Ça grouille pour Clay and Friends

Le «Friends» de Clay and Friends est inclusif: il n’y a pas de limite au nombre d’amis. De la même façon qu’il n’y a pas de limites identifiables à leur musique: c’est hip-hop, soul, funky, jazzy, maghrébin, africain, haïtien et québécois.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le «Friends» de Clay and Friends est inclusif: il n’y a pas de limite au nombre d’amis. De la même façon qu’il n’y a pas de limites identifiables à leur musique: c’est hip-hop, soul, funky, jazzy, maghrébin, africain, haïtien et québécois.

Une belle équipe. Ils sont comme dans le clip de la chanson Going Up the Coast.Unis, souriants, différents, bariolés, conscients de la force de leur alliance et de la diversité des apports. Ils respirent la saine camaraderie et l’ouverture d’esprit. Au civil, ils ont des prénoms pas spectaculaires, un Clément, un Pascal, un Émile, un Adel, un Mike. Dans leur incarnation de groupe, Clément le guitariste est Pops, Émile le claviériste est Alvaro, Pascal le bassiste est KILLAH B, Adel le « beatfaiseur » est Poolboy et Mike est Mike. C’est lui le Clay de Clay and Friends, celui qui chante, scande, hachure les textes qu’il signe.

Tous, ils sont à la fois relax et intenses, agréables et pros. Leur premier EP a déjà sept ans dans les dents, les spectacles ne se comptent plus tellement il y en a eu. Et chaque spectacle est caractérisé par la volonté de « ne laisser personne indifférent ». La citation peut être attribuée à tout le groupe : c’est venu de partout autour de la table. Cri de ralliement. Règle d’or au sein du groupe et dans le rapport du groupe au monde. La joie doit être contagieuse, la pertinence, toujours au rendez-vous, l’évolution, constante, l’appétit, jamais rassasié. Cinq éponges, cinq têtes fortes, cinq joyeux aventureux.

Sortir de l’impasse

Joyeux ? « Woh là, non mais tu penses quoi ? / La vie c’est facile ? Nah… » répète Clay dans Roméo, la chanson qui s’impose aux premières écoutes de Grouillades, leur premier disque entièrement francophone, qui paraît très exactement un an après La Popular Musica de Verdun, surtout anglo (comme le titre ne l’indique pas). « J’voulais être somebody / Mais j’suis devenu personne », dit-il dans cette chanson qui balance doucement, soulful et faite pour être entonnée à plusieurs milliers même si ça évoque un moment d’impasse. Clay and Friends voudraient composer de la musique morose qu’ils n’y arriveraient pas. Un brin de mélancolie, un zeste de tristesse, tout au plus.

« Il s’est passé beaucoup de choses depuis l’écriture de cette chanson-là », note Pascal. « C’était un constat, ajoute Adel. On était un groupe d’amis, un band actif non-stop. On se sentait arrivés à un vrai bon niveau, mais on ne récoltait pas les fruits de ce travail. La chanson parle de ça, de l’impression d’aller nulle part. La chanson était enregistrée quandGoing Up the Coast s’est mise à vraiment lever. » La nouvelle vient de tomber : le groupe sera à Osheaga, le soir des Foo Fighters et de Leon Bridges. Clay and Friends, littéralement, sont en pleine « montée de la côte ». Groupe pour le plaisir encore et toujours, mais Rubicon franchi, passé du côté du succès.

Les vérités qui se touchent

« Souvent, on enregistre en live, précise Mike. Ça témoigne d’un état, d’un moment. Et ce n’est pas parce qu’on vit autre chose maintenant que ce moment, cet état, n’ont pas existé. Je pense que chacun vit des moments où ça tourne en rond, où ça ne débouche sur rien. Et je pense que le fait que les gens entonnent la chanson aussi fort avec nous en spectacle, c’est parce que notre vérité touche la leur. » C’est l’autre leitmotiv du groupe : établir la même qualité de contact sans filtre avec les fans qu’entre eux cinq. « Quand on jouait au Bleury toutes les semaines, se rappelle Clément, on était dans la face des spectateurs, il n’y avait pas de distance entre eux et nous. Cette proximité-là, cette vérité partagée, on la veut encore à chaque spectacle, même dans un gros festival. »

Tous les groupes disent ça, direz-vous. Mais ces « grouillades » (mot haïtien qui évoque des pieds qui chatouillent, la naissance du désir de bouger) ne peuvent pas être induites artificiellement : ça se passe, ça arrive, ça lève, ça chante, ça danse. Le « Friends » de Clay and Friends est inclusif : il n’y a pas de limite au nombre d’amis. De la même façon qu’il n’y a pas de limites identifiables à leur musique : c’est hip-hop, soul, funky, jazzy, maghrébin, africain, haïtien et québécois. On pense à Tassez-vous de d’là, des Colocs. Propos dur mais vrai, reggae mêlé de wolof, sing-along imparable, la fête et le partage envers et contre tout, c’est dans la parenté. « On est loin d’être rendus à ce niveau-là, relativise Mike. Mais oui, je pense qu’on souhaite autant que notre musique soit enrichie par d’autres musiques, par ce qu’on vit, par les rencontres. » Tout le monde est bruyamment d’accord, la tablée lévite, la voix d’Émile se détache : « On l’a senti en Europe dans tous nos shows qu’il se passait quelque chose. On rejoignait des gens qui ne nous connaissaient pas du tout. »

La musique de Clay and Friends est à la bonne place, s’ébroue dans un lieu jouissif, là où la liberté et la structure se font des mamours. « Ça s’est fait à force de jammer. Ça fait des Frankenstein au début, des constructions un peu montrueuses », décrit Pascal. Rigolade autour de la table. Clément clarifie : « Pour moi, c’est de l’influence réciproque, c’est l’énergie spontanée freestyle-beatbox d’Abel et Clay qui a mis en jeu la formation plus académique d’Émile, Pascal et moi, qui avons fait le secondaire en musique, le cégep en musique. Ça a pris du temps pour trouver l’équilibre, mais quand on y est arrivés, ça ressemblait juste à du Clay and Friends. Et une fois là, ça demandait juste à être nourri par d’autres influences encore. Et c’est pas fini. »

Sensation de jubilation multipliée par cinq. Un peu plus et le frottement des dix mains sur la table faisait des flammèches et boutait le feu. Ils ont une répétition le soir même : les spectacles s’en viennent, ça va chauffer. « On a confiance, déclare Mike. Et les gens tout autour nous font confiance. C’est l’un des plus beaux points de l’histoire de Clay and Friends. Les programmateurs sont venus nous voir jouer et ils ont eu les pupilles de la taille de Jupiter… C’est grâce à eux qu’on va faire Osheaga, merci. »

 

Grouillades

Clay and Friends, Indépendant. En spectacle au Club Soda le 6 février, au Zaricot de Saint-Hyacinthe le 7 et à L’Impérial de Québec le 8.