«La nuit de la déprime»: chanter sa peine

La soirée, que Christian Bégin (à gauche) a qualifiée de «Super Bowl du spleen, permet d’entendre certaines des chansons les plus tristes qui soient.
Photo: Victoria Chabot La soirée, que Christian Bégin (à gauche) a qualifiée de «Super Bowl du spleen, permet d’entendre certaines des chansons les plus tristes qui soient.

Afin de lutter contre la morosité du « Blue Monday », troisième lundi de janvier, soi-disant le jour le plus déprimant de l’année, les Agents doubles, la boîte de production de Luce Rozon et Sonya Desruisseaux, présentait hier au Théâtre St-Denis la première édition québécoise d’une soirée donnée à Paris depuis 8 ans : « La nuit de la déprime ».

Animé par Christian Bégin, réunissant une vingtaine d’artistes de la chanson et de l’humour, sans oublier quelques comédiens, le spectacle a d’abord permis de redorer les coffres de la Fondation Ronald-Denis, qui accompagne les personnes souffrant d’obésité morbide et sévère, notamment en rendant la chirurgie bariatrique accessible à un plus grand nombre de patients.

Chansons tristes

Christian Bégin arrive depuis la salle (bien pleine) en esquintant Ce matin, la poignante chanson de Diane Juster. Heureusement, son numéro d’ouverture, les aveux d’un dépressif chronique qui se force pour sourire et noie sa peine dans l’alcool, est plus réussi. La soirée, que Bégin a qualifiée de « Super Bowl du spleen », permet d’entendre certaines des chansons les plus tristes qui soient.

Difficile alors de passer à côté d’Isabelle Boulay, qui a bien entendu chanté Le saule, le plus désemparé des arbres, puis Ne me dis pas qu’il faut sourire, une sublime descente aux enfers signée Benjamin Biolay. Shirley Théroux a offert une interprétation inégale, mais certainement sentie d’Une histoire d’amour, larmoyante chanson thème du film Love Story, un air popularisé en français par Mireille Mathieu.

Pas exactement mémorable, le numéro de Pierre Brassard a tout de même déclenché quelques rires. Quant à la scène tirée du téléroman Des dames de cœur, interprétée en tandem avec Élise Guilbault, on se demande encore ce qu’elle faisait là. Marie-Thérèse Fortin a ensuite offert Dis, quand reviendras-tu ?, un extrait de son tour de chant consacré à Barbara. Histoire de nous remonter le moral, elle a rappelé que « le temps perdu ne se rattrape plus ».

Détonnant un peu avec le reste du menu, l’auteur-compositeur-interprète David Portelance, véritable découverte de la soirée, a offert Tenir debout, une chanson – certainement la plus positive du florilège – dont la poésie est aussi simple qu’évocatrice. À ce stade, il faut avouer que les gesticulations de Bégin, qui ne quitte jamais la scène, finissaient par lasser, allant jusqu’à parasiter la déchirante interprétation d’All By Myself par Antoine Gratton (également directeur musical).

Rire aux larmes

Puis Alex Perron débarque et enflamme la salle avec un numéro réglé au quart de tour, grivois à souhait, mais surtout désopilant, à propos de toutes les choses qui le dépriment, toutes ces réalités qu’il n’aura jamais le « bonheur » de connaître, de la cigarette aux allergies de toutes sortes en passant par la frustration sexuelle.

Michel Rivard chante ensuite, en duo avec le public, son immortelle Complainte du phoque en Alaska. La première partie se termine sur Les adieux d’un sex-symbol par France Castel, un air qui lui va comme un gant. Au retour de l’entracte, la portion Starmania se prolonge avec Mélissa Bédard, qui entonne Le monde est stone, juste avant que sa comparse de la télésérie M’entends-tu ?, Ève Landry, s’approprie la troublante Chanson d’ami de Zazie.

Tombée oblige, nous n’aurons pu assister qu’aux deux premières heures de ce spectacle de 3 h 30 où il y a, comme on dit, à boire et à manger. Au moment où nous avons quitté la salle, Jean-Sébastien Girard, Yann Perreau, Patrice Michaud, Guylaine Tanguay et Mario Pelchat devaient encore fouler la scène.

La nuit de la déprime

Concept original : Raphaël Mezrahi. Direction artistique : Pierre Bernard. Direction musicale : Antoine Gratton. Mise en scène : Benoit Rioux. Une production des Agents doubles. Au Théâtre St-Denis, le 20 janvier.