Les amitiés antidérapages de Mat Vezio

Le concert de samedi de Mat Vezio sera plus proche du «mur du son» que de la délicatesse, dit-il en rigolant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le concert de samedi de Mat Vezio sera plus proche du «mur du son» que de la délicatesse, dit-il en rigolant.

Il a beau être assis dans son café de quartier, à deux pas de son appartement de Notre-Dame-de-Grâce, le musicien Mat Vezio se raconte à voix basse. Non sans générosité, mais sans vouloir être trop sous la lumière — son port d’un veston orange est en ce sens un geste intentionnel mais contre nature.

Par exemple, il aura fallu un bon 20 minutes d’entretien pour que le chanteur de 36 ans parle de l’« accident » qui se cache derrière ses deux disques. Son plus récent, Garde-fou, paru en octobre, s’est taillé une place dans le top 15 des albums québécois de 2019 du Devoir grâce à ses chansons faites d’une pop érudite et mélodique.

Et encore, son choix de mot en dit long sur lui. Accident. Mais encore ? On creuse un peu. « J’ai été tabassé et séquestré dans un appartement de Montréal. » Oh. Témoin d’un vol, il a naïvement rattrapé les vilains, qui l’étaient visiblement plus qu’il pensait.

L’incident qui s’est déroulé il y a quelques années a laissé des traces, qui étaient plus patentes sur le premier disque de Vezio Avant la mort des fleurs cueillies, explique-t-il. Et qui sont revenues par la bande sur son deuxième disque, qu’il défendra samedi au Verre bouteille dans le cadre du Taverne Tour.

Il y a toutes sortes d’amitiés, qui partent, qui restent, mais l’amitié, c’était central dans le fait que je n’ai pas dérapé

« J’avais été très introspectif dans le premier album, c’était très proche de cet accident-là. Quand est venu le temps d’écrire Garde-fou, je me suis dit que j’allais plus raconter des histoires, explique Vezio. Mais après, je me suis rendu compte que par l’entremise des histoires, je me racontais aussi là-dedans. Au final, je suis plus impliqué que je pensais ! »

Au fil des neuf chansons du disque se trouve un point commun : l’amitié. C’est qu’après le triste incident, Mat Vezio, en choc post-traumatique, a eu du mal à faire confiance à ses proches, et se refermait sur lui-même. Mais il a vu après coup que plusieurs de ses amis, comme son réalisateur Navet Confit, étaient restés fidèles, présents pour lui. D’où le titre Garde-fou.

« Il y a toutes sortes d’amitiés, qui partent, qui restent, mais l’amitié, c’était central dans le fait que je n’ai pas dérapé », raconte celui qui reprend en fin de disque le titre L’amitié, de Françoise Hardy. « S’il me reste un ami qui vraiment me comprenne / J’oublierai à la fois mes larmes et mes peines », y chante-t-elle d’ailleurs.

Visages et virages

Au fil de leur création, les nouvelles chansons de Mat Vezio ont pris plusieurs visages, voire plusieurs virages. Il y a donc différents filons qui se côtoient : une approche épurée ici, une touche plus grunge par là, presque gospel ailleurs. Sans compter qu’un quatuor à cordes enjolive le disque avec beaucoup de tempérament.

L’autre point commun de tout ça ? Des mélodies travaillées. Pas dans le sens que les morceaux sont des hymnes commerciaux dignes du top 40. Mais il ne manque pas de crochets sur Garde-fou, notamment sur la pièce Héroïne, très Cohen dans le genre.

« J’ai tellement l’impression de faire de la pop comme musique. Mais les gens, le public… je me fais dire que c’est spécial, que c’est plus poussé, ou différent, ou marginal. Mais j’ai tellement pas cette impression-là. » À preuve, deux de ses chansons, Lifeguard et Marjorie Kelly, ont trouvé une place sur les ondes d’Énergie.

Il se réjouit de cette diffusion, d’autant que les contrats de spectacles sont difficiles à obtenir. Les salles y vont souvent avec des valeurs sûres, souvent des humoristes, explique Mat Vezio. Des concerts, c’est ce qu’il voudrait faire, et sur une base plus régulière.

Le musicien avoue lui-même que comme ancien batteur (avec notamment Mille Monarques et Dany Placard), il a dû se « réapproprier la géographie de la scène » pour ses concerts en tête d’affiche. « Je m’étais développé une espèce de personnage sur scène qui est un peu maladroit. Ça m’a permis de développer le contact avec le public, de lui parler. Là, mon offre est plus centrée sur la musique », explique-t-il.

On revient au Mat Vezio discret du début. Qui dit ne pas être du type à prendre toute la place « et tout défaire autour ». D’où son veston orange du jour, mais aussi les habits verts fluorescents qu’il porte sur la belle pochette de Garde-fou — une photo prise en Islande par sa copine. « Comme je ne suis pas complètement extraverti, ça vient forcer le regard sur moi pour que les gens puissent porter attention à ce que je dis. »

Son concert de samedi sera toutefois plus proche du « mur du son » que de la délicatesse, rigole-t-il. « On a remplacé les cordes par le fuzz » des guitares. « C’est moins un projet léché, c’est plus des rapides avec beaucoup de roches ! » Et vogue la galère.

Mat Vezio présentera son album Garde-fou au Verre bouteille, samedi 1er février, dans le cadre du Taverne Tour.