«Carte blanche colorée par Émile Proulx-Cloutier»: la bonne idée de toutes les couleurs

Le musicien et comédien Émile Proulx-Cloutier a lancé cette série de six spectacles «carte blanche», vendredi dernier à la Cinquième salle de la Place des Arts.
Photo: Mikaël Theimer Le musicien et comédien Émile Proulx-Cloutier a lancé cette série de six spectacles «carte blanche», vendredi dernier à la Cinquième salle de la Place des Arts.

Réussite ? Pas à moitié. Le premier des six spectacles de la série « Carte blanche colorée par… » a donné vendredi à la Cinquième salle de la Place des Arts (PdA) le la d’une partition qui, déjà prometteuse, s’avère géniale. Difficile d’imaginer rencontre plus fructueuse que celle d’une idée inspirante et d’un artiste inspiré. La conceptrice Monique Giroux a fourni canevas, balises, paramètres, cahier des charges, les crayons de couleur en quelque sorte, et le reste — le dessin et le dessein d’une soirée unique et multicolore — était l’affaire d’Émile Proulx-Cloutier. Idéal répondant. L’homme de chanson, l’homme de théâtre, l’homme engagé, l’homme capable de comprendre quand il faut prendre le plancher et quand il faut faire de la place aux autres, correspondait parfaitement à la véritable grande idée derrière l’idée : aller bien au-delà du contexte proposé.

Un spectacle « unique, inédit », a bien résumé l’animatrice dans son mot de présentation. « Pas de radio, pas de télé », a-t-elle ajouté. Une soirée à vivre entre 500 personnes, sans témoin extérieur. « Des aventures pleines de bienveillance… », a-t-elle tendrement offert comme on fait un cadeau. Et puis Émile Proulx-Cloutier a entrepris de « déballer les cadeaux après les avoir emballés », évoquant le fantasme d’un Noël de rêve. « Une série de petits miracles », a-t-il résumé.

Avec le multi-instrumentiste ÉtienneRatté (le plus souvent au violoncelle), il a commencé par deux chansons à lui, ça allait de soi : il faut commencer par donner de soi dans un tel spectacle. Et puis, après avoir dit merci aux gens d’être venus sans savoir du tout ce qui les attendait, il a présenté… Pierre Flynn. C’était parti : Flynn en voix, Flynn rayonnant, Flynn puissant. Dans l’ombre, Émile l’écoutait. Et c’est la poète Marjolaine Beauchamp qui s’est avancée ; Émile est demeuré dans l’ombre, en est ressorti pour jouer sa chanson sur les terreurs d’enfants : Les monstres.

L’art du déroulement

De là ? Rappelons les défis de Monique à chacun des artistes de la série : « faire découvrir un créateur émergent, s’entourer d’un artiste ami ou aimé et d’un proche, présenter un titre sur un 33-tours qui aura marqué sa vie et ressortir un grand moment des archives de notre chanson ». Émile a montré un extrait de Mathusalem, film de Roger Cantin où non seulement il jouait un rôle (à dix ans), mais où il créa sa première chanson sur figure imposée : L’école m’écoeure. À elle seule, l’analyse des paroles par l’auteur valait vendredi le déplacement.

Tout était plus surprenant que la commande : quand avez-vous écouté à 500 un disque de Boby Lapointe en suivant les jeux de mots impossibles sur grand écran ? C’est arrivé. Lier Flynn et son Jardins de Babylone à la Babylone de Muzion ravivée par Dramatik lui-même ?

Ça faisait beaucoup de mots, on en perdait en chemin, mais on en recevait dans le plexus et en plein visage aussi. On est capable d’en prendre, quand l’élocution est chirurgicale. Ainsi a-t-on eu Debbie Lynch White a cappella pour les mots d’Anne Sylvestre (Une sorcière comme les autres), on a eu les mots de Gilles Vigneault dans la séquence d’archives extraordinaire de Monique Leyrac incarnant La Manikoutai, on a eu les mots en innu de Natasha Kanapé Fontaine, et on a eu les mots d’Émile Proulx-Cloutier dans Force océane, donnés au beau milieu du parterre : « Un hymne fou à ta force océane / Un hymne fou à « ta force de femme » / Ils ont bâti le monde entier sur ton dos / Si tu te lèves tout’va trembler ça va être beau ».

C’était tout ça et bien plus, cette carte blanche qui nous en a fait voir de toutes les couleurs. Il fallait être là. Comme il faudra être là pour les cinq autres soirées de la série, fomentées autour de Catherine Major, Marie-Élaine Thibert, Beyries, Samian et Daniel Boucher.