Des horizons plus lumineux pour Mon Doux Saigneur

Le plus frappant à l’écoute du nouvel album de Mon Doux Saigneur, c’est le plaisir et la connivence qui s’y expriment.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le plus frappant à l’écoute du nouvel album de Mon Doux Saigneur, c’est le plaisir et la connivence qui s’y expriment.

« Je suis un introspectif à la base », avoue Emerik St-Cyr Labbé, mieux connu sous son nom de scène Mon Doux Saigneur depuis son passage au concours les Francouvertes en 2016. « C’est un challenge pour moi de chanter. J’adore la guitare depuis toujours ; chanter en jouant de la guitare, ça fait beaucoup en même temps. Mais aujourd’hui, je suis fier de chanter et de parler — même que mes musiciens m’approuvent et se reconnaissent dans ce que je dis. Ça fait des musiques qui vont de pair avec les mots, et je ne pourrais être plus heureux d’être ainsi entouré » au moment de présenter à ses fans Horizon, un attendrissant et lumineux deuxième album qui sent bon la Californie et le folk rock seventies.

Le mot « ami » revient souvent dans la conversation avec Emerik St-Cyr Labbé. Horizon, son nouvel album, « risque de donner un concert plus personnel, et amical aussi. On se connaît de plus en plus, les musiciens et moi, on fait une musique qui nous ressemble de plus en plus. Grâce à ça, les doutes disparaissent. On s’affiche plus comme un groupe, aussi. Ça nous donne hâte pour la suite, qui s’inscrit dans un contexte plus festif, je dirais. »

Je voulais des tounes simples, mais en même temps un peu plus frontales

Il prend bien soin de les nommer, les amis. En plus des musiciens, il y a Marianne Boucher, qui a réalisé la production vidéo des images présentées la semaine dernière lors de la session d’écoute de ce nouvel album, au Cinéma Moderne, certaines tournées en Californie, d’autres dans le décor « lunaire » des îles de la Madeleine par Jérémie Boivin. Estelle Frenette-Vallière, éclairagiste de ses concerts. Anthony Montreuil, « un ami humoriste, grand improvisateur », qui l’aidera à scénariser le spectacle à venir. Pier-Philippe Rioux, qui a conçu la pochette du disque façon « années 1970, avec les crédits vraiment détaillés où tout est noté, qui joue quoi, une vraie pochette rétro. » Les co-réalisateurs Jesse Mac Cormack et Tonio Morin-Vargas, « qui ont vraiment donné un cachet spécial à ces chansons, un cachet qui nous ressemble ». Noémie Laniel, sa blonde, sa gérante depuis trois ans.

L’Horizon d’Emerik est radieux grâce à eux. « Tout a été fait de façon communautaire », dit le musicien. Ce disque touchant, groovy et poétique est comme un généreux mot de remerciement à leur endroit, avec ses guitares abondantes et ses références nourrissantes, le blues du Sahel, un soupçon de country, un autre de soft rock sur L’eau, puis sur la belle Patience, la prosodie de Jean Leloup (Horizon, lourde mais pleine d’espoir), en passant par le folk-rock psychédélique de la côte ouest et l’impeccable fougue de The Band.

« Ben oui !, s’exclame Emerick St-Cyr Labbé. On a vraiment beaucoup écouté The Band dans l’auto, mon batteur m’en parlait tout le temps et c’est cette année que ça m’a piqué. C’est fou tout ce qu’on découvre entre amis, sur les longues distances. La route nous soude incroyablement. The Band, c’est de la musique qui ne se dénature pas. Je suis content d’avoir fait un disque comme ça, guitaristique, bluesé, qui reste proche des mains artisanes de ces musiciens, de notre esprit de groupe. Puisqu’on a tous tripé sur The Band, on va même essayer d’intégrer leur genre d’harmonies vocales en concert. »

Changement de ton

 

Le plus frappant à l’écoute d’Horizon, c’est le plaisir et la connivence qui s’y expriment, lorsque le premier album de Mon Doux Saigneur (2017) paraissait parfois étouffant, en tous cas plus accablant, jusque dans sa poésie plus difficile à saisir. « Je voulais des tounes simples, mais en même temps un peu plus frontales, réagit Emerik. Je me suis aussi efforcé de rendre les textes plus universels pour qu’on puisse les écouter encore longtemps. »

« On ne passera pas à côté du fait que j’avais perdu mon père peu avant d’enregistrer mon premier disque », enchaîne le musicien. « J’étais aussi dans une espèce de tourbillon : Est-ce que je vais signer un contrat de disque ? Est-ce que je vais être bon ? Est-ce que je vais être capable ? Mes amis musiciens m’avaient alors compris, on a fait un album merveilleux teinté de toutes sortes de choses, très dense, presque lourd. Là, c’est un disque qui respire, un disque qui touche à la lumière. »

Au moment de faire ce premier album, « j’étais plutôt à coté du moi que j’aimerais être à tous les jours — c’est-à-dire plein d’enthousiasme. Aujourd’hui, on dirait que j’ai réussi à me projeter vers l’avant. Mes [nouvelles] chansons se sont dessinées en pensant beaucoup à l’été, à ce que je veux faire dans la vie, à comment j’ai envie de me sentir sur un stage. Je trouve qu’elles suivent bien cet ordre émotif, qui m’a traîné à terre, puis dans des élans de joie et des moments de facilité. Cet album représente bien ça. Je ne me sentirai jamais mal de chanter ces chansons-là. Y’a pas de désespoir dans ce disque, y’en avait plus avant, sans doute. J’ai toujours eu foi en — comment dire… —, en la béatitude. La paix. »


Horizon

Mon Doux Saigneur, Grosse Boîte

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