Billie Eilish couronnée aux Grammy Awards

Billie Eilish
Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse Billie Eilish

« Cette soirée est pour Kobe », a déclaré en début de soirée Lizzo, lauréat de trois des huit prix pour lesquels elle était en nomination hier soir, lors de la 62e cérémonie des Grammys. Une cérémonie en dents de scie assombrie par le décès, plus tôt en journée, d’un des plus importants athlètes de l’histoire moderne du basketball, Kobe Bryant, des Lakers de Los Angeles, et au cours de laquelle les nouvelles stars de la pop, Lil Nas X, Tyler, the Creator et Lizzo se sont partagé les distinctions, Billie Eilish obtenant les plus importantes d’entre elles.

Ce fut donc la soirée de la jeune sensation pop alternative Billie Eilish, qui, à 18 ans seulement, passait déjà à l’histoire en devenant la plus jeune artiste à être nommée dans les quatre plus importantes catégories de la cérémonie. Elle les a d'ailleurs toutes remportées : Enregistrement et chanson de l’année (pour la chanson Bad Guy), Album de l’année (pour When We All Fall Asleep, Where Do We Go ?) et Nouvelle artiste de l’année. Une victoire énorme pour cette autrice-compositrice-interprète révélée par les réseaux sociaux.

Son frère Finneas O’Connell a aussi remporté deux trophées en solo et (surtout) reliés au succès de Billie, ceux de la Meilleur ingénierie sonore et du Meilleur réalisateur, pour ce qu’il a qualifié de « home made recording », un album enregistré dans sa chambre à coucher. Au milieu de la cérémonie, la performance sobre mais intense d’Eilish, accompagnée au piano par Finneas, de sa ballade When the Party’s Over, a révélé à la face du monde son franc talent d’interprète.

La contrepartie de ce succès est d’avoir mis à l’écart la chanteuse et rappeuse Lizzo. Avec huit nominations, la musicienne arrivait pourtant en tête de peloton ; elle est ressortie de l’expérience avec le prix de la Meilleure performance pop solo (Truth Hurts), de la Meilleure performance R & B traditionnelle (Jerome) et du Meilleur album urbain contemporain (Cuz I Love You), tous décernés lors du premier gala en après-midi. Elle a cependant ouvert le bal télévisé avec certes une nervosité palpable, mais surtout beaucoup de panache.

Côté rap, la soirée a davantage été marquée par la présence du trublion Tyler, the Creator que par Lil Nas X, pourtant l’auteur du succès-surprise de l’année, l’improbable hybride rap-country-pop Old Time Road. Partant avec six mises en nomination, Lil Nas X a bien remporté le Grammy de la Meilleure performance pop pour duo ou groupe grâce à Old Town Road (et celui du vidéoclip l’accompagnant) et a offert la plus absurde et colorée performance de la soirée accompagné des stars de la K-pop BTS, du chanteur country Billy Ray Cyrus et du vétéran rappeur Nas.

Or, c’est plutôt ce membre fondateur du collectif rap Odd Future, Tyler, the Creator, qui a brillé le plus fort, d’abord avec l’une des plus étranges et saisissantes performances présentées durant au début de la cérémonie, un assemblage de ses chansons Earfquake et New Magic Wand avec Boyz II Men, le vétéran soul Charlie Wilson et une mise en scène choquante et incendiaire. Assurément le moment le plus audacieux qu’on ait vu aux Grammys depuis longtemps.

Quant aux autres performances, elles allaient du plus élégant (brillante H.E.R., touchant mais fragile retour à la scène de Demi Lovato, l’Espagnole Rosalia et son numéro flamenco, Alicia Keys pour l’ensemble de son œuvre hier) au plus déplorable, un hommage à Prince fort terne mettant en vedette Usher, des Jonas Brothers dans un numéro poussiéreux et clinquant et la triste vision affaiblie de Steven Tyler d’Aerosmith, incapable de redonner vie au légendaire duo Walk This Way avec le groupe rap Run DMC.

Le tapis rouge des Grammys avait triste allure en début de soirée. Pendant le gala d’après-midi, les fans de Kobe Bryant convergeaient vers le Staples Center— le domicile des Lakers accueillant hier l’industrie musicale pour le gala télévisé — pour rendre hommage à leur héros disparu avec sa fille Gianna, 13 ans, lorsque son hélicoptère s’est abîmé en banlieue de Los Angeles. Au même moment, le gratin de l’industrie arrivait le cœur gros à l’aréna pour assister à cette soirée célébrant l’excellence en musique. Le défunt rappeur Nipsey Hussle, lui aussi originaire de Los Angeles et décédé au printemps dernier, a également fait l’objet d’un lumineux hommage rap-gospel mettant en vedette Meek Mill, YG, John Legend et Kirk Franklin ; Hussle a remporté ses deux premiers prix Grammys à titre posthume, Meilleure performance rap pour Racks in the Middle et Meilleure performance rappée / chantée pour Higher, avec DJ Khaled.

Après le théâtral numéro d’ouverture offert par Lizzo, Alicia Keys a tout de suite souligné le décès du prodige du basketball, qui a pris sa retraite du sport professionnel en 2018 après une vingtaine d’années de brillants services pour les Lakers. Après quelques mots, elle a offert une poignante version a cappella de It’s So Hard to Say Goodbye to Yesterday, un obscur succès Motown de 1975 popularisé par le trio Boys II Men, sur scène pour accompagner la maîtresse de cérémonie. Durant leurs propres performances, Run DMC et Lil Nas X ont également rendu hommage à Bryant.

Plus tôt en journée, une bonne quarantaine de prix ont été décernés lors de Première cérémonie. La Montréalaise d’origine guadeloupéenne Malika Tirolien et son groupe Bokanté ont vu Angélique Kidjo remporter le prix du Meilleur album de musiques du monde pour lesquelles ils étaient en nomination. On a également remis au groupe Vampire Weekend le prix du Meilleur album alternatif (pour Father of the Bride), à Finneas O’Conner celui du Réalisateur de l’année (pour l’album méritoire de sa sœur Billie Eilish). La surprise est cependant survenue lors de la remise du prix du Meilleur album reggae à Koffee (pour le EP Rapture) ; la jeune musicienne jamaïcaine devenait la toute première femme à le remporter depuis la création de cette catégorie en 1985.