Un autre tandem gagnant

Ce disque-ci est encore plus singulier que son prédécesseur, car il associe un piano «moderne» de Charles Richard-Hamelin (à droite) à un orchestre mené par Jonathan Cohen qui simule un jeu dit «historiquement informé».
Photo: Elizabeth Delage Ce disque-ci est encore plus singulier que son prédécesseur, car il associe un piano «moderne» de Charles Richard-Hamelin (à droite) à un orchestre mené par Jonathan Cohen qui simule un jeu dit «historiquement informé».

Après le succès des concertos de Chopin, le nouveau disque orchestral de Charles Richard-Hamelin est promis aux mêmes honneurs. Le CD regroupant les Concertos nos 22 et 24 de Mozart, qui paraît vendredi chez Analekta, associe le pianiste québécois aux Violons du Roy et à leur chef Jonathan Cohen.

En fait, ce disque-ci est encore plus singulier que son prédécesseur, car il associe un piano « moderne » à un orchestre mené par Cohen qui simule un jeu dit « historiquement informé », c’est-à-dire avec des effectifs réduits et faisant un usage fort parcimonieux, voire inexistant, du vibrato, ce dont on se rend bien compte dans les mouvements lents.

Hors de l’analyse, l’autre traduction sonore évidente de cet état de fait est une balance qui octroie une présence et un rôle bien plus important aux instruments à vent. Il résulte de cet état de fait une atmosphère de musique de chambre beaucoup plus qu’une image traditionnelle de concerto au sens du « piano face à un orchestre ».

La magie des cadences

On a coutume de dire que ces deux concertos sont les plus « pré-beethovéniens » de Mozart. L’esthétique choisie les laisse dans le camp de Mozart, mais avec une puissance dramatique qui les rapproche de Don Giovanni. Tout cela est patent dès l’introduction du Concerto K. 482, magistrale.

Nous avons maintes fois remarqué qu’il est très difficile d’équilibrer un piano moderne et Les Violons du Roy. Le piano sonne souvent trop gros et on se prend à souhaiter que le soliste use d’un pianoforte. Il n’en est rien ici et il faut louer à la fois le technicien Marcel Lapointe et le preneur de son Carl Talbot, qui ont oeuvré au Palais Montcalm de Québec en juillet 2019.

Cette superbe alchimie du moderne et de l’ancien qui fait la singularité de cette nouvelle proposition, par rapport, par exemple, à une « version de référence » beaucoup plus symphonique et classique comme celle d’Ivan Moravec et Neville Marriner (Haenssler).

Mais il y a une autre surprise de taille, ici : les cadences. Ces improvisations pour piano seul intervenant à la fin des mouvements ont été composées par Charles Richard-Hamelin lui-même pour les volets I et III du 22e Concerto et le 1er mouvement du 24e Concerto. Lorsque le pianiste avait interprété le 22e Concerto en concert en 2017, nous avions écrit : « Charles Richard-Hamelin possède un instinct mozartien rare et précieux, qu’ont prouvé ses propres cadences, dont une assez aventureuse du 3e mouvement, qui rappelait l’audace déployée par André Previn dans sa lecture du Finale du 20e Concerto. »

Cette expérience concertante mozartienne, que nous avions qualifiée à l’époque de « révélation bouleversante, à faire monter les larmes aux yeux » n’était qu’un galop d’essai par rapport à la renversante cadence du 24e Concerto que nous ne connaissions pas avant l’écoute de ce CD. Toutes les autres qualités demeurent : un son, un galbe des phrases, un sens des équilibres, une conception des dynamiques et une hauteur de vue qui nous renvoient à de grandes références que sont Clifford Curzon ou Ivan Moravec.

À 30 ans, Charles Richard-Hamelin est déjà un trésor national !


Mozart

★★★★ 1/2

Concertos pour piano nos 22 et 24 (K. 482 et 491). Charles Richard-Hamelin, Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Analekta AN 2 9147.