Très impressionnant Quatuor danois

Il s’agissait du premier concert à Montréal du Quatuor danois.
Photo: ECM Il s’agissait du premier concert à Montréal du Quatuor danois.

Le Quatuor danois a propulsé jeudi soir l’intégrale des quatuors de Beethoven de la salle Bourgie, qui occupera six concerts jusqu’à dimanche soir, à des niveaux que les trois autres formations mobilisées (Brentano, Escher, Rolston) auront bien du mal à égaler.

Le Quatuor danois, qui entamait ce cycle, est le plus huppé. Il s’agissait du premier concert à Montréal de cet ensemble qui s’est fait remarquer à travers plusieurs parutions sur étiquette ECM. Hors Montréal, les Danois se sont déjà produits chez nous, au Club Musical de Québec en novembre 2018.

La configuration du groupe, cette semaine, était quelque peu particulière, puisque l’altiste habituel, Asbjørn Nørgaard, en congé parental, était remplacé par Stine Hasbirk. C’est à cette substitution que l’on devait de ne pas avoir au programme un quatuor de jeunesse, un quatuor médian et un des derniers quatuors, le format traditionnel des concerts de la série. L’excellente Stine Hasbirk, membre de l’Orchestre de l’Opéra de Copenhague, du Mahler Chamber Orchestra et du Cailin Quartet, est restée en terrain parfaitement connu (évitant les ultimes opus) afin de préserver le niveau de qualité de la réalisation. De fait, nous n’avons jamais entendu un quatuor avec un membre remplaçant ponctuel jouer avec une telle perfection et prise de risque.

La qualité du Danish String Quartet est effectivement très impressionnante. C’est en la matière ce que nous avons entendu de plus subjuguant depuis le concert du Quatuor de Jérusalem au Ladies’ Morning en mars 2018. Même la dernière présence des Artemis n’était pas de ce niveau.

Si chez les Artemis, l’une des références, si ce n’est la référence désormais, dans les quatuors de Beethoven (voir notre commentaire sur nos plateformes électroniques de la nouvelle intégrale discographique du Quatuor Miró: www.ledevoir.com/culture/musique/571937/classique-ludwig-van-beethoven), le centre de gravité musical est le violoncelliste (son départ récent risque de porter un coup fatal à l’ensemble), chez les Danois tout naît du tandem de violonistes, qui œuvre comme des siamois musicaux. Interchangeables, ils alternent au poste de 1er violon. Ce duo dicte les impulsions, les textures (admirable jeu de non vibrato dans l’introduction de l’Opus 59 no 3), les dosages, les silences (la Maliconia de l’Opus 18 no 6).

Ce qui distingue les Danois, c’est ce qui faisait le prix des Prazak de la grande époque : une jubilation absolue de faire de la musique. Elle a trouvé sa quintessence dans l’allegro molto final d’un Quatuor op. 59 no 3 qui, à juste raison, a soulevé la salle.

À part de minimes chutes de tension du 1er violon dans le mouvement lent de ce même quatuor et un premier volet de l’Opus 18 no 6 en forme de tour de chauffe, le concert fut un plaisir constant au niveau du galbe sonore (mouvement lent de l’Opus 18, qui a carrément suscité un « Bravo ! » irrépressible et sincère), de la cohésion, de la justesse d’ensemble, des textures, et une poigne ni agressive ni acide. Bref un plaisir, comme on l’avait ressenti avec les Dover, invités du Festival de musique de chambre.

Pourvu que les Brentano relèvent le défi ce soir !

Beethoven 2020

Les Quatuors à cordes (Concert 1). Danish String Quartet. Quatuors op. 18 n° 6, op. 59 n° 2 et op. 59 n° 3. Salle Bourgie, jeudi 30 janvier 2020.