Charles Richard-Hamelin: pianiste à remonter le temps

Entendre Charles Richard-Hamelin dans des répertoires désormais de plus en plus variés permet, grâce au chaînon manquant Beethoven, d’éclairer un portrait surprenant de l’artiste.
Photo: Antoine Saito Entendre Charles Richard-Hamelin dans des répertoires désormais de plus en plus variés permet, grâce au chaînon manquant Beethoven, d’éclairer un portrait surprenant de l’artiste.

Quelle judicieuse idée de la part d’Alain Trudel, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Laval, d’avoir invité Charles Richard-Hamelin à jouer les Concertos nos 3 et 5 de Beethoven lors de cette première édition de son Festival classique hivernal. La programmation simple et claire, la brochure conviviale n’avaient pas suffi à remplir tout à fait la salle André-Mathieu samedi soir, alors que la 9e Symphonie du dimanche après-midi s’annonçait prise d’assaut.

Entendre Charles Richard-Hamelin dans des répertoires désormais de plus en plus variés permet, grâce au chaînon manquant Beethoven, d’éclairer un portrait surprenant de l’artiste. Alors que son interprétation du 1er Concerto de Brahms fuit toute épaisseur et renferme beaucoup de la spontanéité de Schumann, alors que son disque des Concertos nos 22 (K. 482) et 24 (K. 491) de Mozart tire ces partitions, les plus pré-beethovéniennes de leur compositeur, vers un univers transparent et convivial qui marque les Concertos K. 413-415, héritiers de Bach et de ses fils, on se retrouvait, samedi, avec un 3e de Beethoven d’une texture très post-mozartienne.

De fait, avec le pianiste québécois, chaque concerto de la sphère esthétique germanique ou viennoise semble plus conscient d’où il vient que de ce qu’il annonce. Charles Richard-Hamelin va grandir dans le 3e Concerto de Beethoven (qui est déjà très réussi) comme il a grandi dans le 1er de Brahms. Dans le phrasé : qu’est-ce qui est chanté et qu’est-ce qui est plus vertical et affirmatif ? Amalgamer ces choix-là forgera à terme une interprétation dont il sera fascinant de suivre l’évolution.

Dès l’introduction de ce 3e Concerto, il était clair qu’Alain Trudel n’avait pas menti en vantant le travail de préparation acharné en répétition préludant à ce festival. Rien n’était laissé au hasard : les dosages des pupitres, l’écoute des bois avec le piano, le superbe retour de l’orchestre après la cadence du 1er mouvement… La salle André-Mathieu ne pardonne absolument rien puisqu’on entend tout ce qui se passe sur scène de manière quasi clinique. L’orchestre, dans lequel on retrouve une part non négligeable de membres du Métropolitain, s’est montré très fiable.

Ces qualités de découpe, de netteté sans brutalité et de circulation des phrases se sont retrouvées dans une Symphonie héroïque très bien architecturée et très logique dans ses rapports de tempos. Des ennuis de santé ponctuels nous ont, hélas, obligés à quitter la salle à l’issue de la Marche funèbre, mais il était alors très clair qu’Alain Trudel avait remporté haut la main son pari d’apporter la musique à tous dans les meilleurs standards de qualité et avec un vrai enthousiasme qui devrait conquérir à Laval et alentour un public grandissant.

Festival classique hivernal de Laval

Concert 3. Bee-thoven : Concerto pour piano n° 3. Symphonie n° 3 « Héroïque ». Charles Richard-Hamelin (piano), Orchestre symphonique de Laval, Alain Trudel. Salle André- Mathieu, samedi 1er février 2020.