Beethoven s’en vient en ville

Alain Trudel, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Laval
Photo: André Chevrier Alain Trudel, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Laval

Montréal et Laval célèbrent le 250e anniversaire de naissance de Beethoven avec des séries de concerts débutant respectivement jeudi et vendredi. Une expérience immersive revisitant, d’une part, les symphonies du monument et, d’autre part, ses quatuors.

Vous avez peut-être vu une brochure affichant Beethoven avec une tuque rouge. Elle annonce le premier Festival classique hivernal de Laval. Ludwig, assis dans la salle André-Mathieu, y déclare sur Instagram : « Malgré mon audition… quelle acoustique ! » Le grand compositeur se dupliquera et testera aussi celle de la salle Bourgie, qui présentera au même moment et en six concerts une intégrale des Quatuors à cordes.

Ne pas se prendre au sérieux

Alain Trudel, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Laval, assume le ton décomplexé de la campagne de promotion qui amuse. L’intitulé du Festival est un clin d’oeil à la « Classique hivernale » de la LNH : « La personnalité de l’orchestre est un peu comme la mienne : nous essayons de créer l’excellence, mais voulons que le public soit à l’aise de venir assister au concert. Ce que nous faisons est sérieux, mais nous ne nous prenons pas au sérieux », dit-il au Devoir.

Ce nouveau festival n’est pas un coup ponctuel : trois éditions sont planifiées « avec un compositeur dominant et des idées alentour ». La brochure est le fruit d’un travail d’équipe : « Nous sommes quatre personnes. Il n’y a pas de comité à passer. Nous nous réunissons et échangeons nos idées. »

Soucieux de s’adresser aux familles, Alain Trudel ira rencontrer le public dans les bibliothèques et s’amuse d’un côté d’avoir « un Beethoven qui va patiner avec les gens ». Les familles seront surtout attendues le dimanche, avec un conte musical le matin et la 9e Symphonie en après-midi. Alain Trudel a aussi programmé en après-midi, samedi, le Concerto l’Empereur, avec Charles Richard-Hamelin, et la 7e Symphonie. « Le répertoire plus costaud, j’ai mis cela en soirée : les 5e et 6e Symphonies vendredi et la 3e Symphonie samedi. »

Ce que nous faisons est sérieux, mais nous ne nous prenons pas au sérieux

Dans les coulisses, tout cela représente beaucoup de travail : « Nous ne faisons pas ça à la va comme je te pousse dans les quatre jours avant. Nous nous sommes mis beaucoup de répétitions en deux semaines. » Le chef tient à souligner que le festival en lui-même est en grande partie le legs de Marie-Pierre Rolland, l’ancienne directrice générale, partie depuis aux Petits Chanteurs du Mont-Royal.

L’ivresse des intégrales

À la salle Bourgie, Isolde Lagacé, la directrice de la Fondation Arte Musica ne pense pas que le public lavallois chevauchera réellement celui de son intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven en six volets entre jeudi et dimanche soir, avec deux concerts samedi et dimanche. L’idée prend sa source non dans le phénomène de « binge-watching » de séries télévisées, mais dans le projet « Haydn 2009 » d’une intégrale des quatuors de Haydn qu’Isolde Lagacé avait réalisée au Musée des beaux-arts. C’était avant l’ouverture de la salle Bourgie. « J’avais gardé cela en tête et j’avais envie de refaire cette expérience. Pour Beethoven, je voulais faire les Sonates pour piano et les quatuors à cordes. Je suis folle des intégrales, car les oeuvres se mettent en lumière les unes les autres. C’est comme pour un cinéaste. Quand on voit tous ses films, on reconnaît sa manière, et cela nous aide à comprendre. »

Après avoir pensé distribuer les sonates à plusieurs pianistes et les quatuors à un seul ensemble, Isolde Lagacé s’est décidée à confier les sonates à Louis Lortie et à partager les Quatuors entre les Danois, grand quatuor international dont ce sera le premier concert à Montréal ; les Brentano, qui avaient participé à Haydn 2009, les Canadiens du Quatuor Rolston et le jeune et très en vue Quatuor Escher.

Pour l’heure les amateurs de « binge quatuors » qui ont souscrit à la série au complet ne se bousculent pas encore au portillon : « Nous avons une très grande offre, mais une très grande offre de qualité, et celle-ci ne s’est pas vraiment démarquée pour l’instant », reconnaît Isolde Lagacé. Par contre, « le public a sauté sur les Sonates pour piano : les concerts de Louis Lortie seront tous complets ». Il reste quelques jours pour passer de la curiosité à l’engouement : « Quand on fait des choses comme cela, on teste et on se réajuste. J’aurais pu ne pas faire l’intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven, mais j’ai la salle pour cela ! »

Festival classique hivernal de Laval // Intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven

Du 31 janvier au 2 février. 4 grands concerts et de nombreuses activités. // À la salle Bourgie. Du 30 janvier au 2 février. 6 concerts.