Pene Pati: exotisme et gloire

Pene Pati, impressionnant ténor néo-zélandais originaire des îles Samoa, était l’invité de la Société d’art vocal de Montréal pour un récital de mélodies.
Photo: Garth Badger Pene Pati, impressionnant ténor néo-zélandais originaire des îles Samoa, était l’invité de la Société d’art vocal de Montréal pour un récital de mélodies.

Si on vous disait que Tiger Woods passe ses dimanches au « mini-putt », l’image vous ferait sourire, mais vous jugeriez l’affirmation peu crédible. C’est pourtant ce qui s’est passé avec un équivalent ténorisant du « tigre de la baballe », dimanche au Conservatoire.

Pene Pati, impressionnant ténor néo-zélandais originaire des îles Samoa, était l’invité de la Société d’art vocal de Montréal pour un récital de mélodies ! À défaut de convaincre dans Fauré et dans Liszt, il nous a prouvé dès les premiers instants, puis de manière éclatante dans la seconde moitié du programme, qu’il a tout pour être un ténor dont on entendra abondamment parler dans les deux prochaines décennies dans le répertoire lyrique italien.

Pene Pati a remporté des prix dans de nombreux concours internationaux, dont un 2e prix et le prix du public à Operalia. On comprend pourquoi : la voix est saine, très puissante, égale sur tout le registre. Qui plus est, le chanteur n’est pas une machine à aigus ou à décibels, mais un artiste sensible, sympathique et intelligent qui investit beaucoup dans la compréhension de ce qu’il fait.

Cela dit, séduire des jurys avec des airs italiens et mener un récital de mélodies avec une première partie dévolue à la mélodie française et au lied allemand sont deux choses totalement différentes. Il reste une marge esthétique entre la fin de Toujours de Gabriel Fauré et « Nessun dorma » du Turandot de Puccini. Et si les Allemands ont inventé le concept de « Kammersänger » (chanteur chambriste), c’est pour que HeimlicheAufforderung de Strauss puisse faire miroiter plus de demi-teintes et de revirements, sur d’autres registres de couleurs et de dynamiques.

Peut-être la pratique de la mélodie aide-t-elle Pene Pati, soutenu par un excellent pianiste montréalais vivant aux États-Unis, à domestiquer sa voix, à discipliner le contrôle vocal et le dosage du timbre. Alors profitons-en ! Après le volet apprentissage dans cette première partie exotique, nous avons profité du rayonnement dans la seconde, napolitaine et glorieuse. Même si les comparaisons sont toujours bancales, il faut avouer qu’on n’a guère entendu depuis 20 ans ou plus un jeune ténor au profil vocal (résonance, émission, gestion du souffle — ne manque que le côté solaire au-dessus de la note de passage) aussi proche de celui du regretté Luciano Pavarotti. Le dernier des quatre rappels, « Una furtiva lagrima » de Donizetti, le prouvait amplement.

Il va falloir que Pene Pati continue à travailler, ne se fourvoie pas, reste intelligent et modeste. Mais la matière première de celui qui, il y a quelques années, chantait aux antipodes dans un groupe avec son frère et son cousin et qui, il y a dix ans, faisait les choeurs derrière Bocelli est très impressionnante.

Récital Pene Pati (ténor)

Fauré : Après un rêve, Poème d’un jour, Rencontre, Toujours, Adieu. Liszt : Oh ! quand je dors. R. Strauss : Quatre mélodies. Tosti : Six chansons napolitaines. Cardillo : Core n’grato. Ronny Michael Greenberg (piano). Conservatoire de Montréal. Dimanche 26 janvier 2020.