associée à la Messe en ut mineur de Mozart. Une initiative voulant saluer la mémoire du compositeur québécois, qui s’est éteint il y a dix ans.

La 5e Symphonie de celui que nous avons collectivement manqué de faire « notre Jean Sibelius national », selon l’implacable formule du compositeur Samy Moussa dans
Le Devoir, on peut la voir a posteriori bourrée de symboles, parfois ironiques.

La Cinquième de Jacques Hétu, oeuvre de trois quarts d’heure, est une commande de l’Orchestre symphonique de Toronto, qui a laissé le champ libre à un compositeur que les commandes de pièces contemporaines en formes d’alibis de 15 minutes exaspéraient. Elle a été créée le 3 mars 2010, moins d’un mois après sa mort, comme s’il n’avait pas eu l’ultime droit de voir la reconnaissance qui lui était due. Le finale est choral, comme dans la 9e Symphonie de Beethoven, mais sur le poème Liberté de Paul Éluard. Liberté, comme celle qu’il a affichée contre les modes et dictats qui lui ont valu mépris et ostracisme ici.

La symphonie décrit Paris avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Le contexte permet au compositeur de convoquer ses deux héros. Gustav Mahler apparaît dans le 3e mouvement, décrivant l’occupation allemande de Paris, moment d’une grande tension, dont les harmonies font penser à la 10e Symphonie du compositeur morave. Chostakovitch est omniprésent, avec le thème de la « symphonie de guerre », qui permet à Hétu un scherzo déchaîné (2e mouvement) et lui donne l’idée, au début de l’oeuvre, d’employer un motif musical récurrent, procédé utilisé par le Russe à la fin son ultime symphonie. Mais la prouesse de Jacques Hétu est de tenir le pari d’un finale choral qui ne tombe jamais dans le kitsch.

La création québécoise de la 5e Symphonie a eu lieu en juillet 2010 au Festival de Lanaudière par l’Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Yoav Talmi. Jean-Marie Zeitouni l’a ensuite dirigée à Edmonton en 2017 et Jean-Michel Malouf au Saguenay en avril 2019. Jacques Hétu est mort le 9 février 2010. Un chef s’en est souvenu et, pour marquer les dix ans de sa disparition, presque jour pour jour, dirigera son chant du cygne.

Orchestre Métropolitain

Hétu : Symphonie n° 5. Mozart : Grande Messe en ut mineur. Carolyn Sampson, Julie Boulianne, Jonas Hacker, Philippe Sly, Choeur et Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Jeudi 6 février au Centre national des arts d’Ottawa à 20 h et vendredi 7 à la Maison symphonique de Montréal à 19 h 30.