Placard sur un «buzz» de Pink Floyd

Fier de son disque et des thèmes qu’il porte, Dany Placard ne croit pas que son approche sans compromis, aussi tripante soit-elle, doit être lue comme un certain abandon de l’espoir d’un succès, disons, populaire.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Fier de son disque et des thèmes qu’il porte, Dany Placard ne croit pas que son approche sans compromis, aussi tripante soit-elle, doit être lue comme un certain abandon de l’espoir d’un succès, disons, populaire.

« On le fait, on le fait ! » Installé au petit îlot de sa cuisine rosemontoise qui frise le vintage, Dany Placard s’emporte presque en racontant à quel point ses musiciens et lui n’ont pas refréné leurs ardeurs musicales en créant le douzième disque du barde barbu. L’album s’intitule J’connais rien à l’astronomie et s’inspire sans vergogne du psychédélisme de Pink Floyd.

« C’est un album où j’ai fait zéro compromis », dit Placard, qui en a partagé la réalisation avec deux de ses proches acolytes, Nicolas « Bobo » Beaudoin et Benoît Bouchard. « On a tellement ri, on s’est tellement fait triper, c’était comme si on avait 16 ans. »

Habitué du folk, du western mais aussi du rock plus lourd, Placard s’est imbibé, pour la création de ses huit nouveaux morceaux, de l’énergie et des volutes de Pink Floyd, un groupe qu’il a beaucoup écouté jeune, mais qu’il « avait comme oublié ». C’est lors d’une tournée avec la chanteuse Laura Sauvage que la musique des Britanniques est remontée à la surface.

« Je pense qu’on est partis trois semaines, et en embarquant dans le truck, on a commencé avec le premier album de Pink Floyd. Et tout le long de la tournée, on a écouté toute la discographie en ordre chronologique, explique Placard. J’ai eu une révélation : OK, c’est ça que je veux faire, je suis jamais allé dans ces eaux-là. »

Déjà, le riff d’ouverture du nouveau disque évoque la pièce Another Brick in the Wall Pt. 1 de la bande à Waters. Le titre Pulperie est un peu comme du tie dye musical, et le morceau de neuf minutes Maman, en fin de disque, ne lésine pas sur les ruptures et les longs solos.

Par ailleurs, aucun synthétiseur datant d’après 1971 n’a été utilisé pour J’connais rien à l’astronomie — un titre clin d’œil à Astronomy Domine. « Bobo a toujours tripé sur Pink Floyd, il avait déjà pas mal les mêmes pédales d’effets que David Gilmour. Et moi, j’ai regardé des tutoriels pour me rendre compte qu’on avait tout ce qu’il fallait. »

C’est une année éparpillée. Mais l’histoire du disque se suit, c’est une forme d’album concept.

 

Quelques répétitions très libres, avec beaucoup de place aux improvisations, ont permis de façonner les — longs — titres du disque. Des amis sont venus faire les chœurs pour jouer le jeu jusqu’au bout. Le chanteur Dave Chose a participé, comme Julie Doiron (Eric’s Trip), la nouvelle copine de Placard. Si on en parle, ce n’est pas pour potiner, mais c’est que J’connais rien à l’astronomie raconte une histoire en montagnes russes, à l’image des derniers mois de la vie personnelle de Placard. Le jour de l’entrevue, il revenait aussi du Nouveau-Brunswick, où vit Doiron. « C’est une année éparpillée, concède Placard. Mais l’histoire du disque se suit, c’est une forme d’album concept. C’est fait dans les règles de l’art d’un vieil album concept progressif ! »

La porte d’entrée, au bout du corridor, claquera deux fois pendant la discussion, lors du retour de l’école de ses deux garçons. Jules, le plus vieux, a réalisé les photos de presse de Placard, tandis que leur mère, Sarah Marcotte-Boislard, a conçu la très colorée pochette. « C’est familial, on reste une équipe », confie Placard.

Fier de son disque et des thèmes qu’il porte, Dany Placard ne croit pas que son approche sans compromis, aussi tripante soit-elle, doit être lue comme un certain abandon de l’espoir d’un succès, disons, populaire. L’ancien leader de Plywood 3/4 a par exemple créé des versions courtes de ses longues pièces pour que les radios puissent entrer dans la danse.

« Je pense que ce que les gens veulent de moi, c’est que je sois sincère et que je ne fasse pas de compromis, croit Dany Placard. Il y a ben des gens qui tripaient sur Raccourci [lancé en 2008], qui ont entendu des tounes de J’connais rien à l’astronomie et qui m’ont dit : “OK, j’embarque, même si c’est pas ce que j’aime le plus de toi.” C’est un autre Placard, mais c’est moi pareil. Quand c’est fait de manière sincère, tout peut passer. »

Surtout quand sa plume — parfois trempée dans le LSD — reste aussi franche que sur Maman, la pièce finale qui sert de conclusion à une année de hauts et de bas : « Tes yeux me font sentir maman / Pareil comme si j’avais seize ans / Non j’ai plus de traces d’asphalte dans la face / J’me couche de moins en moins en boule dans l’bain / Ça va ben aller maman. »

42 minutes tapantes

Avec J’connais rien à l’astronomie, Dany Placard livre un disque de huit titres qui cumulent 42 minutes de musique, soit la durée d’un 33 tours. « Ç’a été calculé pour un vinyle, assure le chanteur. La pièce Too Late, qui commence la deuxième partie, je l’ai faite parce qu’il me manquait deux minutes sur la face B. Et c’est super parce qu’elle a une ambiance différente, parfaite pour commencer l’autre côté du vinyle. »

J’connais rien à l’astronomie

Dany Placard, Simone Records. Déjà en magasin.