Tim Dup entre «Place espoir» et passages éphémères

«Après les tournées, où l’on ne sort pas beaucoup des chambres d’hôtel, ça me semblait essentiel de m’extirper de mon petit monde», confie Tim Dup, expliquant comment son épais carnet de voyage depuis 2017 a influencé la confection de son deuxième album.
Photo: Courtoisie Sony Music Entertainment Inc. «Après les tournées, où l’on ne sort pas beaucoup des chambres d’hôtel, ça me semblait essentiel de m’extirper de mon petit monde», confie Tim Dup, expliquant comment son épais carnet de voyage depuis 2017 a influencé la confection de son deuxième album.

Enthousiaste au bout du fil, Tim Dup — Timothée Duperray pour ceux qui l’ont connu enfant et ado à Rambouillet, dans les Yvelines — évoque ses derniers passages au Québec et sa découverte des communautés francophones dans le ROC (Rest Of Canada). « Je suis venu plusieurs fois en assez peu de temps, et ça m’a permis d’aller au-delà des salles de spectacles et du périmètre des festivals. Avec un copain, on a été en road trip trois semaines en Gaspésie, et j’ai vécu l’an dernier une expérience formidable près d’Ottawa, une résidence d’artistes avec des francophones d’Ontario, d’Alberta, du Nouveau-Brunswick… de toutes les provinces canadiennes. Je ne savais rien de ce combat mené en dehors du Québec pour continuer de vivre et chanter en français. »

Depuis Mélancolie heureuse, premier album complet paru en 2017 (il y avait eu le EP Vers les ourses polaires, juste avant), Tim Dup a beaucoup, beaucoup voyagé. « Pour me nourrir, pour ne pas ressasser à l’infini mes histoires d’ado… », résume-t-il. C’est beaucoup le propos de Qu’en restera-t-il ?, son deuxième album tout neuf : à côté des textes de chansons dans le livret, on peut lire en parallèle un véritable carnet de voyage, mélange d’observations et de réflexions. La première page explique la nécessité d’aller voir ailleurs s’il y est, en espérant ne pas trop s’y trouver. « Voyager pour trouver de la nuance, rencontrer pour s’armer de sourires, s’émerveiller à nouveau des petites choses, de la poésie quotidienne, de ce qui nous met en danger ou nous pousse à voir le monde plus simplement, sans jugement. »

Se sortir de soi

Suite de l’explication au téléphone. « Après les tournées, où l’on ne sort pas beaucoup des chambres d’hôtel, ça me semblait essentiel de m’extirper de mon petit monde. Le fait de voyager m’a donné une conscience plus aiguë du temps, de l’état de la planète, de ce que vivent les gens, de la brièveté de nos existences, cette idée du passage parsemé de moments d’éternité… » C’est souvent au deuxième album que cette conscience s’éveille pour les auteurs-compositeurs-interprètes : on a toute une vie en stock pour le premier album, et le réflexe est de tout dire, ouvrir les vannes, se révéler enfin, se délester de soi. On ne sait jamais si l’occasion se présentera une autre fois.

Et quand il s’avère qu’une carrière peut s’envisager et qu’un deuxième album se profile à l’horizon, la perspective est à la fois exaltante et vertigineuse. « On est projeté dans le présent. Il faut vivre, remplir la grande valise vide d’expériences neuves, en sachant que les souvenirs ne sont pas éternels. » C’est la question de base, qui a donné à l’album son titre : que restera-t-il de tout ça ? « La question se posait dans ma vie, et elle se posait d’une manière plus universelle. Ça s’applique à la planète, à nos relations, au disque même et ce qu’il en restera. C’est la contradiction entre deux constats : rien n’a vraiment de sens, et pourtant tout est précieux. »

Le fait de voyager m’a donné une conscience plus aiguë du temps, de l’état de la planète, de ce que vivent les gens, de la brièveté de nos existences, cette idée du passage parsemé de moments d’éternité…

Parfois chanson très chansonnière d’allégeance Barbara clairement balisée, parfois récitatif mû par la pulsation hip-hop, parfois du parlé-chanté, toutes les manières de raconter sont bonnes à Tim Dup. « Je raconte moins que je décris, précise-t-il. C’est une succession d’instantanés, de sensations, d’émotions, que ne cherchent surtout pas à juger quoi que ce soit : je ne dis pas comment les gens devraient vivre, j’essaie simplement de comprendre comment les gens vivent, et témoigner de mes impressions. J’ai vraiment essayé de ne pas me mettre dans une posture de vérité. J’ai essayé de donner de la matière, pour que celui qui écoute le disque réponde de lui-même à la question de départ : qu’en restera-t-il ? »

Témoin privilégié

Dans Place espoir, c’est la place de la République elle-même qui fournit le point de vue sur les passants de toutes sortes, manifestants, touristes, travailleurs en transit, habitants de l’arrondissement : « Elle a vu des mirages, de courtes é́tincelles / Elle a vu des présages et des langues qui se mêlent / Elle a vu tant de paix, de pensées, de colère / Elle a vu tant de plaies et d’amères prières / Elle a vu tant de mains se joindre et se serrer ». Au total, la chanson est optimiste : ça aurait pu s’intituler Place désespoir. « C’est vrai qu’il y a quand même une sorte de message. C’est dire que ça vaut la peine, que tous ces gens ne déambulent pas pour rien. C’est inviter les gens à se voir passer, à se rendre compte de ce qui bouge autour. C’est un appel à la curiosité envers l’autre. »

C’est le même geste qui fait que pour un Tim Dup, copain de rencontre de festival avec Damien Robitaille, la réalité de la chanson franco-ontarienne a pris forme humaine. « On s’est retrouvés autour des mots. Et nous nous sommes reconnus. Et depuis, bien sûr, on a gardé contact. » Qu’en restera-t-il ? On a cet élément de réponse : il reste Damien. Pour quelques éternités au moins.